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Les années Pompidou : la continuité en général

Georges Pompidou laisse le souvenir d'un homme effacé, peu disert, érudit mais discret. Un homme dans l'ombre du général De Gaulle. L'ère pompidolienne s'inscrit dans la continuité des Trente Glorieuses mais le déclin s'amorce. A l'occasion des traditionnels voeux à la télévision, Pompidou tentera de nous mettre en garde contre des temps difficiles. Lorsqu'il disparaît brutalement, il laisse une France orpheline mal préparée face à une crise économique majeure.

 

Le Cantal, terre natale de Georges Pompidou © Raymond Thill / Fotolia

Un érudit au physique rural

Fils d'enseignants, petit-fils de paysans, Georges Pompidou est le symbole d'une ascension sociale réussie. Né le 5 juillet 1911, dans le Cantal, il fait ses études à Albi. Après le bac, il prépare son entrée à l'Ecole normale supérieure, à Toulouse puis au lycée Louis-le-Grand à Paris. Ses années d'étudiant lui donneront l'occasion de connaître la société et la vie culturelle parisiennes, de nouer de profondes amitiés.

Cet érudit au physique rural et au comportement décontracté sera tour à tour enseignant, homme de lettres et homme d'affaires. Auparavant il s'était engagé une première fois en politique avec la Ligue d'action républicaine et socialiste.

Démobilisé après la débâcle de 40, il enseigne à l'Ecole Nationale de la France d'Outre-mer. L'agrégé des lettres sera, par la suite, chargé de l'information auprès du général De Gaulle avant d'entrer au Conseil d'Etat.

Lorsque le général connaît sa Traversée du désert, Pompidou n'est jamais bien loin même s'il reste, par nature, très discret. Il sera l'un des artisans de la création du RPF puis chef de cabinet du général de 1948 à 1953. Pompidou mettra aussi son talent au service du groupe Rothschild. Mais ni la politique, ni la Banque n'effaceront ce passionné des belles lettres qui rédigera trois présentations de Classiques illustrés sur Racine, Taine et Malraux. De Gaulle revenu au premier plan de la scène publique en 58, Pompidou participe à l'élaboration de la nouvelle constitution et aux plans de réformes économiques et financières.

De Gaulle le chargera aussi de prendre avec le FLN les contacts qui aboutiront aux négociations d'Evian et sensible à sa loyauté en fera son Premier ministre à cinq reprises. Quand la crise de mai 68 s'achève, Pompidou préside aux accords de Grenelle aidé par un jeune fonctionnaire du nom de Jacques Chirac.

 

 

Paris Match  

De la magistrature suprême à l'agonie

Le 15 juin 1969, Pompidou accède à la magistrature suprême et le pays va connaître sous sa présidence une période d'expansion, de modernisation et d'élévation du niveau de vie. Pompidou est à l'origine de la mensualisation des ouvriers ou encore de l'actionnariat des salariés. Passionné d'art moderne, il sera l'initiateur du Centre Beaubourg dont il ne verra pas l'achèvement.

Ces années-là, - les années Pompidou - ont changé la société française. Conséquence de la mensualisation, les Français adoptent massivement le compte bancaire d'autant que la BNP née de la fusion BNCI-CNEP (1966), les invite fermement à le faire. La campagne Publicis de 1974 : Votre argent m'intéresse marquera durablement le monde de la pub et ...notre comportement.  

Dépenser, consommer... Le seul vice est dans l'avarice. Le superflu est essentiel. Il ne faut manquer de rien pour pouvoir critiquer en toute connaissance de cause la société de consommation. Quel bonheur de pouvoir dépenser son argent : la sacro-sainte bagnole, la chaine Hifi hors de prix, les premières télé couleurs... Sony, Akai, Nikon, Honda, Kawasaki... Les premiers mots de langues qui ne nous sont plus étrangères. Et si on veut faire encore plus chic, encore plus snob, encore plus outrageusement onéreux, on délaisse le Made in Japan au profit du Roi du Danemark, son Altesse Bang & Olufsen et son look furieusement design. Oui, j'ai bien dit disagneu...

Mais revenons à l'homme bientôt frappé par la maladie : Georges Pompidou est atteint de la maladie de Waldenström et il se sait condamné. Son visage bouffi par la cortisone, sa démarche lourde et son ton cassant témoignent d'une souffrance insupportable mais dont il ne parle pas.

Seuls quelques rares collaborateurs ou quelques proches du président le verront parfois silencieusement en larmes, ce qui témoigne de sa souffrance : je souffre comme un damné... se confiera-t-il d'ailleurs à l'un d'entre eux tandis que l'Elysée évoque confusément des grippes à répétitions.

En mai 1973, c'est le sommet Pompidou-Nixon à Reykjavik. Lors de la rencontre avec la Presse qui précède les premières discussions, les gros plans des caméras de télévision se font implacables et soulèvent de véritables inquiétudes. Même chose en juin de la même année lorsque le président Pompidou accueille Leonid Brejnev à Rambouillet. Comment taire plus longtemps le secret ?

Pompidou disparaît progressivement de la vie publique. Dans la soirée du 2 avril 1974, un flash tombe sur les téléscripteurs de l'AFP avec ces trois mots : Pompidou est mort. Seul Zitrone fera un peu moins sobre. Au delà des polémiques, les Français de toutes tendances politiques rendront hommage au courage d'un homme paisible qu'ils auront, finalement, bien peu connu.

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Gérard Conreur

Thème(s) : Histoire| 20e siècle| Les années Pompidou