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A l'heure du Bac 2010, les vertes années du Certif... 0

Le Certificat d’Etudes Primaires, le Certif pour ceux qui l’ont connu, c’était une série d’images qui nous faisait entrer dans la cour de récré d’une Ecole communale avec son préau et ses deux ou trois platanes dont les première feuilles mortes tapissant le sol sonnaient l’heure de la rentrée et la fin de l’été. Ces fameuses feuilles d’automne emportées par le vent...  Murmures de la récitation en chœur des tables de multiplication. Sur les murs de la classe, entourant le tableau noir, la carte de France avec son bassin parisien, son massif central, son golfe du lion, ses grands fleuves, l’énigmatique Mont Gerbier des Joncs, ses fascinants Puy de Sancy et Plomb du Cantal... Sur une autre planche, les mesures du système métrique avec ses poids et ses mesures joliment illustrés. Il y avait aussi la coupe d’une fleur avec son pistil, ses pétales curieusement masculins, ses étamines définitivement féminines. D’autres images encore... Une abeille en écorché ou une grenouille. Inoubliables leçons de chose ou de morale. La date à la craie et cette encre violette qui faisait des pâtés à cinq carreaux de la marge.

C’est en 1866 dans la France du Second Empire et sous l’impulsion de Victor Duruy, ministre de l’instruction publique, que naît le Certificat d’Etudes Primaires. Quelques années plus tard, entre 1880 et 1882, changement de régime - nous sommes alors sous la III° République -, Jules Ferry rend l’école respectivement laïque, gratuite et obligatoire. Il est confié à l’instituteur le soin d’enseigner la lecture et l’écriture mais aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celles du langage ou du calcul. C’est le temps des Hussards noirs de la République.

 

Dans la classe ©Radio France

Etre instituteur ce n’est pas choisir une profession comme une autre mais bien plus s’engager dans un véritable sacerdoce. L’instituteur est un notable d’un nouveau genre, ni maire, ni notaire, ni aristo. Dans une France résolument catholique, il ne fréquente pas l’église et explique la création du monde par la mécanique céleste, la course des astres, le mouvement des planètes. Fervent républicain, souvent très seul, il n’attend rien de personne. Il n’est pas rare qu’il paie sur son modeste traitement  l’équipement pédagogique de sa classe. C’est un moraliste né, il refuse l’apéritif parce que l’alcool ruine l’honnête travailleur et plonge sa famille dans la misère. L’eau est pour lui la plus hygiénique des boissons et la plus économique aussi. Dans les villages, Monsieur le Curé et Monsieur l’Instituteur font rarement bon ménage. Les souvenirs de Marcel Pagnol, enfant, - son père était lui-même instituteur – même largement romancés nous laissent de cette époque d'un autre siècle un témoignage tendre et drôle.

Le but que se fixe l’instituteur des campagnes mais aussi des villes, son idée fixe : présenter tous ses enfants sans exception à l’examen du redouté et prestigieux Certificat d’Etudes Primaires. Il ne faut pas qu’il y ait le moindre échec.

Le précieux diplôme que l’on apparentera bien à tort à un baccalauréat du pauvre sanctionne la fin des études comme le souligne un texte de 1882 : Il est institué un certificat d'études primaires ; il est décerné après un examen public auquel pourront se présenter les enfants dès l'âge de onze ans. Ceux qui, à partir de cet âge, auront obtenu le certificat d'études primaires, seront dispensés du temps de scolarité obligatoire qui leur restait à passer.  Et ils pourront donc - comme on le disait joliment alors - entrer dans la vie active. C’est la raison d’être du Certificat d’Etudes Primaires à tel point que par la suite deux années supplémentaires après celles du cours moyen seront nécessaires pour tous ceux qui n’entrant pas dans le Secondaire souhaitent être présentés à l’examen. Le Certificat d’Etudes n’est donc en aucun cas un sous-diplôme.

En 1936, le Front populaire qui va rendre la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans ne va pas modifier le statut du C.E.P.  Après la guerre, l’éducation nationale confirme la vocation du Certificat d’Etudes à déboucher directement sur le monde du travail même si les classes de fins d’études déclinent inexorablement. La reconstruction puis les trente glorieuses qui nécessitent une main d’œuvre abondante souvent peu qualifiée marqueront les dernières heures de gloire de ce diplôme progressivement discrédité par le monde enseignant selon lequel sont dirigés vers le C.E.P. tous ceux qui n’aiment pas l’école. En réalité, après le Certif, les scolaires les plus prévoyants optent pour l’entrée en apprentissage ou une formation professionnelle vers un CAP préparé en deux ou trois ans. Lorsque la crise va s’étendre et avec elle le chômage, la seule parade ne sera pas de rendre l’orientation professionnelle plus performante, l’une des faiblesses endémiques de notre système éducatif, mais d’allonger la scolarité sans la mettre véritablement en phase avec les défis du monde actuel. Il s’agit de caser des contingents entiers pour les mettre à l’abri du chômage sans pour autant les armer à y faire face.

 

Ecole de la République Vely ©Fotolia.com

Le Certificat d'Etudes Primaires est supprimé par décret - et dans l'indifférence générale - au cours de l'été 1989 alors que la France célèbre le bicentenaire de la Révolution.

Gérard Conreur

Thème(s) : Histoire| Découverte| Education| Certificat d'études| école primaire| élèves| enseignement

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