Objectif Lune : Pourquoi 2001 ne fut pas l'Odyssée de l'espace
Saturn V : 110 m de haut, 3000 tonnes au décollage © NASA
25 septembre 1992, une fusée Titan III quitte son pas de tir de cap Kennedy en Floride emportant dans sa coiffe Mars Observer, une sonde comme les Américains savent les faire depuis Pioneer, Voyager, Viking, etc... Les sondes de la NASA, c'est le triomphe de la technologie. Certes, moins spectaculaire qu'un homme sur la Lune mais tellement plus efficace et utile. Triomphe de l'économie aussi car par rapport à un vol habité, une sonde automatique n'a pas besoin de respirer, de se nourrir, de gérer son stress ou encore de faire ses ...besoins. D'une façon générale, les sondes continuent de fonctionner bien au-delà de leur durée de vie prévue et la moisson d'informations qu'elles nous apportent est considérable. Mars Observer a une mission complexe : minéralogie de la surface de Mars, topographie, champ de gravité, cartographie et bien plus encore... En gros, il s'agît de préparer le terrain en vue des missions humaines que l'on imagine déjà vers Mars. La durée de vie de Mars Observer était de 3 ans.
Etait... parce qu'un peu moins d'un an après son lancement et tandis que l'engin se trouve pratiquement à pied d'oeuvre, tout contact va se terminer là, le 19 août 1993. (La distance Terre-Mars est d'environ 237 millions de km. Par comparaison la Lune n'est qu'à 384 000 km de la Terre). Ce bijou de très haute technologie ne répond plus, il est définitivement perdu. Une catastrophe pour la NASA et un retard considérable pour tout le programme d'exploration de la planète rouge. Enfin, détail au passage : le montant de la facture : 1 milliard de dollars...
L'exploration spatiale présente un coût ...astronomique. D'autant plus que la plupart du temps, le grand public ne comprend pas nécessairement l'utilité de telles dépenses. Encore à la Maison Blanche, le président Bush avait déclaré que les Américains retourneraient sur la Lune d'ici à 2020 et, de surcroît, dans le projet d'y établir une base permanente. Coût d'un retour sur la Lune pour un voyage : 250 milliards de dollars. L'édification d'une base lunaire n'a pu être chiffrée par la NASA mais à titre de comparaison le coût de la Station spatiale internationale autrement dit l'ISS qui gravite en orbite basse autour de la Terre à peine à 350 kilomètres d'altitude au dessus de nos têtes, se chiffre depuis ses débuts à plus de 100 milliards de dollars et si les Américains en sont à l'origine, participent activement et financièrement à ce projet la majorité des pays membres de l'Agence Spatiale Européenne mais aussi le Canada et la Russie, le Japon, le Brésil...
A titre indicatif : pour ravitailler la Station Spatiale Internationale (encore une fois située dans la banlieue immédiate de la Terre), il faut compter environ 11 300 euros le kg s'il est transporté par le vaisseau russe Progress et trois fois plus cher s'il est transporté par le Vaisseau Cargo Automatique : soit 43 000 euros, le litre d'eau par exemple. Alors qu'en sera-t-il de ces coûts lorsque cette même bouteille d'eau devra être livrée non plus autour de la Terre mais sur une lointaine base lunaire ? A moins qu'on trouve une solution pour fabriquer de l'eau sur place ? Mais le problème des coûts de transports spatiaux se posera également pour tout ce qui est indispensable à une mission : alimentation, oxygène, ergols, pièces détachées, matériels divers, etc. etc.
La station spatiale internationale ©NASA
Des coûts astronomiques
Pour faire des économies par rapport aux lanceurs classiques tels que Saturn V dont les seuls coûts en développement et lancement ont représenté pratiquement le tiers du programme Apollo, soit plus de 6,4 milliards de dollars de l'époque, mais aussi pour d'autres lanceurs de la classe Titan, Atlas ou même notre Ariane européenne qui ne servent qu'une fois, les Américains avaient imaginé la navette spatiale - le Space shuttle - qui présentait l'immense avantage d'être réutilisable. Coût d'un programme qui n'a pas tenu ses promesses : 160 milliards de dollars depuis ses origines. Ce programme avait été mis en place après les dépenses pharaoniques du Programme Apollo, la NASA qui avait envoyé des hommes sur la Lune étant alors pratiquement en faillite.
Les Américains vont abandonner la navette spatiale. Les Russes confrontés à une situation financière délicate après l'effondrement de l'empire soviétique ont abandonné en 1993, faute de moyens, leur navette Bourane dont quatre à cinq exemplaires de vol existaient. Certains morceaux ont même été vendus sur Internet. Réduire les coûts, c'est aussi une volonté européenne. L'ESA et le CNES avaient également un projet de navette : Hermes qui a été abandonné rapidement au profit de projets bien plus rentables : SPOT par exemple pour l'imagerie spatiale ou encore Météosat sans oublier toute la flotte des satellites de télédiffusion : Astra, Hotbird, Atlantic Bird mais il y a beaucoup mieux encore et qui témoigne bien que le temps est venu très tôt de la rentabilité : Si les lanceurs sont jetables car ils ne servent qu'une fois, pourquoi ne pas tenter de récupérer ce qui peut l'être afin de le réutiliser ?
Ainsi pour une Ariane 5 par exemple, la durée de vol est inférieure à une heure. Après un peu plus de 2 minutes de vol, les étages d'accélération à poudre - appelés vulgairement boosters - sont largués, une minute plus tard, la coiffe qui protège le ou les satellites est éjectée à son tour. Séparation du premier étage à un peu moins de 10 minutes de vol, etc. Bref, toute cette belle et très onéreuse technologie finit dans l'océan.
La « récup » dans le monde de l'espace n'est pas une nouveauté. A Kourou, par exemple, l'Ensemble de Lancement Ariane (ELA) était en réalité l'ancien ensemble de lancement de l'ambitieux Programme Europa II (1964-1972) profondément transformé. Ainsi on rehaussa la tour tandis que toutes les installations furent revues afin d'être qualifiées pour Ariane. Démonté en juin 1991, le premier ELA désormais incompatible avec les nouvelles versions du lanceur lourd européen avait permis le lancement de 25 Ariane...
Si l'argent est le nerf de la guerre, il est aussi celui de la conquête spatiale. Une affaire de financements lourds à la hauteur tout simplement des objectifs à atteindre. En temps de crise financière, et si la volonté politique ne l'impose plus comme ce fut le cas à l'époque de la guerre froide, la priorité n'est pas à la guerre des étoiles et c'est sans doute l'unique raison qui ne fit pas de 2001, l'Odyssée de l'espace.
Thème(s) : Histoire| Découverte| Objectif Lune

