France-Otan : le retour de la France dans l'OTAN
Le retour de la France dans l'OTAN, c'est d'abord l'histoire gaullienne de la France sans l'OTAN. Une continuité de vues du Général vis-à-vis des Américains qui n'ont jamais épargné l'homme de la France Libre. Il y a dans la décision de 1966 du retrait de la France de l'OTAN, la même tonalité que dans le fameux discours de Paris, à l'Hôtel de Ville, le 25 août 1944, lorsque De Gaulle évoque un Paris libéré par lui-même ou lorsqu'il appartient à Leclerc et à ses hommes de la 2ème DB de libérer Strasbourg sans demander l'autorisation à qui que ce soit, fut-il acteur majeur du débarquement de Normandie.
Quartier Général de l'OTAN au Palais de Chaillot (avril 1952) © OTAN
Ni l'Est, ni l'Ouest
En 1947, les Américains sont toujours en Europe pour deux raisons : le plan Marshall apporte aux pays en ruines, une aide plus que précieuse. Quant à l'armement atomique américain, il constitue le seul bouclier face à la menace soviétique. Si De Gaulle admet en avril 1949 la création du Pacte Atlantique qui fait suite au Traité de Bruxelles, de coopération économique, sociale et culturelle, et essentiellement, de défense collective, il comprend moins la subordination des forces nationales dans l'organisation atlantique. Au nom, une fois encore de la souveraineté nationale et de l'indépendance de la France.
Lorsque De Gaulle revient au pouvoir en 1958, son discours n'a pas changé mais le contexte, lui, a évolué. Le visage de la France s'est transformé. Le pays est redevenu une puissance industrielle, héritage d'une IVème République souvent critiquée, à moins que l'on préfère évoquer les Trente Glorieuses... Une France en marche, sans complexe, et qui a su rattraper son lourd retard. France qui parfois surprend avec sa Caravelle dont le premier vol remonte au milieu des années 50. Epoque aussi qui voit la création en 1954, au sein du Commissariat à l'Energie Atomique, du Bureau d'Etudes générales qui sous ce titre plutôt vague, se voit chargé d' applications militaires qui, elles, ne le sont pas du tout.
Bref, une France moderne qui a désormais les moyens de retrouver et de sauvegarder son indépendance, y compris auprès de l'OTAN dont elle est membre depuis sa création. La France peut, selon De Gaulle, « se doter d'une puissance nucléaire telle que nul ne puisse nous attaquer sans risquer d'effroyables blessures ». Faut-il rappeler que nous sommes au coeur de la guerre froide ? Alors, la France va se dégager progressivement de l'OTAN, étape par étape, pour ne froisser aucune susceptibilité auprès de nos alliés.
De Gaulle et Nixon en 1969 © wikipédia
L'exception française
Le 17 septembre 1958, un mémorandum français est adressé au Président Eisenhower pour les Etats-Unis et au premier ministre Harold Macmillan pour la Grande Bretagne proposant la création d'un directoire à trois au sein de l'Alliance Atlantique au lieu d'une direction exercée par les seuls Anglo-saxons.
Le 20 octobre, les Etats-Unis rejettent la demande française. De Gaulle prend alors les premières dispositions : en mars 1959, retrait de l'OTAN de la flotte française de Méditerranée, les armes nucléaires américaines sont indésirables sur le territoire national dont le survol est, par ailleurs, soumis à autorisation annuelle pour les alliés. Mais surtout le programme nucléaire lancé par la 4ème République sera dynamisé : la première bombe atomique française est testée en février 1960 sur la base de Reggane, au Sahara.
Les réactions, tant de la part des Américains que de nos alliés, seront vives. Pour autant, la solidarité française n'était nullement remise en question comme le souligna De Gaulle à Kennedy alors que les crises de Berlin en 61 et de Cuba l'année suivante avaient relevé d'un cran la tension internationale.
C'est sous l'administration Johnson que le général de Gaulle annonça le 7 mars 1966 le retrait de la France de l'organisation militaire intégrée. Le 1er juillet, les représentants français quittaient les organismes militaires tandis que les états-majors de l'OTAN de Versailles et Fontainebleau étaient évacués le 1er avril 1967.
La France maintenait sa participation au Conseil Atlantique et restait membre de l'OTAN et de ses organismes autres que la structure militaire intégrée. Cela n'empêcha nullement les réactions très vives des Etats-Unis ponctuées de manifestations anti-françaises tandis que notre pays essuyait de multiples critiques en Europe notamment et le voyage du général en URSS en juin 66 n'arrangeait rien.
Si le climat s'apaisa par la suite, sous l'ère Nixon, l'essentiel de la doctrine gaulliste perdura jusqu'à l'effondrement du bloc communiste.
France, OTAN : Le retour
Nicolas Sarkozy a annoncé officiellement, le 11 mars dernier, le retour de la France dans les structures intégrées de l'Otan, tout en promettant que la France garderait son indépendance dans ses décisions militaires.
Le moment est venu de mettre fin à la situation d'une France s'excluant elle-même de l'Otan. Nicolas Sarkozy, en réaffirmant sa double responsabilité de chef de l'Etat et de chef des armées, est monté en première ligne pour défendre, hier, avec force, sa décision d'un retour complet de la France dans les structures militaires intégrées de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, quarante-trois ans après qu'elle les a quittées.
L'Otan est aujourd'hui la seule organisation internationale au monde où la France ne cherche pas à être présente et influente. Le moment est donc venu de mettre fin à cette situation, a dit le président, en clôturant un colloque de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) en présence du plusieurs membres du gouvernement, de chefs de l'armée française et de responsables de l'Otan. Un « choix » qui a été chaleureusement accueilli par le secrétaire général de l'Organisation, Jaap de Hoop Scheffer.
François Fillon, quant à lui, devait demander au conseil des ministres l'autorisation d'engager la responsabilité de son gouvernement à l'issue du débat sur ce sujet, prévu le 17 mars à l'Assemblée nationale.
Selon un sondage IFOP pour Paris Match, 58 % des Français approuvent le choix de réintégrer le commandement intégré de l'OTAN.
Quelques titres de la presse américaine...
Une décision saluée outre-Atlantique et par le Washington Post du 12 mars notamment sous le titre : "After 43 Years, France to Rejoin NATO as Full Member" et de revenir sous la plume d'Edward Cody sur l'épisode "soudain" de 1966...
Pour le New-York Times : "It's Official - France to rejoin NATO command. Avec le titre suivant : France will take full NATO membership again, with greater military role", Steven Erlanger revient sur les déclarations de Nicolas Sarkozy : "Because it is in her interest and because it is her choice, France will take her full place, that of an ally both free and in solidarity, independent but engaged, a country that assumes all its responsibilities, everywhere and speaking to everyone, at the service of our values and of peace."
Le journaliste du NYT met des sous-titres aux réactions moins favorables à l'image de celles de Martine Aubry en décodant que le terme Atlanticism employé par la maire de Lille est synonyme de pro-Americanism et, sans doute, dans un clin d'oeil, il revient sur 1966 et cette motion de censure votée par la gauche socialiste, à l'époque, contre la décision du général de Gaulle ...de quitter l'OTAN.
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