Situer la Géorgie
Pour certains Français fâchés avec la géographie, situer la Géorgie sur une carte peut relever de l'exploit. A vue de nez, s'agissant d'une ancienne république de l'URSS, ils la placeraient d'instinct dans le nord de l'Europe entre Lituanie et Belarus ? Et peut-être même un peu plus haut ? En réalité, la Géorgie se situe dans le Caucase, plus précisément sur une faille virtuelle entre Europe et Asie. Le Grand Caucase au Nord, une chaine montagneuse qui va de la mer Noire à la mer Caspienne avec des sommets de 5 000 mètres et plus. Même chose au sud avec le petit Caucase mais des sommets tout aussi élevés. Entre le nord et le sud : la Géorgie.
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Entre Europe et Asie
La Géorgie se trouve donc au coeur d'un entre-deux mondes où les cultures sont vigoureusement brassées. Pour faire simple même si rien ne l'est vraiment dans cette région : Fédération de Russie au Nord et donc plutôt de foi orthodoxe, Turquie et Iran au Sud, là nous sommes dans l'islam. Turquie dont l'extrême Est comporte le mont Ararat (qui est en réalité un volcan). Selon la Bible, c'est sur ce sommet de 5 165 mètres (altitude contestée par certains géographes qui pensent que le mont Ararat est un peu plus haut) à quelques centaines de mètres du sommet, que l'arche de Noé aurait touché la terre ferme après le Déluge. Preuve que rien n'est simple dans cette région, le mont Ararat est situé entre trois plaques tectoniques : arabique, eurasienne et anatolienne, ce qui explique la forte sismicité régionale.
Dans l'Est de la Turquie, une partie du Kurdistan qui comporte également quelques ilots de peuplement en Arménie et Azerbaïdjan, voisins méridionaux de la Géorgie. Au nord de la Géorgie, sur le versant opposé du Grand Caucase et allant de la Caspienne vers la mer Noire, le Daguestan, riche d'une quarantaine de langues pour moins de trois millions d'habitants d'une étonnante diversité ethnique, la Tchétchénie et sa capitale Grozny, l'Ingouchie, république confetti de la Fédération de Russie de moins d'un demi-million d'habitants, l'Ossétie du Nord et trois points de suite pour dire combien la région est un puzzle d'une invraisemblable complexité. Car il faudrait encore citer la Kabardino-Balkarie, la Karatchaïévo-Tcherkessie, la république d'Adyguée, sans oublier le Kraï de Krasnodar.
Mestia © T.D.
La poudrière du Caucase
En fait, la disparition de l'URSS n'a rien simplifié, bien au contraire. Si d'anciennes républiques sont parvenues à l'indépendance sans effusion de sang, d'autres territoires sont de véritables poudrières.
A la veille de la Première guerre mondiale, on parlait à juste titre de la poudrière des Balkans (Bulgarie, Grèce, Monténégro, Serbie). Aujourd'hui, on pourrait employer la même expression de poudrière en la situant cette fois dans le Caucase. On se souvient aussi plus récemment et dans un périmètre plus proche du sort de la Yougoslavie, pays des Slaves du sud - poudrière sans doute aussi dont le maréchal Tito était jusqu'alors parvenu à éviter l'explosion.
Hier le communisme soviétique nivelait les cultures avec l'indifférente puissance du rouleau compresseur qui figeait les particularismes dans la masse. Il a cédé la place à un nationalisme russe qui n'a rien à lui envier pour une raison toute simple : depuis la chute du mur de Berlin, l'immense géant d'hier a vu fondre son territoire par blocs entiers et ce n'est pas fini.
Russophiles et russophobes, indépendantistes, séparatistes sans oublier les nostalgiques de la Grande Russie des Tsars ou au contraire de l'époque du PCUS des camarades Staline à Brejnev, régimes de toutes sortes mais résolument antagonistes s'affrontent très durement.
