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Le jour d'avant : De la Sarre à Munich

En janvier 1935, alors qu’après l’affaire Stavisky, la France tente de reprendre un second souffle, les Sarrois votent à plus de 90% leur rattachement à l’Allemagne. Deux mois plus tard, prenant prétexte que les autres membres de la Société des Nations ne désarmaient pas, Hitler rétablit sans préavis le service militaire obligatoire, violant les clauses militaires du Traité de Versailles vis à vis desquelles il ne s’estime plus lié. Premier coup de force du chancelier allemand.

 

Nuremberg 1935 Charles Russell©

L’homme de la diplomatie française est Pierre Laval qui confiera un jour : « Il y a de par le monde cinq ou six hommes dont dépend la paix. Je suis l’un d’entre eux ». Cette poursuite de la paix lui fera commettre bien des erreurs car à tant vouloir la paix, le pays a négligé de préparer la guerre.

Le 7 mars 1936, les troupes allemandes pénètrent en Rhénanie violant une nouvelle fois le Traité de Versailles et le pacte de Locarno.

Stupéfaction en France. Pourtant, un homme, André François-Poncet, ambassadeur de France à Berlin, n’a jamais cessé d’alerter Paris sur les intentions du chancelier allemand.

Après la Sarre et la remilitarisation de l’Allemagne, l’occupation militaire de la Rhénanie par l’armée allemande aurait du appeler la France à une riposte au moment où elle le pouvait encore mais elle ne sut comprendre qu’Hitler, une fois de plus, tentait un terrible banco alors qu’il n’en possédait pas les moyens réels dans son jeu.

De nombreux historiens estiment qu’une intervention française en Rhénanie aurait été décisive et peut-être fatale pour Hitler. Est-ce à dire que la Seconde Guerre mondiale aurait pu être évitée ?

La France a renoncé, avec sans doute un terrible sentiment d’amertume, l’Angleterre ne voulant pas s’aventurer en Rhénanie. Hitler, lui, avait compris que la France, sans l’Angleterre, ne tenterait rien. « La France, affirma-t-il pour vaincre les réticences de son État-major, est en pleine période électorale, divisée, déchirée par les luttes de partis ».

Vers la fin avril aura lieu, en effet, le premier tour des législatives. En mai, la victoire est acquise par le Front populaire. Durant la campagne électorale, aucun parti n’aurait pu prendre le risque de baser son programme sur une intervention française en Rhénanie, laquelle signifiait une mobilisation à court terme.

Après tout, diront les plus modérés, la Rhénanie ne fait-elle pas partie intégrante de l’Allemagne ? Le souvenir de l’Alsace-Lorraine renaît dans les esprits et explique aussi pourquoi la France ne tentera rien. 

La non-intervention en Rhénanie restera une erreur dont les nazis exploiteront toutes les ressources devant les instances internationales pour discréditer la France. Ce succès grisant les rendra plus dangereux encore.

Devant la Société des Nations, les délégués allemands après avoir déclaré que l’Allemagne venait d’offrir vingt cinq ans de paix à l’Europe affirmeront : « Les Français veulent vivre tranquilles chez eux, à n’importe quel prix ! » avant de lâcher cette petite phrase assassine à l’adresse des Tchèques et des Polonais : « Les garanties qu’ils ont données à tous leurs alliés lointains sont donc illusoires. »

Le 13 mars 1938, l’Allemagne et l’Autriche sont réunies. Adolf Hitler se proclame Führer de l’Anschluss.

Le même jour en France débute le deuxième ministère Blum qui ne durera pas un mois, le Sénat lui refusant, une fois de plus, les pleins pouvoirs financiers.

C’est alors que l’on commence à parler d’une nouvelle crise politique en Tchécoslovaquie où à l’exemple des parlementaires autonomistes allemands dont ce n’est qu’un prétexte, les minorités polonaises, slovaques et hongroises revendiquent à leur tour leurs autonomies respectives. 

La crise des Sudètes va amener l’Europe dans l’antichambre de la guerre. Une fois encore, le couple franco-anglais fera pâle figure devant un chancelier allemand plus sûr de lui que jamais. On laissera la Tchécoslovaquie à son triste sort en clamant pourtant que : « La paix est sauvée. »

Pour la crise des Sudètes, Hitler met à profit un principe du Traité de Versailles du droit des minorités à disposer d’elles-mêmes. Principe que les vainqueurs de la Première guerre ne peuvent contredire aujourd’hui. Ce n’est que de la poudre aux yeux car en fait, Hitler vise à éliminer le fameux « quadrilatère de Bohème », la Tchécoslovaquie, afin de pouvoir envahir la Pologne sans aucune difficulté.

En France, Edouard Daladier après avoir collaboré au Front populaire, avait besoin de la droite pour se maintenir au pouvoir et il se devait de lui fournir un certain nombre de garanties. Or, défendre la Tchécoslovaquie n’était-ce pas faire un affront à une partie de la droite française pour qui ce pays était l’œuvre de Clemenceau, son ennemi juré ?

Enfin, la droite considérait que l’ennemi n’était pas le nazisme mais le communisme. La mollesse des réactions contre Hitler s’explique en partie parce que les démocraties s’attendaient à ce que le Reich allemand entre en guerre contre la Russie soviétique. En attendant ce moment, il fallait donc tempérer et ne pas risquer de compromettre les événements. 

« La Tchécoslovaquie est un porte-avions soviétique au cœur de l’Europe », selon une formule du chancelier allemand.

Pour les démocraties occidentales, se porter au secours de la Tchécoslovaquie risquait de gêner le Reich allemand dans son entrée en guerre contre le géant communiste. Elles se faisaient ainsi berner par une magistrale entreprise de désinformation. Lorsqu’elles ouvriront les yeux, l’Allemagne et la Russie auront envahi la Pologne. 

Après l’abandon de la Tchécoslovaquie, Chamberlain à Londres, Daladier au Bourget, sont accueillis en héros alors que le Président du conseil, le sourcil épais en bataille et la mine fermée s’attendait à être lynché par la foule venue à sa descente d’avion. Devant une telle ovation, il lâche entre ses dents : « Les c…! »

Les accords de Munich sont signés le 29 septembre 1938. En France, le parlement les approuve par 555 voix contre 75 et dans l’allégresse, il donne les pleins pouvoirs politiques et financiers au gouvernement.

 

Chamberlain de retour de Munich : la paix sauvée Ministry of Information official photographer©Imperial War Museum

Tous les journaux titrent sur la paix « sauvée » à Munich et inscrivent le mot de Victoire en caractère gras. Léon Blum, lui-même, écrit dans le Populaire : « La guerre est écartée. Le fléau s’éloigne. On peut reprendre son travail et retrouver son sommeil. On peut jouir de la beauté d’un soleil d’automne. »

A la mi-mars 39, le dépeçage est terminé. Prague est allemande, la Tchécoslovaquie a cessé d’exister mais ce n’est pas pour autant que les troupes du Reich se précipitent vers Moscou, comme l’avaient espéré Londres et Paris. 

 

 

 

 

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Gérard Conreur

Thème(s) : Histoire| 20e siècle| Charles de Gaulle| Edouard Daladier| Munich| Pétain| Seconde guerre mondiale