Ariane : une lignée d'exception...
En 1985, Ariane 1 tire sa révérence après une bonne dizaine de lancements. Les satellites, les sondes spatiales et autres charges utiles plus sophistiquées que jamais ont pris des rondeurs et du poids. Il faut des lanceurs de plus en plus puissants pour les transporter vers les étoiles…
Ariane, une lignée d'exception ©dr
Si Ariane 2 semble très proche de la première Ariane, son volume sous coiffe a été revu à la hausse et on va aussi augmenter sa puissance et la durée de propulsion. L’heure est aux économies, à la rentabilité. Le prix d’un kilogramme mis sur orbite reste extraordinairement élevé or les satellites dépassent parfois les deux tonnes. Pour les satellites plus modestes, le CNES imagine de les transporter par deux. L’attractivité commerciale ainsi réalisée séduit de nombreux clients d’Ariane. Enfin, Ariane 3 dont le premier vol se déroule en août 1984 ajoutera aux performances d’Ariane 2, la puissance de deux boosters – pardon – de deux propulseurs à poudre supplémentaires. Ariane 3, c’est 50% de puissance en plus par rapport à la toute première Ariane.
Bilan des séries 2 & 3 qui s’achèvent en juillet 1989 : 6 lancements Ariane 2 et 11 pour Ariane 3.
Ariane 4 s’éloigne définitivement de la filière originelle même si son architecture reste proche des précédents modèles classiques à trois étages. La pointe de coiffe culmine à près de 60 mètres de hauteur contre 47,4 mètres pour Ariane 1 mais surtout Ariane 4 est déclinable en six versions différentes qui vont marquer l’originalité de ce lanceur qui afficha après 116 vols un taux de fiabilité de 97%. Selon les charges à transporter ou l’objet de la mission, Ariane 4 peut se voir doter de deux ou quatre propulseurs à poudre ou à propergol voire une association de ces deux technologies. Le modèle le plus évolué - Ariane 44L - pesait 120 tonnes de plus qu’un Boeing 747. Au chapitre de la modernité, les lancements se déroulent désormais sur l’ELA 2 (Ensemble de Lancement Ariane 2). Sur le plan de la nostalgie, le premier Ensemble de Lancement Ariane dressait sa silhouette familière visible depuis l’ancienne route de Sinnamary. Une petite route étroite dans laquelle la saison des pluies creusait parfois, ça et là quelques nids de poule. On se rendait du Centre technique à l’Ensemble de Lancement Ariane à bord d’une flottille de 4L blanches dont les moteurs étaient bridés. La nuit lorsque les installations de l'ELA se détachaient sur le ciel merveilleusement étoilé de la Guyane, l'impression était magique. Les choses ont bien changé là où l’aventure spatiale européenne a commencé il y a plus d’une quarantaine d’années…
Deux Ariane au Bourget Ernoult©Salon du Bourget
Si vous êtes un passionné du Salon du Bourget alors vous connaissez Ariane 5 dont une maquette grandeur nature est exposée non loin de l’une des entrées principales. Même en vous rendant à Kourou, vous ne pourriez pas la voir de si près, ne serait-ce que pour d’évidentes raisons de sécurité. On a choisi ici de présenter Ariane 5 dans sa position de lancement pointée vers le ciel. A ses côtés, une Ariane plus classique et entre les deux – déjà – un monde d’évolutions. Toujours à titre de comparaison de taille, ce Boeing 747 d’Air France très proche des deux lanceurs.
Ariane 5, le 14 mai 2009 ©Arianespace
Ariane 5, une nouvelle génération de lanceurs lourds et une nouvelle aire de lancement : ELA3. Le premier lancement d’Ariane 5 a lieu le 4 juin 1996 mais une quarantaine de secondes après le décollage, le lanceur disparaît dans une boule de feu. A l’origine de cet échec, une erreur informatique qui va mettre en conflit deux systèmes gyroscopiques. Au final, les efforts du calculateur de vol pour tenter de « redresser » le cap vont engendrer de lourdes contraintes qui détruiront le lanceur. Il y aura d’autres échecs ou échecs partiels, c’est une règle qu’il faut accepter. Le deuxième vol d’Ariane 5 est un exemple d’échec partiel : le 30 octobre 1997, le décollage se déroule sans incident mais le lanceur traverse une phase de roulis occasionnée par le moteur Vulcain. Résultat : une incurvation de la surface des ergols dans les réservoirs faussant la valeur des capteurs de niveau. L’ordinateur de bord va alors commander l’arrêt de propulsion. La mission n’est pas perdue mais l’orbite obtenue sera plus basse que prévu. Un an plus tard le 21 octobre 98, l’ultime vol de qualification du lanceur Ariane 5 est un succès total. Ariane 5 est opérationnelle et une longue histoire va commencer malgré un nouvel échec partiel pour le vol 142 du 12 juillet 2001 – extinction prématurée de l’étage supérieur –. Seul un satellite sur les deux embarqués parviendra par ses systèmes propres de propulsion à rejoindre l’orbite géostationnaire. L’autre satellite est perdu. Le coup est plus rude en décembre 2002 pour le vol 157 avec une destruction totale du lanceur et des satellites qu’il emportait. Défaillance du moteur Vulcain 2. Malgré tout, au 31 mars 2009, Ariane 5 totalisait 43 lancements dont 29 réussis d’affilée. Et l’aventure s’est naturellement poursuivie depuis. Ainsi au premier semestre 2010, deux lancements ont été couronnés de succès en mai et juin dernier. Le prochain est prévu le 4 août.
Ce qui en fait, selon les termes d’Arianespace : incontestablement le lanceur de référence du marché des services de lancement. Et de poursuivre : près de 10 tonnes en orbite de transfert géostationnaire, plus de 20 tonnes en orbite basse : le marché avait rêvé d’Ariane 5, Arianespace l’a fait…
Sans doute, pourrait-on y associer aussi tous ces techniciens anonymes qui, songeurs, ont un jour levé le nez vers les étoiles. Avant eux, leurs aînés avaient rêvé de quitter le plancher des vaches en fauchant quelques marguerites…
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