Algérie : 47 ans d'histoire algérienne
L'année dernière, au sujet des quarante ans de Mai 68, un chiffre a fait mouche : dans la France de 2008, un Français sur deux n'a pas connu Mai 68 pour une raison essentielle : 50% de nos actuels concitoyens n'étaient pas encore nés... Lorsqu'en France, on évoque l'Algérie, bon nombre d'entre nous pensent inévitablement à la Guerre d'Algérie. Et le cinéma n'est pas en reste. Pourtant, ce pays est indépendant depuis 1962. Un demi-siècle à quelques années près... Et lorsque le dernier bateau a quitté Alger la Blanche pour Marseille, l'histoire s'est poursuivie avec des épisodes souvent contrastés, des illusions perdues mais un espoir porté par d'autres générations dépourvues de la moindre nostalgie pour un passé sans avenir. Quarante-sept années d'histoire algérienne dont voici un bref rappel...
l'université M. Mammeri à Tizi Ouzou © Omar Ouahmane - France Culture
Quand le pouvoir découvre le peuple
Les premières années de la République algérienne ont vu d'inévitables affrontements idéologiques surgir parmi les grands leaders de la cause algérienne. Frères d'armes hier, ils se combattent aujourd'hui.
Ferhat Abbas, père spirituel de l'Algérie, président de la première assemblée nationale constituante et qui, le 25 septembre 1962, proclamera la naissance de la République algérienne démocratique et populaire quitte ses fonctions un an plus tard. L'homme dont on parle alors et auquel il s'est affronté violemment est Ahmed Ben Bella. A cette époque, la politique est binaire, le choix sans compromis : droite ou gauche. Une gauche dont l'avenir radieux se lève à l'est. Ces années-là, l'Algérie se tourne plus vers La Havane qu'en direction de Moscou. Ben Bella pratique un pouvoir autoritaire sans partage. Ferhat Abbas est exclu du FLN et emprisonné, il a sans doute trop bien observé les dérives du pouvoir. Il sera libéré en 1965 à la veille du putsch conduit par un militaire, le colonel Houari Boumediene qui va, à son tour, mettre à l'ombre Ben Bella et carrément l'oublier. Ahmed Ben Bella sera emprisonné jusqu'en 1979 - un an après la mort de Boumediene - assigné en résidence ensuite jusqu'à sa libération en 1980. Enfin, après dix ans d'exil, il regagnera l'Algérie.
En ce qui concerne Ferhat Abbas, victime de sa fougue et d'une grande passion algérienne, après Ben Bella, il avait continué de condamner le pouvoir tout aussi personnel de Boumediene, dénoncé une fois encore la corruption du régime, réclamé encore plus de démocratie. Grande figure algérienne, il est mort en décembre 1985.
Le libérateur de Ben Bella était comme Boumediene un colonel de l'armée, Chadli Bendjedid. Lui aussi est un pilier moral de la guerre d'indépendance. Il a gagné les rangs du FLN dès 1955, il est alors âgé de 26 ans. Il accède à la présidence de la République en février 1979 et sera démissionné 13 ans plus tard, par les militaires avant d'être assigné à résidence en janvier 1992.
L'époque Bendjedid est marquée par un réveil populaire qui prend le pouvoir de court et où l'opposition se manifeste contre un état qui se croyait inoxydable. Ce que l'on appelle le Printemps berbère éclate en mars 1980. A l'origine, l'interdiction à Tizi Ouzou d'une conférence donnée par l'écrivain Mouloud Mammeri sur la poésie kabyle. Pas de quoi fouetter un chat... Dès le lendemain, des manifestations et des grèves éclatent en Kabylie mais aussi dans la capitale algérienne. Et la tension ne va cesser de croître. Le 23 avril les forces de l'ordre investissent l'université de Tizi Ouzou.
Quand les murs prennent la parole © Omar Ouahmane - France Culture
Du 5 octobre 88 à nos jours
D'autres manifestations populaires émailleront les années 80 dont bien sûr les émeutes dramatiques du 5 octobre 1988 qui conduiront à l'effondrement du système de parti unique, le FLN, et de la toute puissance de l'armée. A l'origine de ces événements qui feront plusieurs centaines de victimes, des manifestations conduites par la jeunesse contre la vie chère dans le quartier populaire de Bal-el-Oued dans la soirée du 4 octobre. Des voitures sont saccagées, des vitrines brisées et le lendemain, les manifestations tournent à l'émeute. Pour le FLN, il faut mettre un terme au désordre engendré par des commanditaires occultes. La répression ne tarde pas et fait des dizaines de morts. Dans les jours qui suivent, un cortège de plusieurs milliers de sympathisants à l'issue de la prière du vendredi, dans le quartier Belcourt, se heurte aux forces de l'ordre. La tension est au plus vif et les troubles se poursuivent faisant à chaque fois des dizaines de morts. L'Algérie renoue avec le souvenir des années les plus sombres : censure de la presse, torture, tribunaux expéditifs, manipulations et l'arrivée d'un nouvel acteur sur la scène algérienne : l'Islam, marquent l' Octobre noir.
Quelques mois après les émeutes d'octobre 88, un mouvement islamique est créé à Bal-el-Oued par Abassi Madani. Il s'agît du Front Islamique du salut(FIS) qui très rapidement va marquer des points sur le terrain d'abord en 1990 au profit d'élection locales. Précision importante, il s'agit des premières élections libres mais c'est bien sûr en 91-92 que le FIS va créer une énorme surprise. Au premier tour des législatives de décembre 91, le FIS rafle 188 sièges sur 231, un effroyable camouflet pour l'historique FLN qui ne sauve qu'une quinzaine de sièges.
Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1992, l'armée prend position à Alger, Bendjedid est conduit à la démission et l'Algérie va s'enfoncer dans une véritable guerre civile sanglante qui va se poursuivre pendant dix ans. Après octobre noir, c'est la décennie noire...
Dès le 11 janvier 1992, le résultat des élections est annulé. L'armée fait appel à Mohammed Boudiaf, encore et toujours une vieille gloire, héros de l'indépendance algérienne alors en exil mais qui sera assassiné six mois plus tard tandis que des milliers de membres du FIS sont arrêtés et déportés dans des camps militaires au Sahara. Circonstance aggravante, une crise économique majeure frappe alors l'Algérie.
Après Ali Kafi, chef du Haut Comité d'Etat (HCE, organe transitoire de gestion de l'Etat mis en place par les militaires après la destitution de Chadli Bendjedid), Liamine Zéroual prend la relève en janvier 1994 mais un an plus tard, il n'aura d'autre choix face à la pression de l'opinion internationale que d'organiser une élection présidentielle qu'il remportera en novembre. Dans les années qui suivront et face à des pressions dans les sphères du pouvoir, Zéroual annonce sa décision de se retirer et la tenue d'élection présidentielle anticipée.
Abdelaziz Bouteflika succèdera à Liamine Zéroual le 15 avril 1999 au cours d'une élection dont les autres candidats se retireront pour en dénoncer l'organisation. Bouteflika sera ensuite réélu en 2004 et briguera un troisième mandat cinq ans plus tard.
Lire aussi : Bouteflika, jamais 2 sans 3 et Quelques aspects de la société algérienne
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