Kréyol Factory : Ô mon île au soleil...
Harry Belafonte, Henri Salvador l'ont chanté. Le premier en anglais, le second en français mais jamais, sauf erreur ou omission, ni l'un, ni l'autre ne l'ont fredonné en créole : Island in the sun, Ô mon île au soleil... Une chanson douce comme un alizé au parfum de vanille mais l'envers du décor de style parfois colonial témoigne d'une réalité moins exotique.
Des îles sous influences
C'est le titre de l'une des 7 étapes de l'exposition. Qu'il s'agisse des Caraîbes ou d'iles indo-océaniques, ayant des statuts politiques différents - Etats indépendants, "Etats associés", Département d'Outre-Mer -, ces sociétés partagent l'histoire de l'esclavage, la colonisation, une économie fondée sur celle des plantations et des systèmes de pouvoir dont les traces, encore visibles, influent sur leur développement, leurs valeurs et leurs pratiques culturelles.
Avec l'évolution d'enjeux géo-politiques des grandes puissances, les stratégies financières du monde globalisé, elles subissent aussi de nouvelles formes d'influences, voire de domination, en particulier de la part de l'Europe et des Etats-Unis.
Terres ambivalentes d'intégration et de résistance où les multiplicités sociales et culturelles émergent et se transforment continuellement, elles vivent, comme l'écrit François Vergès, dans le "double jeu du singulier et de l'assimilé, de l'isolement et du lien".
Cour Zamia, Abymes, Guadeloupe © Daniel Goudrouffe 1995
Des îles françaises
La départementalisation de 1946 signe officiellement la fin du statut colonial des possessions françaises en Guyane, dans les Caraïbes et à La Réunion et la volonté d'intégrer sans distinction ces citoyens dans l'espace républicain. Mais la dimension sociale de la citoyenneté - l'égalité des droits - est lente à devenir efficiente tant dans les DOM qu'en métropole pour les migrants venus s'y installer à partir de 1962 avec le BUMIDOM (Bureau des Migrations intéressant les départements d'Outre-Mer). Par ailleurs, si la départementalisation contribue bien au développement urbain, favorisant l'instruction de base et l'élévation du niveau de vie, elle ne prend pas en compte le patrimoine et les cultures locaux (histoire, environnement, langues, valeurs...) relégués le plus souvent dans l'oubli ou l'exotisme, voire parfois le mépris.
Aujourd'hui, que ce soit en Guyane, en Martinique, en Guadeloupe ou à La Réunion, la gestion régionale des affaires s'effectue dans un contexte qui doit prendre en compte les enjeux nationaux et une concurrence internationale : développement des services et de l'industrie touristique aux dépens d'une production territoriale plus diversifiée, rivalités avec les économies du continent européen - auquel les DOM sont intégrés -, compétition avec les pays émergents de la mondialisation. Les populations, tout en étant françaises, luttent aujourd'hui pour la reconnaissance de spécificités historiques et culturelles et font valoir des référents identitaires singuliers, composants majeurs de leur reconnaissance sociale et politique.
Les travaux de Daniel Goudrouffe et Nicolas Nabajoth en Guadeloupe, les reportages commandés à Jean-Luc de Laguarigue en Martinique, à Yo-Yo Gonthier et Pierrot Men à La Réunion révèlent des paysages urbains et humains qui témoignent de cette présence française au coeur des Caraïbes et de l'Océan Indien.
Platano Pride © Miguel Luciano 2006
Des effets...
La Jamaïque
Firmes transnationales, tourisme, importations massives de produits agro-alimentaires minant les économies locales, zones franches... : les Etats-Unis sont le principal "partenaire" de la Jamaïque, aujourd'hui sous tutelle du FMI.
En témoignent le film Life and Debt de Stéphanie Black (2001) et l'humour dénonciateur des photographies de Renee Cox incarnant Rajé, dont elle fait l'héroïne lbératrice des symboles américains.
Porto Rico
A Porto Rico, "état libre associé aux Etats-Unis" depuis 1952, même si l'héritage hispanique reste très sensible, l'essor de la société de consommation renforce l'influence américaine, d'autant qu'aujourd'hui on compte presque autant de Portoricains continentaux qu'insulaires. Les oeuvres de Miguel Luciano et de Pepon Osorio, sous des dehors enchantés, tournent en dérision cette hégémonie américaine.
Chillin with Liberty © Renee Cox 1998
...de la présence américaine
Vieques
Vieques, petite île au large de Porto Rico, fut occupée durant soixante ans par l'armée américaine. Les insulaires protestèrent longtemps contre les activités militaires (entraînement, largages de bombes, napalm...) pour alerter l'opinion internationale. En 2003, la base de Vieques fut évacuée, mais la santé des habitants reste gravement affectée et les sols durablement pollués. Les artistes Marina Gutiérrez, Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla rendent compte de ces événements.
Les Chagos
En 1966, le Royaume-Uni loue l'île de Diego Garcia (archipel des Chagos) aux Etats-Unis pour installer une base militaire, pivot de la stratégie américaine dans l'Océan Indien. De 1967 à 1973, tous les insulaires sont déportés à l'île Maurice et aux Seychelles où ils vivent tant bien que mal... Ils revendiquent - en vain jusqu'à présent - le droit de retour sur leur terre. Il était une île, Diego Garcia, film de Michel Daëron (2006) et les photographies de Pierrot Men auprès des Chagossiens à l'Île Maurice donnent à voir cette actualité.
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