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Les années Pompidou : l'élection de juin 1969

l'élection de Pompidou à la Une du Figaro © Gérard Conreur

Il y a tout juste un an, les événements de mai-juin 68 se sont terminés. Ou presque. En fait, ce n'est pas mai 68 le plus important, les affrontements du Quartier Latin, ce qui s'est passé à la Sorbonne ou à l'Odéon, les grèves chez Renault ou ailleurs, la pénurie d'essence ou de cigarettes. Ce qui est réellement important, c'est ce qui va suivre. Comment ce mouvement incontrôlé, anarchique, qui a déboussolé les politiques les plus aguerris y compris à gauche, va profondément modifier notre façon de penser, notre façon d'être. Mais cet héritage, on ne va pas l'identifier immédiatement, il faudra pour cela un peu plus de recul. Toujours est-il qu'après mai-juin 68, la France s'est remise en marche. On a repavé les rues de la capitale, déblayé les carcasses de véhicules calcinés, nettoyer les murs de toutes ces affiches qui promettaient le bonheur pour demain.  

Mai 68 a tétanisé le Général de Gaulle. Il ne s'y attendait pas. Pour lui, c'est un revers. Alors sans doute, a-t-il besoin de tester cette France qui, pense-t-il encore, lui doit tant. C'est le referendum du 27 avril 1969 portant sur la réforme du Sénat et la régionalisation. En cas d'échec, souligne le général de Gaulle, il quittera ses fonctions. Pompidou n'était plus le premier ministre du général de Gaulle lors de ce referendum. Il avait été remplacé le 10 juillet 68 par Maurice Couve de Murville. Cette liberté retrouvée va lui permettre d'annoncer, à Rome, qu'il sera candidat au cas où de Gaulle viendrait à partir. Du coup, la droite un peu rassurée ne s'est pas mobilisée derrière de Gaulle autant qu'elle aurait dû.

Sans être le désastre, le non l'emporte avec 52,41% des suffrages. Pour De Gaulle, le message est clair et comme prévu il quitte ses fonctions dès le lendemain : « Je cesse d'exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd'hui à midi. » Une page se tourne, une grande silhouette désormais un peu voutée s'éloigne...

C'est Alain Poher, président du Sénat qui assure l'intérim. Fonctionnement normal de nos institutions. Nous sommes dans une France euphorique. Les journées de travail perdues de mai 68 ont été rapidement gommées. Les capitaux qui, dans la tourmente, avaient pris le chemin de la Suisse sont plus ou moins revenus. La France traverse l'époque fastueuse des Trente-Glorieuses. Pleine croissance, chômage insignifiant...

 

 

Duclos : Bonnet blanc... © Sénat

La présidentielle de 1969

L'élection présidentielle se déroule les 1er et 15 juin 1969. Pour la droite : Georges Pompidou pour l'UDR également soutenu par les Républicains Indépendants de Valery Giscard d'Estaing. C'est la première fois que Pompidou se présente à l'élection présidentielle. Face à lui, Alain Poher qui sans doute a pris goût à la fonction après son intérim à l'Elysée. A gauche, Mitterrand qui n'a pas réussi à fédérer la gauche, a renoncé à se présenter. Pour la SFIO, c'est donc Gaston Deferre. Il y a aussi Michel Rocard pour le PSU - nettement plus à gauche que la SFIO - et enfin la figure historique du Parti Communiste Français, Jacques Duclos. A l'extrême gauche, Alain Krivine pour la Ligue Communiste. Ferme la marche, Louis Ducatel, OVNI incertain qui ne sait où se poser ?

La gauche est laminée au premier tour sauf pour Jacques Duclos qui obtient 21,27% des voix, ce qui est considérable pour le Parti Communiste mais malgré tout le combat se jouera à droite : Pompidou (44,47%) croisera le fer avec Poher (23,31%) pour le second tour. Le soir du 15 juin 1969, Pompidou enlève l'élection avec un peu plus de 58% des suffrages malgré un peu plus de 30% d'abstentions. Car Duclos, évidemment, n'a donné aucune consigne de vote. Il aura simplement ce mot qu'on lui connaît si bien et avec ce regard plein de malice et cet accent inimitable : Pompidou et Poher, c'est bonnet blanc et blanc bonnet.

 

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Gérard Conreur

Thème(s) : Histoire| 20e siècle| Les années Pompidou