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Objectif Lune : 25 juillet 1909, Blériot traverse la Manche en 37 minutes...

Louis Blériot © Wikipédia

Louis Blériot est né à Cambrai en 1872. Il fait ses études à Cambrai puis à Amiens où il prépare l'entrée à l'Ecole Centrale des arts et manufactures. C'est un entrepreneur-né qui lance très rapidement, à l'âge de 23 ans, la Société des phares Blériot afin d'exploiter commercialement sa propre invention : le phare à acétylène pour les premières automobiles. Ainsi les heureux possesseurs d'un véhicule automobile pourront-ils rouler la nuit. Ca semble évident mais encore fallait-il y penser.

Dans les toutes premières années du 20ème siècle, le nouveau défi du genre humain, c'est évidemment l'aviation. Les frères Wright dont on a suivi les exploits, sont venus en France et, bien sûr, ils ont fait des émules dont Louis Blériot mais il y a aussi Gabriel Voisin et bien d'autres noms encore que l'histoire oubliera. Etre aviateur dans les années 1900-1910, c'est être un joyeux illuminé. Il faut aussi avoir bien sûr un peu de fortune pour faucher les marguerites car même construit en bois et en toile, un aéroplane coûte - comme tous les prototypes - pas mal d'argent.

En 1904, Blériot et Voisin vont l'apprendre de la façon la plus rude qui soit : le Blériot-Voisin II se retourne comme une crêpe lors d'un essai et il en va de même pour un prototype plus élaboré. Trois ans plus tard, les perspectives ne sont guère plus réjouissantes avec le Blériot V surnommé le Canard, un monoplan, puis le Blériot VI, la Libellule, monoplan également à ailes tandem puis le Blériot VII doté d'une hélice à quatre pales. En 1909, la situation se simplifie : si des progrès essentiels ont été réalisés, il vaudrait mieux tout de même tout arrêter car la ruine menace. Louis Blériot est un aviateur intrépide certes mais on oublie trop souvent l'inventeur et le précurseur qu'il fut. On vole à peine et dans quelles conditions de précarité que Blériot imagine déjà le transport de passagers. En 1910, c'est l'aventure de l'Aérobus avec lequel Blériot va battre le record du monde avec 7 passagers !

En 1909 alors que les affaires du nordiste sont loin d'afficher une éclatante prospérité, le quotidien britannique Daily Mail propose une prime de 1000 livres sterling à celui qui parviendra à traverser la Manche en avion. Louis Blériot n'hésite pas. Il n'est pas le seul à tenter cette aventure. Hubert Latham, un fils de famille plutôt fortuné, s'est inscrit avant lui et le 19 juillet, il décolle de Sangatte, près de Calais, à bord de son Antoinette IV mais au bout d'une quinzaine de kilomètres, son moteur se met à crachoter avant de s'arrêter. A cette époque les aéroplanes évoluent à 100, 150 mètres d'altitude et comme leur nom l'indique, construits de bois et de toile, ils sont également capables de « planer » s'ils n'ont pas d'autre choix... voire de flotter plus ou moins sur l'eau en cas de besoin. Latham est contraint de se poser sur les vagues et l'on raconte que les pieds dans l'eau ou presque Hubert Latham aurait négligemment allumé une cigarette en attendant que les secours viennent le récupérer. Cet échec va précipiter la tentative de Blériot. Il ne faut plus tarder car il y a d'autres candidats. Alors, la tentative aura lieu le 25 juillet 1909 au lever du soleil comme l'exige le règlement du Daily Mail.

Ce jour-là, les conditions sur la Manche sont excellentes, nous sommes en été, il y a très peu de vent, le soleil est bien levé et Blériot précisera même plus tard qu'il aurait pu « se mettre les deux mains dans les poches » tant le pilotage, ce matin-là, lui apparaissait facile. Quant au moteur, il ronronne comme une horloge ou plutôt comme un gros chat paresseux. Le monoplan file à 55 km/heure, l'équivalent d'une mobylette. Une seule chose inquiète mais sans plus l'aviateur : il ne connaît pas Douvres. Il n'y a jamais mis les pieds. Evidemment les instruments de navigation à bord sont inexistants. Pendant une dizaine de minutes, Blériot va se retrouver seul en pleine mer sans le moindre repère car, une fois encore, son avion ne vole pas assez haut. Bientôt une ligne grise apparaît vers l'ouest et se détache de la mer grossissant à vue d'oeil : la côte anglaise tandis que les conditions météo semblent se dégrader : vent et brume qui nécessitent une ferme commande du manche. Il faut redresser un cap trop au Nord, Blériot a failli louper Douvres !

Sous l'avion, trois bateaux apparaissent. Blériot se met à penser qu'ils se dirigent vers un port. Des marins lui font des grands signes. Le Français leur demanderait bien la direction de Douvres mais il ne parle pas un mot d'anglais. Du côté des falaises blanches, ça souffle de plus belle. Le monoplan lutte contre le vent et puis miracle, là, sur le plancher des vaches en haut des montagnes de craie, un homme agite un drapeau français en hurlant à s'en décrocher la mâchoire. Cet homme, c'est Charles Fontaine, le journaliste et ami de Blériot qui veut ainsi montrer à l'aviateur qu'il est bien arrivé et vient de remporter la première traversée de la Manche. Alors Blériot descend, il descend trop vite, coupe l'allumage à 20 mètres du sol, l'appareil se pose lourdement dans l'herbe, l'hélice est brisée. Qu'importe.

Blériot sera reçu par le roi d'Angleterre le lendemain. L'événement aura une portée mondiale. Un détail pour finir : si Blériot a traversé la Manche, c'est aussi un Français qui inventa le manche - le manche à balai comme on l'appelle à l'époque - tandis qu'aujourd'hui on parlerait plutôt de joystick : Robert Esnault-Pelterie (1881-1957) qui pour ne pas faire les choses à moitié, inventa aussi le moteur en étoile. Un siècle plus tard, cela méritait bien de s'en souvenir... 

Gérard Conreur

Thème(s) : Histoire| Découverte| Objectif Lune