La Corée du Nord au Sud : Corée du Nord, l'un des pays les plus fermés au monde
Vue satellite des deux Corées © Nasa
« Voir le pays du matin calme... » Ce pays qu’ont chanté Salvador et Montand n’est autre que la Corée mais la chanson de Bernard Dimey – Syracuse – ne précise pas s’il s’agît de la Corée du Nord ou du Sud car depuis le franchissement du 38ème parallèle, le 25 juin 1950, il existe deux pays-frères mais frères ennemis qui s’affrontent. Retour en Corée du Sud car l’autre Corée demeure l’un des pays les plus fermés au monde.
Difficile de savoir ce qui se passe là-bas au nord du 38ème parallèle dans ce que l'on appelle la Corée du Nord, en coréen Choson, (Hanguk correspond à la Corée du Sud). Le pays n'est pas une démocratie, c'est même tout le contraire. La Corée du Sud n'était pas une démocratie, elle non plus, mais l'appui américain et surtout le boum économique qu'elle a connu après son ouverture sur le monde dans les années quatre-vingt, ont progressivement redoré son image.
Alors quelle différence entre ces deux faces d'une même médaille ? La Corée du Nord a été soutenue par l'Union soviétique et la Chine, deux pays avec lesquels elle a une frontière. Un soutien musclé à l'époque soviétique, idéologique bien sûr, militaire aussi, la protection parfois pesante que le géant de l'est offrait si généreusement à ses pays-frères. La Chine elle aussi, encore plus proche, soutenait sans réserve le régime du maitre des lieux coréen, Kim Il-sung, secrétaire général du parti communiste de Corée en 1945 et du parti du Travail en 1946.
La Corée du Nord par satellite : pas d'électricité ©NASA
Un pays-goulag
Maitre des lieux qui régna sans partage, dévoré d'orgueil et de toute puissance, tyran mégalo-démoniaque qui a développé à l'extrême un culte de la personnalité qui le hissait plus haut que Staline ou Mao. Staline est mort en 1953, Mao Zedong en 1976, Kim Il-sung leur a survécu jusqu'en 1994 le temps de transformer son pays en un véritable camp de travail forcé. François Godemont professeur de science politique à Sciences Po et grand spécialiste de l'Asie écrit en 1993 dans La renaissance de l'Asie (Ed. Odile Jacob) : « la Corée du Nord apparaît comme la systématisation délirante des pires traits du stalinisme et du maoïsme ». Une définition juste et qui fait froid dans le dos...
La Corée du Nord est donc un gigantesque goulag en même temps qu'une caricature de régime socialiste à l'ancienne abondamment ponctuée de portraits géants du grand leader, de statues colossales à son effigie à chaque coin de rue. L'une des plus imposantes mesure 35 mètres de hauteur. Elle est devenue un lieu de culte qui dépasse l'entendement. Car le goulag coréen est aussi mental. Depuis leur plus tendre enfance, les Coréens sont soumis à un endoctrinement de tous les instants. Lors du décès de Kim Il-sung, des scènes d'hystérie collective, reflet d'un fanatisme sans borne ont pu être enregistrées. Or il est plus que probable qu'il ne s'agissait pas de mises en scène...
Le Grand leader est passé en quelques décennies du rang de secrétaire du parti communiste à celui de quasi-divinité guidant le peuple coréen vers une terre promise où coulent le lait et le miel. Le bureau de la propagande s'est surpassé lors de la mort du Kim Il-sung. La symbolique de l'oiseau est très forte en Corée. Le peuple apprit ainsi que des hirondelles avaient rendu hommage au grand disparu et que d'autres oiseaux, des grues, renoncèrent à emporter vers le ciel la dépouille de Kim Il-sung afin que son corps repose dans un mausolée au luxe inouï. Ce mausolée existe bien évidemment mais son accès est strictement réglementé. Evidemment personne n'a jamais pu témoigner de la présence du moindre moineau dans le périmètre banal où Kim Il-sung passa l'arme à gauche...
Statue monumentale et dévotion populaire ©Reuters
Un avenir très incertain
Pyongyang, la capitale de la Corée du Nord, offre le spectacle surréaliste d'immenses, interminables et larges artères définitivement dépourvues de la moindre circulation automobile et bordées de sinistres bâtiments gris et sans âme. On voit bien peu de monde dans les rues de cette capitale d'une république pourtant populaire. Où sont les commerces ? Cette foule, cette frénésie que l'on observe dans toutes les grandes villes asiatique ?
Le Ryugyong Hotel, sorte de montagne ...russe stylisée qui devait culminer à 330 mètres et offrir 360 000 mètres-carrés sur 105 étages a offert longtemps le spectacle d'une désolante structure bétonnée couleur blockhaus. Commencée en 1987, la construction a été stoppée en 1992 en raison de fréquentes coupures d'électricité. Il semble que depuis les travaux aient repris. En réalité, le gouvernement traversait de lourdes difficultés financières. Par ailleurs, c'est durant ces mêmes années 90 que la Corée du Nord traversa une grave famine.
Comment est-ce possible dans un pays où abondent les ressources ? L'industrialisation de la Corée a essentiellement servi à la sur-militarisation du pays. Les chiffres sont éloquents : Première armée du monde en nombre de militaires par milliers d'habitants et cinquième armée du monde en terme d'effectifs. De plus, la République populaire démocratique de Corée est désormais le 9ème Etat à posséder l'arme nucléaire, ce qui soulève l'inquiétude de la communauté internationale.
Sur le plan agricole, le tableau est plus dramatique. La Corée du Nord a traversé une série de catastrophes naturelles épouvantables : inondations, sécheresses mais aggravées par la mise en place de réformes agraires à la mode de Moscou : déforestation massive, agriculture intensive ont lessivé et profondément appauvri les sols. Or pour obtenir du pétrole à des tarifs préférentiels, la Corée du Nord devait échanger des denrées agricoles. Sa situation s'est dégradée plus encore après l'effondrement de l'URSS. La Russie stoppant tout naturellement les aides financières prodiguées aux républiques populaires à l'époque du communisme.
Aujourd'hui le monde entier s'interroge toujours sur la Corée du Nord qui excelle dans l'art de souffler le chaud et le froid. Kim Il-sung disparu en 1994 a été remplacé après un deuil de trois ans par son fils Kim Jong-il, âgé aujourd'hui de 68 ans. Le Dirigeant bien-aimé dont la biographie officielle a été soigneusement revue pratique le même culte de la personnalité que son père : spectacle grandiose auquel ont participé 10 000 jeunes à l'occasion de son anniversaire en 2002, train de vie fastueux dont les extravagances pourraient relever de la mythologie officielle mais silence complet sur son état de santé après quelques absences remarquées. Le Cher Leader autre nom donné à Kim Jong-il aurait été victime d'une attaque cérébrale selon le Renseignement américain. Selon d'autres sources, il pourrait être mort, ou gravement malade, souffrant d'un cancer du pancréas diagnostiqué en août 2008. Enfin, selon le quotidien Le Monde, Kim Jong-il aurait désigné en janvier 2009 son troisième fils Kim Jong-un pour successeur. On est jamais trop prudent face à un avenir très incertain...
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