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Géorgie : Figures politiques de la Géorgie

Le 15 mai 2009, Tbilissi accueillait le 1er festival rock international de son histoire. Une réponse à l'exclusion du groupe qui devait représenter la Géorgie au concours de l'Eurovision qui se déroulait au même moment à Moscou. Ce groupe avait composé une chanson ouvertement anti-Poutine : I don't want a put in.

Omar Ouahmane a rencontré le président géorgien quelques minutes après la clôture du festival. Interview exclusive de Mikheil Saakachvili.

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Cet incident diplomatique avec le voisin russe est le résultat d'un long processus. Comment en est-on arrivé là ?

 

Meeting politique © O.Zourabichvili

L'apprentissage de la démocratie

Avec notre Révolution française au premier chef mais aussi tous les exemples de révolutions qui ont émaillé le continent européen après la chute du premier empire, Traités de Paris, Congrès de Vienne, l'ère de Metternich, etc. sans oublier l'histoire américaine ou encore plus proche de nous la décolonisation de l'Afrique dans les années soixante, nous savons que si l'indépendance d'une nation ne s'obtient pas en claquant des doigts, la démocratie, elle, ne se décrète pas davantage mais se construit jour après jour et se renforce des erreurs qu'elle peut commettre.

Fin des années 80, la Perestroïka de Gorbatchev dont le ministre des affaires étrangères est Edouard Chevardnadzé. Géorgien d'origine, Chevardnadzé a été en charge de plusieurs ministères locaux géorgiens de 1965 à 1985. En 1978 et donc à l'époque de Léonid Brejnev, il entre au Politburo. En août 91, il soutiendra Boris Eltsine après le putsch de Moscou contre Gorbatchev.

 

Zviad Gamsakhourdia

Quelques mois plus tôt, la Géorgie qui a déclaré son indépendance, a élu démocratiquement Zviad Gamsakhourdia, ex-dissident qui fut l'un des premiers à subir des internements en hôpital psychiatrique soviétique à la fin des années cinquante. La présidence de Gamsakhourdia sera brève. Il est élu le 26 mai 91, date symbolique de l'indépendance géorgienne de 1918 et son mandat est interrompu par un coup d'état en janvier 92.

Depuis plusieurs années, des troubles agitaient l'Ossétie du sud qui bénéficiait d'un régime d'autonomie remontant à l'ère soviétique. Cette autonomie supprimée en mars 90 provoquera des tensions supplémentaires qui aboutiront à une épreuve de force en mars 91 opposant Géorgiens, Ossètes et forces soviétiques. Après son élection Gamsakhourdia exploitera la thèse du complot soviétique. Pour lui, derrière le mouvement ossète se cachent des agents du Kremlin, l'objectif visé étant de miner l'indépendance géorgienne.

De son côté, l'Abkhazie était également le théâtre de violences inter-ethniques bien avant l'indépendance de la Géorgie. On peut noter par ailleurs que la Moldavie ou encore l'Azerbaïdjan ont connu des troubles similaires à propos de leurs minorités. De là, à penser que Moscou n'y était pas étranger... Des observateurs n'ont pas écarté cette thèse.

Mais complot du Kremlin ou non, les jours de Gamsakhourdia à la tête du pays sont comptés : démagogue pour les uns, dictateur pour les autres, Gamsakhourdia voit une opposition se dresser contre lui tandis que son image à l'extérieur s'écorne sérieusement. On reprochera à Zviad Gamsakhourdia d'avoir commis des atteintes aux droits de l'homme, d'avoir bafoué la liberté de la presse et d'opinion, et même d'avoir pratiqué des nettoyages ethniques en Ossétie du sud. Principaux accusateurs, les Etats-Unis de George W. Bush. Un coup d'état éclate le 22 décembre 1991 et les combats se poursuivent à Tbilissi jusqu'au 6 janvier 92. Qu'arrive-t-il ensuite ? Zviad Gamsakhourdia s'est-il suicidé ou a-t-il été tué par ses propres sympathisants ? En janvier 2004, Mikheil Saakachvili réhabilitera officiellement Gamsakhourdia et fera transférer sa dépouille à Tbilissi dont une artère principale porte le nom.

