Le jour d'avant : Théâtre aux armées et affectations spéciales
Quelques jours après la déclaration de guerre, neuf divisions françaises sous les ordres du général Gamelin, commandant en chef, ont pénétré en Sarre sans rencontrer d’opposition. Après une progression d’une dizaine de kilomètres sur un front de 25 kilomètres, elles ont reçu l’ordre de s’arrêter et de s’établir sur une position défensive. Lorsque la bataille de Pologne va se conclure permettant ainsi aux troupes allemandes de redescendre vers l’ouest, le général Gamelin va ordonner un invraisemblable repli vers la ligne Maginot.
Toute la symbolique de la guerre semble résumée dans cette attitude présumée incompréhensible du Général Gamelin, brillant soldat, expert militaire incontesté mais piètre décideur. Tout se passe comme si la France qui a déclaré la guerre à l’Allemagne s’attendait à ne pas devoir la faire. La France se blottit dans une stérile position défensive. Gamelin a renoncé à s’engager plus loin, comme on a renoncé pour la Sarre, la Rhénanie, la Tchécoslovaquie et cette attitude va se refléter, en France, durant toute la « drôle de guerre » jusqu’à l’écrasement du 10 mai 1940.
Prêts pour la guerre ? DR©Paroles de l'ombre
La faiblesse en moyens mécaniques et une progression trop lente paraissent justifier l’abandon de cette opération. Les moyens mécaniques, les fameux blindés, dont De Gaulle n’a cessé de souligner toute l’importance ont fait défaut dans le déroulement de ce mouvement en Sarre et le feront plus encore dans les jours qui viennent précipitant la France dans la défaite.
La Ligne Maginot, clef du dispositif français, ne fera pas illusion longtemps. Sa construction qui remonte à dix ans est restée inachevée faute de crédits. Les ouvrages ont vieilli, l’armement y est inadapté à la guerre moderne à commencer par ce canon de 75 qu’auraient du remplacer des batteries antiaériennes et des armements antichars.
Humour de bidasse... DR©Paroles de l'ombre
Après la mobilisation, le pays s’installe dans une longue attente qui lui permet de renforcer son armement, mais dans le même temps, taraude le moral des soldats occupés à de stériles travaux de terrassements et de tranchées ponctués par quelques compétitions sportives et autres représentations du « Théâtre aux Armées ». L’alcoolisme gagne du terrain, l’ennui est mortel, des cas de suicide sont signalés. Bientôt s’établit un large régime de permissions ; les affectations spéciales. Si l’ouvrier spécialisé a l’ordre de rejoindre son usine, le paysan a la permission de regagner sa ferme pour les travaux des champs.
Permissions de tous styles qui accentuent le sentiment d’inutilité de cette guerre.
Quant à la vie civile, c’en sera bientôt fini des restrictions de prudence. On a fixé du papier collant sur les vitres et disposé des seaux d’eau sur chaque palier d’immeuble, on a protégé les monuments de Paris, on a occulté les phares de tous les véhicules. La nuit tombée, les lumières sont interdites aux fenêtres. Des affiches sur les murs des immeubles signalent la proximité d’un abri placé sous la responsabilité de chefs d’îlots qui ont perçu un casque et un brassard.
Les civils doivent porter en bandoulière une boîte de métal cylindrique contenant un masque à gaz mais très vite on l’oublie à la maison. Le couvre-feu, lui-même, sera assoupli. Les salles de spectacles, les cinémas, les restaurants, les boîtes de nuit reprennent leurs activités vers la normale à partir de la mi-septembre même si la vie nocturne se trouve très ralentie.
La mobilisation a certes, bousculé l’activité industrielle, commerciale et agricole du pays cependant les réquisitions ont été mesurées. Il n’y a pas de mécontentement, ni de rationnement véritable. A la Bourse, la baisse inévitable observée lors de la déclaration de guerre, a été compensée par une tendance à la hausse qui affichera près de 10% à la fin de l’année.
La Banque de France est parvenue à placer son encaisse en lieu sûr. Curieux déménagement que cet éparpillement de la fortune de la France. Une partie de l’encaisse est en Martinique, une autre en Turquie ou au Sénégal voire en Amérique.
On oublie la guerre. Au front, mais s’agit-il d’un front puisque rien ne se passe, les soldats souffrent du rigoureux hiver 39. La France a les yeux tournés vers la Ligne Maginot puisque c’est là que l’ennemi va venir se fracasser. A moins que plus prudent il ne choisisse les Flandres ? Des bruits courent ; la guerre n’aura pas lieu car l’Allemagne ne va pas supporter longtemps les sanctions économiques prises à son encontre. Et puis, les Allemands, eux aussi, traumatisés par la Première guerre mondiale, ne vont pas laisser Hitler faire ce qu’il veut et vont rapidement l’éliminer...
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Thème(s) : Histoire| 20e siècle| Charles de Gaulle| drôle de guerre| Seconde guerre mondiale

