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Crises aux Antilles : le regard d'une documentariste 0

"Le pays à l'envers"



Voilà le titre quasi prémonitoire du très prenant film de Sylvaine Dampierre qui sortira en salles le 29 avril prochain après des projections au festival cinéma du réel, à Paris.

Ce long métrage nous emmène en Guadeloupe dans un voyage poétique sur les traces des origines de la réalisatrice. Mais cette quête personnelle, que l'on suit pas à pas, et aussi dans ceux d'une chorégraphe enseignante, touche très vite au questionnement d'un peuple entier.

Ecoutez ci-dessous un entretien en plusieurs volets avec Sylvaine Dampierre (du 23 février), illustré par des photos prises autour du film par Bernard Gomez et exposées pour la première fois fin 2008 au Gosier.


La genèse

Sylvaine Dampierre
© Bernard gomez

 

C'est une invitation dans l'île il y a quelques années pour présenter ses premiers documentaires qui a déclenché ce projet de longue haleine.

Avec au départ pour cette métisse de père guadeloupéen une remarque inattendue sur son nom de Dampierre, une clé dans la commune du Gosier.

Et le début d'une découverte : "un pays qui fait entièrement partie de moi mais qui m'était largement étranger"...

 

 

 




Un parcours reconstitué

© bernard gomez

Des registres microfilmés d'esclaves nouveaux-libres de Guadeloupe à la découverte d'une ancienne usine fleuron de l'industrie locale, en passant par les cours de danse de Léna Blou, le spectateur suit l'itinéraire de Sylvaine Dampierre pour en savoir plus sur ses origines.

Mais elle confie volontiers qu'il s'agissait d'"un prétexte" et d'"un fil narratif" pour aussi découvrir la quête des autres Antillais et "tisser des rencontres"... 

 

Des identités plurielles

© bernard gomez

Alors, comment la réalisatrice, installée de longue date à Paris, a-t-elle perçu les facettes et les questionnements des Guadeloupéens rencontrés ?

L'intérêt selon elle, c'est le mélange dès les origines. Avec du coup, une créolité qui se révèle "très moderne et très féconde", "un immense espace pour l'imaginaire" et "une poétique identitaire"...

 

 



Une crise actuelle basée sur une 'méconnaissance absolue'

© bernard gomez

Quand on l'interroge sur la mobilisation et les revendications dans les Antilles ces dernières semaines, Sylvaine Dampierre avance d'abord "la méconnaissance crasse", voire "cultivée", que peuvent avoir les métropolitains sur ces réalités "et la volonté de rester dans leur ignorance".

Son explication : "quelque chose de l'ordre d'une culpabilité par rapport à l'Histoire et d'un déni".

D'où, selon elle, la valeur d'un mouvement "émouvant" et "très fort", caractérisé par son "exemplarité"...

 

 

 

 

 

 

 

 


Le début de quelque chose

©Bernard Gomez

Après plus d'un mois de mobilisation, la réalisatrice considère que quoiqu'il advienne, "ce qui s'est révélé là, ce qui a émergé là-bas, va persister".

Et de souligner : "les gens disent là-bas : on assiste à la création d'une société civile antillaise". Avec des "valeurs de débat, de réflexion, y compris de remise en cause et de solidarité".

Face à cela, selon elle, un Etat français "tellement lamentable" jusqu'à présent que c'en est "presque désarmant"...

Eric Chaverou

Thème(s) : Information| Géopolitique| Gouvernement| Société

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