Le jour d'avant : Vers la mobilisation générale
Bombardement de Varsovie
Après l’euphorie française de l’après-Munich, l’heure revint aux réalités économiques qu’affrontait le pays au rythme d’une crise monétaire qui se prolongeait depuis l’automne 36. Le 1er novembre 38, Paul Reynaud succède aux Finances à Paul Marchandeau. Reynaud va assainir les finances publiques, relever les impôts ainsi que les prix des services publics, entreprendre de salutaires économies. Un effort de travail supplémentaire est demandé aux Français, ce qui entraîne aussitôt l’appel de la CGT à la grève générale fin novembre mais pour la centrale syndicale, c’est l’échec.
Les Français n’ont pas suivi, les fruits de leurs efforts mûrissent : les exportations dopées par la dévaluation et l’accroissement de la production industrielle regagnent du terrain améliorant notre balance. Mieux, à la fuite des capitaux succède un retour du métal précieux vers la France dont les stocks à la Banque atteindront 2 407 tonnes. Près de 26 milliards regagnent ainsi le chemin de l’hexagone en moins d’un an.
Le Franc se redresse ; il est en train de gagner la partie. La France sort de la crise. En fait, tout pourrait porter à l’optimisme mais il est trop tard. Hitler a trompé le monde en déclarant que ses revendications d’annexion étaient les dernières. Cette fois, l’Allemagne évoque dès octobre 38, dans le mois qui suit Munich, le retour de Dantzig, ville libre depuis 1919, et la suppression du fameux corridor coupant la Prusse orientale du reste de l’Allemagne. Une de ces bombes à retardement nées de Versailles et dont Foch avait prédit à l’époque, qu’elle serait la source d’un conflit inévitable.
Les Polonais surévaluant leurs forces, n’accepteront pas l’ultimatum allemand. La France est inquiète car en vertu d’une convention militaire et du pacte de Locarno, elle se doit de protéger la Pologne or elle n’a guère le cœur à le faire depuis que ce pays a, lui-même, participé au dépeçage de la Tchécoslovaquie avec ses revendications territoriales de Teschen. Par ailleurs, elle n’est pas prête à la guerre et veut gagner du temps. Le pourra-t-elle au moment même où il faut s’opposer énergiquement à Hitler comme semble vouloir le faire l’Angleterre sous l’impulsion de Churchill ?
Le 1er avril 1939 voit la fin de la Guerre d’Espagne qui a duré près de trois ans et fait plus d’un million de morts. Le 5 avril en France, Albert Lebrun est réélu à la présidence de la République. L’Albanie est envahie le 7 avril par les troupes de Mussolini. Le 26 avril, le service militaire obligatoire est institué en Grande Bretagne mais le 28 avril 1939, Hitler dénonce le pacte germano-polonais et exige le retour de Dantzig à l’Allemagne et le libre passage à travers le Corridor.
Au début du mois d’août 1939, une délégation franco-britannique se rend à Moscou en vue d’édifier un accord militaire anglo-franco-russe mais le 24 août elle apprendra, consternée, qu’un pacte de non-agression a été conclu la veille entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique. Evénement majeur qui bouscule l’équilibre des forces et bien curieux mélange de genres et d’intérêts troublant pour de nombreux communistes français à la recherche d’une désespérante réponse.
Le 1er septembre à l’aube, les troupes allemandes pénètrent en Pologne. Le surlendemain, à 11h15, Neville Chamberlain annonce aux Communes l’état de guerre contre l’Allemagne. Six heures plus tard, la France affiche la même intention.
Un quotidien parisien évoque la mobilisation qui s’effectue « dans un calme et un ordre parfaits » et annonce toujours à la une : « Les troupes allemandes n’ont pu entamer notre défense » déclarent les Polonais ».
La mobilisation s’effectue dans une ambiance maussade de résignation et de soulagement à la fois. Ingrédients contradictoires mais on a cru jusqu’à la dernière minute qu’un élément nouveau changerait le cours de l’histoire. Par ailleurs depuis Munich, on sait que la machine de guerre du Reich allemand est en marche. Alors résignation mais soulagement aussi car il est temps de crever l’abcès. La terreur, les tensions et l’inquiétude n’ont que trop duré.
Les quotidiens parisiens qui titrent sur les contre-attaques de la Pologne à l’exemple de L’Intransigeant du 4 septembre, ignorent que ce pays sera foudroyé par les troupes allemandes deux jours plus tard et que le 17 septembre les troupes russes vont à y pénétrer mettant à profit les clauses militaires secrètes de leur nouvelle alliance avec le Reich allemand.
Le 28 septembre 1939, la Pologne capitule. Le même jour, à Moscou, est ratifié le traité germano-soviétique qui confirme le pacte de non-agression du 23 août.
Pour les alliés, c’est la consternation et la colère.
En France, par décret, le Parti Communiste Français est dissous.
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