 

Edouard Chevardnadzé © Wikipedia

Edouard Chevardnadzé
 

Edouard Chevardnadzé succéde à Zviad Gamsakhourdia. Bon sang ne sachant mentir, Il sera l'homme du rapprochement avec la ...Russie. En effet, du fait de la guerre civile entre les partisans de Zviad Gamsakhourdia, les Abkhases et l'armée géorgienne, Chevardnadzé fait adhérer son pays à la CEI (Communauté des Etats Indépendants) afin d'obtenir l'aide de la Russie via la force collective de maintien de la paix de la CEI. C'est ainsi que les Russes interviendront en Abkhazie et en Ossétie du sud.

Le 5 novembre 1995, Edouard Chevardnadzé est élu président de la République de Géorgie. Il sera réélu en avril 2000 avec 80% de suffrages exprimés. L'opposition dénonce alors une « farce électorale ».

La chute de Chevardnadzé intervient trois ans plus tard à l'occasion des législatives de novembre 2003. Trois partis politiques dont le Mouvement national démocrate de Mikheil Saakachvili dénoncent la fraude électorale et réclament la démission de Chevardnadzé. C'est la Révolution des roses. Chevardnadzé quitte ses fonctions le 23 novembre 2003.

 

Mikheil Saakachvili avec un militaire de l'OTAN © David Mdzinarishvili / Reuters

Mikheil Saakachvili

La suite de l'histoire appartient à Mikheil Saakachvili, personnage emblématique de la Géorgie d'aujourd'hui, son actuel président de la République. Un personnage dont le portrait n'est pas aussi simple à dresser. Pour les uns, il est le hussard du Caucase, pour les autres, l'exalté du Caucase. On a vu dans le couple présidentiel, des Kennedy du Caucase. Saakachvili fut L'homme de l'année des médias géorgiens en 1997. On a même affirmé sans doute abusivement qu'il était le Nelson Mandela du XXIème siècle. Se voudrait-il être le David qui défia Goliath ? Et pourquoi pas Saint-Georges terrassant le dragon ? A ce propos, le nom de la Géorgie ne vient pas de Georges même s'il est le saint protecteur du pays. En persan, gorg veut dire « loup », une piste à suivre mais revenons plutôt à nos moutons, fussent-ils à cinq pattes. Portrait de Micha. Pardon... Mikheil Saakachvili.

Lorsqu'un pays est relativement petit, il ne faut pas s'étonner si tout le monde connaît tout le monde. Et même s'il peut y avoir des mélanges de genre. Ainsi Mikheil Saakachvili a rendu hommage à Zviad Gamsakhourdia dont il a fait inhumer la dépouille dans le panthéon géorgien de Mtatsminda. La famille de Gamsakhourdia ne soutient pas pour autant Saakachvili. La veuve de l'ancien président est une opposante sévère et que dire de ses deux fils ? Le premier s'est présenté contre Saakachvili lors des élections de janvier 2008, tandis que le second était arrêté en septembre accusé d'espionnage au profit de la Russie et de complot à l'encontre de la Géorgie.

En réalité, même s'il s'en est écarté au point de le faire trébucher lors de la Révolution des roses, Mikheil Saakachvili doit à Chevardnadzé une partie de son parcours politique. Après ses études et alors qu'il travaille à New York dans un cabinet de droit, il est contacté par un ami géorgien chargé de recruter une élite politique pour le compte de Chevardnadzé. Saakachvili n'hésite pas : il rentre au pays. Il sera élu au Parlement de Géorgie dans le parti de Chevardnadzé. De 1995 à 2000, son ascension va être fulgurante. Il sera ministre de la Justice en octobre 2000. Un an plus tard, il démissionne pour dénoncer la corruption du gouvernement et fonde le Mouvement national démocrate en octobre 2001, instrument décisif de sa victoire à la Présidentielle en janvier 2004.

Lutte contre la corruption, amélioration des conditions de vie pour les classes les plus modestes, Saakachvili veut aussi améliorer l'image de la Géorgie à l'Internationale, tourner son pays résolument vers l'Europe mais le faire entrer aussi dans l'OTAN tout en tissant de meilleures relations avec la Russie, ce qui semble tenir d'une bien improbable posture. D'autant que se posent toujours les questions abkhazes et de l'Ossétie du sud. Bientôt se sera la république autonome d'Adjarie qui fera parler d'elle à propos de son dirigeant autoritaire, Alsan Abachidze, que le gouvernement de Saakachvili parviendra à contraindre à la démission. Ce succès en Adjarie va sans doute inciter Saakachvili à la même détermination envers l'Ossétie du sud mais cette fois, c'est l'impasse. La suite, on la connaît mais il n'est pas certain qu'elle constitue la fin de l'histoire....

Gérard Conreur

Thème(s) : Information| Europe| Géorgie