Témoin, le cas de l'Ossétie. Un territoire que sépare le Mont Elbrouz (5 642 m) entre Ossétie du nord-Alanie et Ossétie du sud. L'Ossétie du nord compte moins d'un million d'habitants. C'est une république de la Fédération de Russie. L'Ossétie du sud, elle, bénéficiait d'un régime d'autonomie qui a été supprimé par la Géorgie devenue indépendante en 1991. Du coup, l'Ossétie du sud va se rapprocher de celle du nord en vue d'une union ossète. On sait ce qu'il va advenir en août 2008. Dans la nuit du 7 au 8, l'armée géorgienne lance une offensive contrée par une réaction des troupes russes stationnées en Ossétie du nord. Une partie du territoire géorgien est à son tour envahi. Avant la fin du mois, la Russie du président Medvedev ainsi que le ...Nicaragua reconnaîtront l'indépendance de l'Ossétie du sud et de l'Abkhazie. L'Europe, étoiles jaunes sur fond bleu, fera grise mine tandis que la Serbie observera qu'il se déroule en Géorgie un scénario qui lui rappelle quelque chose à l'époque du Kosovo même si l'exemple n'est pas tout à fait comparable....
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Un point hautement stratégique
La Géorgie est un pays dont la superficie est de 69 700 km2, soit un peu plus de deux fois celle de la Belgique mais pour une population deux fois moins importante : environ 5 millions d'habitants. Pays de montagne mais aussi de forêts, elles couvrent pratiquement 40% du territoire. C'est avant tout un pays agricole produisant thé, agrumes, coton mais aussi riche en ressources hydroélectriques. Son vignoble est réputé et ses vins étaient appréciés jusqu'au Kremlin jusqu'en 2006. A cette époque la Russie « absorbait » 80% de la production géorgienne. Elle a depuis interdit l'importation des vins de Géorgie en raison, affirme le Service fédéral russe de protection des consommateurs (Rospotrebnadzor), de fréquentes falsifications et multiples contrefaçons. Enfin le sous-sol de la Géorgie renferme du manganèse, du fer, du cuivre, charbon et pétrole. Tout cela serait-il suffisant à aiguiser quelque convoitise de la part des voisins, fussent-ils très puissants, de la Géorgie ? Non probablement pas. La réponse se trouve ailleurs...
Station service de l'Europe ?
Ce qui fait l'intérêt hautement stratégique de ce petit pays, c'est que la Route de la soie d'hier qu'arpentait Marco Polo - Tbilissi, célèbre pour ses bains chauds et sulfureux, était une étape sur cette Route de la soie - a laissé place aujourd'hui à une voie rapide toute aussi vitale, celle de l'énergie - gaz et pétrole.
La Géorgie mais aussi ses territoires perdus sont parcourus par des gazoducs et oléoducs de toute première importance : WREP (Western Route Export Pipeline), le gazoduc SCP (South Caucasus Pipeline) mais aussi et surtout le BTC (pipeline Bakou-Tbilissi-Ceyhan), propriété de la British Petroleum mis en place par Mikheil Saakachvili avec l'idée de damer le pion aux Russes.
Et à la lumière des tensions vives qui règnent dans la région, des projets concurrents de pipelines sont d'ores et déjà imaginés faisant du Caucase une véritable toile d'araignée et de la Géorgie la station-service de l'Europe mais pas seulement.
Sur la cartographie de ces pays, s'agit-il de routes ou d'autoroutes ? Ces traits bleus et rouges qui partent dans tous les sens sont autant de veines et d'artères gonflées de gaz ou de pétrole brut. Si un trait fait une petite courbe, est-ce pour contourner un obstacle naturel ou se mettre à l'abri d'une frontière ? C'est le cas du NSGP qui filant du nord vers le sud (North South Gas Pipeline) s'approche de Tbilissi et se dirige vers l'Arménie mais avant cela il a longé les frontières des Osséties du nord et du sud, un parcours à hauts risques qui résume toute la complexité de l'endroit.
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