Le jour d'avant : La faute du Front populaire ?
Comment comprendre juin 1940 ? Comment imaginer la France mise hors de combat aussi soudainement ? Ne possédait-elle pas l’armée la plus puissante du monde comme on le disait à l’époque ? Alors remontons les pages de l’Histoire de France, avec notamment cette longue, trop longue III° République qui naît du désastre de Sedan de 1870 pour s’achever en 1940 sur un autre désastre avec les pleins pouvoirs donnés au maréchal Pétain. Fin du Second empire, Première Guerre mondiale, crise de la fin des années 20 qui se prolonge tout au long des années trente avec des scandales financiers de toutes sortes et puis, une embellie de courte durée : le Front populaire… L’euphorie, les grèves, les congés payés. Mais finalement l’échec. Alors, le Front populaire n’est-il pas responsable de tous les malheurs que traverse la France ?
On le dit alors et souvent, l’homme de la rue reprendra cette formule distillée par la droite : « tout ça, c’est de la faute du Front populaire ». Bien avant la guerre, on avait pourtant liquidé le Front populaire, selon l’expression de l’époque. Une revanche vis-à-vis d’un régime dont une droite radicale avait tant redouté les réformes. On la retrouvera dans les rangs du maréchal. On s’attaqua à la semaine de quarante heures à laquelle on mit quelques réserves approuvées par la majorité du parlement.
Léon Blum ©DR
L’Europe entière réarmait. Les usines tournaient jour et nuit, sauf « en France et au Mexique » comme l’avait souligné Daladier, le 21 août 1938 dans un discours radiodiffusé où il réclamait le retour à la semaine de plus de 40 heures et jusqu’à 48 heures « dans les entreprises qui intéressent la défense nationale », ce qui entraîna la démission de deux ministres SFIO, tandis que L’Humanité et le Populaire de Léon Blum fustigeaient ce « traître au Front populaire et aux travailleurs » qu’était devenu à leurs yeux Edouard Daladier.
Face à une Allemagne et une Italie engagées dans une folle course aux armements, l’allié britannique ne parvenait pas à dissimuler son retard à équiper son armée au point que sa diplomatie en portait les stigmates. C’est uniquement armé de son parapluie, tout un symbole, que Arthur Neville Chamberlain se rendra à Munich.
Quelques jours avant le discours de Daladier à la radio, le général Vuillemain, chef d’État-major de l’armée de l’Air, avait été l’invité de Göering qui, en Allemagne, lui avait fait les honneurs d’une démonstration de la Luftwaffe. De retour en France, Vuillemain confiera à Georges Bonnet au Quai d’Orsay : « Si nous avons la guerre, l’aviation française sera anéantie en 15 jours. »
Pour le seul mois d’août 1938, l’Allemagne a sorti de ses usines 800 avions, la France n’en a fabriqué que deux. Cependant, le désastre de mai-juin 1940 ne peut être imputé au Front populaire dont l’effort de guerre à l’époque où il dirigeait le pays, fut a contrario significatif. On peut se souvenir de ces « marchands de canons » qu’il fustigeait mais pour l’urgente nationalisation des usines d’armement. Il fallait rassembler les moyens de production, en assurer l’efficacité industrielle mais il est rare que l’arbre sitôt planté porte du fruit. Il faut du temps avant que le prototype d’un bombardier passe de la planche à dessin à la production en série.
Retour au sommaire - Le jour d'avant, le 17 juin 1940... - La guerre au fil des ondes - La faute du Front populaire ? - De la Sarre à Munich - Vers la mobilisation générale - Théâtre aux armées et affectations spéciales - L'offensive de mai-juin 1940
Thème(s) : Histoire| 20e siècle| Guerre| Charles de Gaulle| Pétain| Seconde guerre mondiale

