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Seine en crue : Que d’eau, que d’eau…

Que d'eau, que d'eau... © Radio France

Le mot est de Mac Mahon, comte de Mac Mahon, duc de Magenta, maréchal de France et Président sous la III° République. Autrement dit un légitimiste né un 13 juillet et qui, devenu grand - mais le fut-il un jour ? - tâtonna vainement de la République, ce qui ne conduit à rien de bon.

En juin 1875, il observe les désastres d'une crue de la Garonne et face à l'assistance, il lâche ce mot désormais célèbre auquel un officiel aurait répondu : « Et encore, monsieur le Maréchal, vous ne voyez que le dessus »...

Mais revenons en région parisienne ou plus largement dans le bassin de la Seine puisqu'elle prend sa source en Côte d'Or à une trentaine de kilomètres de Dijon dans une petite commune appelée Saint-Germain-Source-Seine, devenu Source-Seine le 1er janvier 2009. La Seine coule (de source) du sud-est en direction du nord-ouest traversant Troyes, Paris et Rouen avant de se jeter dans la Manche au Havre. Elle traverse 14 départements et compte une dizaine d'affluents dont l'Aube, la Marne, l'Oise, l'Yonne pour ne prendre que les plus connus.

 

 

Indices des crues de 1658, 1740, 1802 ©La Seine en partage

1658

Lorsqu'on observe ses méandres, la Seine donne généralement l'image d'un long fleuve plutôt tranquille mais, qui l'eut cru, a connu de nombreuses crues, l'eusses-tu cru. Se méfier donc de l'eau qui dort. Evidemment, la crue de 1910 vient immédiatement à l'esprit mais ce n'est pas la plus importante. Il faut pour cela remonter au siècle de Molière. Dans les premiers mois de l'année 1658, le 27 février, on observe 8,96 m (Par comparaison aux 8,50 m de la crue de 1910). Début mars, on note encore 8,81 m. La crue est à ce point violente qu'elle détruit en pleine nuit deux arches du pont Marie - l'ancêtre de celui que nous connaissons et qui relie la rive droite à l'île Saint-Louis - précipitant dans les flots une vingtaine de maisons situées sur son tablier et faisant une soixantaine de victimes. Le pont sera reconstruit en pierre une vingtaine d'années plus tard. Mais en 1769, et en souvenir de la crue meurtrière de 1658, toute construction de maison sur les ponts sera désormais interdite.

 

1910, la crue côté banlieue ©La Seine en partage

Des crues comme s'il en pleuvait

Pour remonter plus encore dans le temps, on relate une crue en 582-583. En 779-780, Charlemagne ordonne un certain nombre de travaux visant à lutter contre le fléau des inondations mais il vise surtout la Loire. Débordements de la Seine en 816-817 à Tournan, 819-820, nouveaux débordements de la Seine, récoltes noyées, la famine puis la peste s'installent. Nouvelles crues de la Seine en 830-831, 833-834. En 841-842, crues de la Seine et l'Yonne, même chose en 845-846. Une autre crue historique en ce qui concerne ses conséquences en 886 puisqu'elle engendrera la levée du siège de Paris par les Normands. Pour terminer le survol de cette très longue liste, retenons ces derniers événements : 1119, durant l'hiver il tombe des pluies excessives, les Parisiens voient des gouffres énormes que les fureurs de la Seine débordée creusent dans les demeures et les maisons... En mars 1196, Paris connaît une grande inondation au point que les ponts de la Seine se rompent. En 1206, déluge au point que l'on ne peut circuler qu'en bateau. En 1219, 1235, 1240, 1242 et 1281, nouvelles calamités. Enfin, en 1296, le Paris de l'époque est intégralement inondé, la montée de crue provoque l'effondrement du Petit Châtelet.

Les quartiers inondables à Paris ©Ide

Plus proches de nous...

Pour la période qui suit 1658, deux dates sont à retenir : 1740 : 7,90 m sont notés à l'échelle du pont de la Tournelle et bien sûr 1910 avec ses 8,50 m. Pour mémoire, notons enfin deux dates : 1802 mais surtout 1876. Cet hiver là, la pluie tombe de façon ininterrompue pendant plus d'un mois. L'armée doit évacuer en totalité les habitants d'Alfort tandis que Joinville, Maisons-Alfort, Charenton et les campagnes environnantes disparaissent sous les eaux. La catastrophe va se poursuive jusqu'à la mi-mars. Lorsque la décrue s'amorce, on mesure toute l'étendue des dégâts. Après 1910, la Seine refera parler d'elle en 1924 avec une crue exceptionnelle (7,32m), appellation qui englobe les crues cinquantennales et centennales. En 1939 et durant la guerre, la région parisienne traverse une période très dure en matière de crues en raison d'une pluviométrie excessive mais aussi au moment de la fonte des neiges. En février 1945, crue majeure et 1955 (7,12m), les crues sont modérées grâce aux aménagements de la Seine en amont de Paris. En 1970, on mesure dans la capitale un débit de la Seine presque quatre fois plus vif qu'en temps normale (1650 m3/sec contre 450 m3/sec). 1982 : crue majeure à 6,18m, crues moyennes en février 1988, 1999-2000, mars 2001. Les crues ordinaires fréquentes se traduisent par la fermeture des voies sur berge lorsque le niveau atteint 3,30 m et impliquent l'arrêt de la navigation sur la Seine à partir de 4,30 m.  

Echelle du Pont neuf en novembre 1910 ©DR

Définitions ? Résumons-nous...

Crues exceptionnelles : cinquantennales : + 7 m et centennales : + 8 m
Crues majeures : décennales : + 6 m
Crues moyennes : entre 5 et 6m
Crues ordinaires : +- 3,30 m à 4,30 m (de la semelle à la cheville du zouave).

Le Zouave du pont de l'Alma ne permet pas de mesurer très sérieusement la hauteur des crues mais cher au coeur des Parisiens, il fait partie du paysage. Pour mesurer la hauteur de crue, on se sert d'une échelle limnimétrique (de pronfondeur) installée sur le pont d'Austerlitz. Ces échelles sont fabriquées notamment par L'Emaillerie normande, maison de qualité fondée en 1840...

Enfin, pour ne rien vous cacher, en 1910, le zouave avait de l'eau jusqu'aux épaules...

A lire aussi : Seine en crue : Fluctuat nec mergitur

Gérard Conreur

Thème(s) : Histoire| Ville| 20e siècle| crue de 1910| inondations| Paris