France-Otan : revue de presse
Dire, comme le font certains quotidiens à l'exemple du Monde, que le retour de la France dans l'OTAN fait débat constitue un euphémisme des plus délicats. Dans le monde politique hexagonal, c'est un petit tremblement de terre qui n'épargne pas le cimetière de Colombey-les-deux-églises au point d'en faire retourner dans sa tombe, un de ses illustres pensionnaires...
Le Monde
Dans son édition du 18 février, Le Monde revient sur ce « débat qui enfle en France, à gauche comme à droite, contre le choix de Nicolas Sarkozy de normaliser les relations entre la France et l'OTAN. Le premier ministre, François Fillon s'est déclaré prêt, mardi 17 février, devant les députés UMP, à engager la responsabilité de son gouvernement (article 49-1 de la Constitution) si le probable débat parlementaire sur le retour de la France au sein du commandement intégré de l'OTAN était suivi d'un vote ». Dont acte mais c'est le normaliser les relations qui interpelle. A moins que le Général, dans un moment d'inattention, avait adopté en 1966 une attitude franchement anormale ?
Le quotidien précise ensuite que « Le retour de la France dans la structure militaire alliée devrait être officialisé lors des cérémonies du 60e anniversaire de l'OTAN les 3 et 4 avril à Strasbourg et Kehl. A l'approche de l'échéance, le ton monte pour contester l'annulation de la décision prise par le général de Gaulle en 1966 pour protester contre l'"hégémonie" américaine sur l'OTAN, que beaucoup voient comme un danger pour l'indépendance du pays. "Rien ne justifie à nos yeux une telle décision du président de la République, prise sans débat, alors qu'elle ébranle les fondements de la politique étrangère française", écrit le PS, qui demande au chef de l'Etat de "revenir sur sa décision unilatérale".
Côté UMP, certains expriment leurs réticences. La France "va se trouver rétrécie sur le plan diplomatique" et sera plus vulnérable au terrorisme, a estimé la semaine dernière l'ancien premier ministre Dominique de Villepin sur i-Télé. Pour François Bayrou et le Modem : "Réintégrer pleinement l'OTAN est "une défaite pour la France et l'Europe". "Ni la France ni l'Europe ne doivent être associées à une stratégie fondée sur la hiérarchie des puissances, sur la force et sur la guerre", estime de son côté le Parti communiste.
Le Figaro
Sans liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur or dans l'édition du 16 février du Figaro, on ne trouve ni l'un, ni l'autre, ni liberté de blâmer, ni éloge flatteur mais plus sobrement : La France dans l'Otan : le choix de la responsabilité, avis donc aux irresponsables...
Un long papier à la première personne de Michèle Alliot-Marie, « gaulliste de conviction » précise-t-elle à toutes fins utiles, qui - qui l'eut cru ? - soutient la décision du président de la République de faire revenir la France dans le commandement militaire de l'Otan.
Encore une fois, long, très long papier alors passons tout de suite à Libé car nous avons gardé le meilleur pour la fin. A moins que, tout simplement, ce ne soit la moralité de l'histoire.
Libération
Libération titre : Otan : un débat à la française et d'expliquer : « Contrairement aux Anglo-Saxons qui s'accrochent farouchement aux faits, les Français passent pour être plus sensibles aux apparences qu'à la réalité. Si ce cliché ne s'applique pas à tous les sujets et à tous les personnages, il fonctionne malheureusement à merveille à propos du débat qui commence sur le retour de la France au sein du commandement intégré de l'Otan ».
Et Alain Duhamel de poursuivre après une analyse rapide des différentes postures politiques dont aucune ne semble tenir d'une audacieuse acrobatie : « Ce n'est au total qu'un concert de sarcasmes et de protestations. Personne ne semble s'aviser de cette constatation rustique, prosaïque mais néanmoins intéressante : la France est déjà, de facto, complètement revenue au sein des structures intégrées de l'Otan. » Un retour plutôt brillant sur l'histoire : « La France avait mauvais caractère, écrit encore Alain Duhamel, faisait bande à part, mais demeurait un membre loyal du Pacte atlantique et de l'Otan ».
Ainsi donc l'Histoire n'est pas une question de dates : 1515, 1789 ou 1966 mais plus un compte de faits. Et ce qui est fait, n'est plus à faire.
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