Elisabeth Filhol, lauréate 2010 pour La Centrale
Elisabeth Filhol © Bamberger
Le 5ème Prix France Culture-Télérama a été décerné à Elisabeth Filhol pour son livre La Centrale publié aux Editions P.O.L. Elisabeth Filhol est mariée et mère de trois enfants. Originaire du Sud-Ouest, elle vit depuis plusieurs années à Angers. Après des études de gestion, son parcours professionnel : audit, gestion de trésorerie, analyse financière et conseil après des comités d'entreprise, lui a conféré une solide connaissance du milieu industriel.
Les damnés de l'atome
Pour La Centrale, son premier livre, il s'agît d'une centrale nucléaire, celle de Chinon. Le point de départ du livre d'Elisabeth Filhol, c'est le suicide de trois agents de l'EDF entre août 2006 et janvier 2007. Pourquoi de tels suicides ? Parce que ces agents se seraient sentis dépossédés de leur outil de travail. Ils auraient perdu la main sur la centrale au niveau de la maintenance, l'opérateur national faisant appel alors pour ces opérations qui ne sont jamais dépourvues de risques à des intérimaires extérieurs qui sillonnent la France d'une centrale à l'autre, au fil des missions comme jadis le faisaient ces journaliers de l'errance, sans existence sociale, ni le moindre droit, allant d'une ferme à l'autre chercher de l'ouvrage le temps que duraient les travaux des champs.
Aujourd'hui, le camping-car ou le petit hôtel de passage ont remplacé la paille d'un couchage sommaire mais le statut de ces travailleurs nomades a-t-il autant évolué qu'on voudrait le penser ? Travaux dangereux dans un milieu hostile où le moindre relâchement de l'attention peut avoir des conséquences dramatiques. On le sait depuis toujours : les centrales nucléaires nécessitent une maintenance lourde. Mais c'est aussi un domaine dans lequel le boulot ne manque pas...
Alors s'il s'agit bel et bien d'un roman, la connaissance du milieu force la crédibilité. Enquêtes épidémiologiques, rapports sociologiques, aucun document n'a été négligé, l'auteure a mis à profit son expérience professionnelle au point de mener une enquête solidement étayée. Au temps du Germinal de Zola, il y avait dans les mines du Nord, des gamins de 12 à 14 ans dont le sale boulot consistait à promener une flamme nue le long des parois des galeries, sans la moindre sécurité, pour prévenir les risques de grisou. Salaire de la peur, salaire de misère : 1,10 franc par jour. On imagine le danger insensé et nombreux furent ces gosses, ces galibots, qui y laissèrent leur peau.
Aujourd'hui, dans le roman d'Elisabeth Filhol, ces intérimaires du nucléaire, ces damnés de l'atome prennent des risques plus sournois encore car la radioactivité, si elle se mesure, ne se voit pas, ne se sent pas. On ne voit pas le danger de nettoyer le fond d'une piscine vide, profonde de 15 m, dont les composants ont été contaminés. Alors bien entendu, il y a des normes de sécurité draconiennes, un suivi médical quotidien de ce personnel. Sauf que dans La Centrale, ceux qui se sont trop approchés de ces chaudrons du diable au point de dépasser la dose annuelle de radiations, se trouvent privés d'emploi.
Sujet de premier livre publié par l'auteure qui expédia chez POL son manuscrit tout simplement par la Poste : la sous-traitance dans le nucléaire, sujet tabou. Il fallait oser... Le jury du Prix France Culture - Télérama n'aura pas été insensible à cette histoire forte au style enlevé que nous conte Elisabeth Filhol.
la remise du prix au Salon du livre
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