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Le jour d'avant : L’offensive de mai-juin 1940

L’offensive allemande qui va foudroyer la France était prévisible. Le rôle du renseignement à cette époque est déjà considérable. L’information, l’espionnage mais aussi la désinformation et la propagande mènent le jeu et les germano-soviétiques s’y entendent à merveille pour brouiller les cartes.

A partir du 8 mai 1940, des renseignements laissent filtrer qu’il se prépare quelque chose du côté allemand. Le lendemain, un coup de téléphone d’un officier du 2e Bureau au ministère de la Guerre confirme l’imminence d’une attaque allemande. Dans les bureaux du ministère, on reste calme. Rappeler les permissionnaires ? Non, ce n’est pas encore demain qu’ils auront à se battre…

 

La poche de Dunkerque DR©Archives US-Gov.

Cela fait huit mois que la France et l’Angleterre ont déclaré la guerre à l’Allemagne.

Avec l’offensive de mai-juin 40, l’Allemagne va rattraper le temps perdu. Attendre davantage aurait compromis ses chances de victoire. L’hiver est terminé – cet hiver vif qui éprouve moralement les soldats français de la Ligne Maginot -. Le printemps revenu, l’ennemi attend le feu vert de la météo en raison du rôle nouveau joué par l’aviation.

Alors que la nuit plonge les bureaux du ministère désertés dans l’obscurité, de nouvelles informations se précisent : des colonnes ennemies seraient en marche. Bientôt la confirmation tombe : les frontières du Luxembourg ont été franchies.

Les forces du Reich ont lancé une formidable offensive à l’ouest. Elles envahiront les Pays-Bas, violeront la neutralité de la Belgique et perceront le front à Sedan, au nord de la ligne Maginot. Il faut se précipiter au secours des voisins du Nord, Belgique et Hollande pour tenter de colmater, de freiner l’avance.

Le piège a parfaitement fonctionné ; la nasse peut se refermer sur les armées françaises. Sitôt franchies nos frontières, les Panzerdivisionen ont dressé un cap logique. Par un mouvement enveloppant, une partie d’entre elles foncent vers la Mer du Nord, la tenaille se resserre autour de nos armées tandis qu’une seconde aile descend vers la capitale via la Somme.Le dispositif de défense de la ligne Maginot n’aura servi à rioen. Le nouveau théâtre des opérations aura pour cadre Dunkerque. C’est alors l’opération Dynamo, l’épisode d’un terrible week-end à Zuydcoote : 220 000 Anglais, 115 000 Français, sont évacués dans toutes les embarcations possibles et imaginables pilonnées et bombardées par des raids aériens ininterrompus.

Des bateaux flambent sur la mer en tentant de gagner Douvres. Parmi les hommes qui sautent par-dessus bord, beaucoup périront noyés. D’autres bâtiments, machines en avarie, ponts surchargés, sombrent corps et biens emportant par le fond des soldats qui ont tenté d’échapper au cauchemar.

Dunkerque tombe le 4 juin 1940. Suivra la Bataille de France avec son cortège de défaites, d’amertume et de rancœur à l’exemple de ces équipages de blindés, mains en l’air, contraints la rage au cœur à la reddition parce qu’ils sont tombés en panne de carburant et n’ont pu compter sur une logistique de ravitaillement.

 

Paris outragé... DR©Bundesarchiv.

Lot de millions de civils jetés sur les routes de l’évacuation dans un gigantesque exode. Cette masse de réfugiés descendant vers le sud va souvent gêner le mouvement de nos armées remontant vers le nord.

La France est blessée à mort. C’est le moment où l’Italie lui déclare la guerre le 10 juin. Un « coup de poignard dans le dos » selon l’expression révoltée du président des Etats-Unis, et qui va mobiliser des divisions françaises au sud alors qu’au nord, elles seraient si précieuses à retarder la fulgurante avance allemande.

Comme aux jours les plus sombres de 1870, le gouvernement français quitte Paris, déclarée ville ouverte et qui sera occupée par l’ennemi le 14 juin. Trois jours plus tard, le maréchal Pétain qui a improvisé un invraisemblable gouvernement demande l’armistice. C’est le cœur brisé que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. Autour du poste de radio, les larmes coulent, la stupéfaction jaillit, la colère gronde : pourquoi faudrait-il cesser le combat alors que les munitions abondent dans de nombreuses unités en action ?

Les hommes du maréchal vont se rendre compte de l’immense maladresse et émettre une nouvelle mouture du message mais il est trop tard, le venin du renoncement et de la bêtise a rempli son office, miné les esprits et foudroyé le cœur de nos forces. Les combats cesseront le 25 juin 1940.Il aura fallu cinq semaines à Adolf Hitler pour mettre la France hors de combat.

De cette offensive de mai-juin 1940, subsiste l’image d’un Parisien sur le bord des Champs-Élysées qui voyant défiler les troupes allemandes, ne parvient pas à retenir ses larmes. Il y a dans ce regard toute l’expression désemparée d’un peuple conduit à l’abîme.

Une autre image : celle d’une fillette blonde endimanchée, gisant morte près du cadavre de sa mère, foudroyées toutes deux sur le macadam d’une route nationale par l’aviation allemande lors de l’évacuation.

92 000 tués ou disparus, 1 527 000 prisonniers. Chiffres considérables qui témoignent de l’âpreté des combats. A titre de comparaison, les pertes françaises, au plus fort de la bataille de Verdun, du 21 février à la fin avril 1916, s’étaient élevées à 68 000 morts. Pour les forces du Reich, on se congratule au plus haut niveau. On ne parvient pas à comprendre comment la victoire a pu être aussi rapidement acquise. Descendant de son train qui le conduisait de son QG de Charleville à Munich où il devait rencontrer Mussolini, le chancelier allemand ivre de bonheur esquisse ce fameux pas de danse tyrolien après avoir pris connaissance de la note du gouvernement espagnol transmettant la demande française d’armistice.

L’acte solennel est signé, là où le 11 novembre 1918, l’Allemagne avait rendu les armes. Ainsi l’affront de Rethondes sera effacé à Rethondes.

La lecture des conditions d’armistice est faite par le général Keitel. Le lendemain, 22 juin, le général Huntziger qui préside la délégation française reçoit l’ordre de signer la convention d’armistice. Deux jours plus tard, le wagon historique remorqué jusqu’à Berlin sera exposé Porte de Brandebourg comme un trophée. L’honneur allemand est ainsi vengé. La fête terminée, le wagon sera vulgairement relégué dans une gare de triage anonyme avant d’être détruit.

Les étendards à croix gammée vont supplanter sur tous les édifices le drapeau national. Au pas de charge car Adolf Hitler n’apprécie guère la France, le führer effectuera le 23 juin, une visite éclair de la capitale. Il jettera un regard indifférent vers la Tour Eiffel, se rendra au Luxembourg puis méditera quelques instants, les yeux figés sur le tombeau de Napoléon aux Invalides avant de quitter Paris où il ne reviendra plus. 

Hitler à Paris ©Radio France

La France a perdu une bataille mais a-t-elle perdu la guerre ?

Alors même que le vainqueur de Verdun, le 17 juin 1940, appelle les Français à cesser le combat, un peu plus tard dans la journée, un homme arrive à Londres. Au 10 Downing street, il va prendre connaissance du message du maréchal. Le lendemain, un taxi va le conduire aux studios de la BBC. Nous serons alors le 18 juin 1940.

 

 

 

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Gérard Conreur

Thème(s) : Histoire| 20e siècle| Dunkerque| Seconde guerre mondiale| Zuydcoote