20ème Nuit des Etoiles et 20 ans pour Hubble
Le hasard existe-t-il dans l’univers ? Sur Terre en tout cas, il fait bien les choses. Comme chaque année, début août, c’est la traditionnelle mais toujours attendue Nuit des étoiles. 2010 marque la 20ème édition de ce rendez-vous estival. A l’origine, l’idée était simple, très simple... Il s’agissait de se rassembler hors des villes, donc dans un petit coin de campagne et de se planter le nez dans les étoiles. Pourquoi la campagne ? Parce que tout naturellement le plafond y est moins pollué. De plus l’absence d’éclairage urbain rend la nuit plus transparente. On pourrait choisir la montagne aussi. Par exemple, le Pic du Midi dans les hautes Pyrénées. D’ailleurs, ça tombe bien car l’observatoire du Pic du Midi organise des Soirées Etoilées, toutefois un peu plus orientées vers notre système solaire et objets plus lointains, les jeudis et vendredis et pour le mois d’août, les réservations sont ouvertes. Attention, les places sont bien sûr limitées.
Enfin, pourquoi cette période de l’année ? Parce que les nuits sont douces et câlines, un peu à l’image de ces nuits de Chine. Autre raison, sans doute plus terre à terre, si on peut dire, c’est l’occasion d’observer des « pluies » d’étoiles filantes. D’ailleurs, à l’origine, cette initiative s’appelait la Nuit des Etoiles Filantes et le rendez-vous était fixé chaque année sur France 2. Manifestation grand public organisée par Planète Sciences, l’AFA (Association Française d’Astronomie) et la Société astronomique de France. Hubert Reeves, notamment, y devisait avec son délicieux accent de la belle province avec une autre star, Laurent Broomead qui après avoir commenté en direct l’éclipse du 11 août 99 s’est lui-même éclipsé quelques années plus tard vers une autre chaine. Cette fameuse éclipse pour laquelle la France entière s’était équipée de splendides lunettes en carton et verres en plastique, non pas pour se faire un film en 3D mais plutôt pour se préserver les mirettes…
Le dossier complet de la Nuit des Etoiles édité par l'AFA est disponible ici.
Discovery et Hubble ©NASA - ESA
Pendant que nous sommes dans les étoiles, restons-y et revenons à ce hasard qui fait si bien les choses. On peut regarder les étoiles à l’œil nu comme les rois mages en Galilée, avec une paire de jumelles, une lunette plus ou moins puissante un peu à la manière très élégante du lieutenant Fletcher Christian qu’incarne Marlon Brando dans les Révoltés du Bounty. On peut utiliser aussi un télescope à Meudon ou ailleurs mais dans tous les cas de figure, notre vision sera altérée par le voile atmosphérique qui résulte de la pollution mais pas seulement. C’est une sorte de papier calque que l’on poserait sur une photo. Handicap supplémentaire, la simple couche nuageuse ou encore une autre pollution, lumineuse cette fois. C’est à ce point vrai que nos voisins belges ont imaginé depuis quelques années La Nuit de l’Obscurité. La prochaine aura lieu le samedi 16 octobre 2010. En savoir plus.
Alors pour y voir plus clair, observer les étoiles et tout le reste du cosmos dans les meilleures conditions, le mieux serait de voir les choses depuis l’espace. Pas besoin de grimper bien haut. Par exemple, sur une orbite basse de 600 kilomètres d’altitude, ce qui est nettement plus bas que le positionnement de nos satellites de télévision en orbite géostationnaire. Là, le spectacle serait grandiose bien au-delà de ce que l’on peut imaginer.
Des images à couper le souffle Hubble SM4 ERO Team©NASA - ESA
Hasard heureux : si on fête la vingtaine d’années de la Nuit des Etoiles, on fête aussi cette année les vingt ans du télescope spatial Hubble. C’était le 24 avril 1990 et cette date marque une véritable odyssée de l’espace telle que Stanley Kubrick aurait pu la rêver. Ce jour-là, la navette spatiale Discovery ouvre ses deux panneaux de soute qui découvrent un cylindre d’une douzaine de mètres de long et de 2,40 m de diamètre. A l’époque, seule la navette spatiale est capable de transporter un tel colis pesant tout de même 11 tonnes. Référence encore au film de Stanley Kubrick parce que dans les années qui suivront la mise à poste d’Hubble, on verra des astronautes flottant dans l’espace, venus là pour assurer l’entretien du télescope spatial ou remplacer des pièces défectueuses. Comme tous les objets en orbite autour de la Terre (Hubble accomplit une révolution en un peu moins d’une heure quarante), le télescope spatial subit l’attraction terrestre et il perd tout naturellement de l’altitude. Il faut donc le faire regrimper régulièrement sur son orbite initiale. Si une telle correction n’était pas opérée, Hubble finirait par plonger vers la Terre après s’être partiellement consumé dans les couches denses de l’atmosphère. Ce repositionnement, c’est aussi le rôle dévolu à la navette spatiale à chaque « visite d’entretien ».
Dans ce cadre, plus d'un millier de galaxies ©NASA - ESA
Les premiers résultats fournis par Hubble, ses premiers « clichés » même s’il s’agit bien entendu d’images numériques, sont purement et simplement catastrophiques. Hubble est miraud comme une taupe entendra-t-on, ce qui est exagéré même si les résultats obtenus sont effectivement décevants. Hubble, c’est un projet conjoint de la NASA et de l’ESA, l’Agence Spatiale Européenne pour un coût de plus d’un milliard de dollars et le coupable de cette mauvaise définition d’Hubble est rapidement démasqué : le miroir principal du télescope spatial ou plutôt la société américaine qui a été chargée de « tailler » ce miroir, c'est-à-dire de le polir avec la plus extrême précision. Pire, on s’aperçoit que l’erreur aurait pu être décelée bien avant le lancement. Comme souvent en pareil cas, l’intérêt économique a eu le dernier mot. On a simplement oublié que les correctifs apportés au miroir dans l’espace coûteraient bien plus cher que le règlement du problème sur Terre...
L'oeil de chat dans la constellation du Dragon ©NASA - ESA
Correctifs apportés, équipements toujours plus performants installés sur le télescope spatial durant deux décennies alors même que sa durée de vie ne devait pas excéder une quinzaine d’années, Hubble n’en finit pas de nous surprendre par la très haute qualité des images qu’il nous adresse et qui ont radicalement changé la vision que nous avions de l’espace et de la place que nous y occupons plus que modestement. Hubble nous permet de regarder toujours plus loin et donc de remonter le temps. L’univers lui-même est remis en question. Et si celui-ci n’était qu’une composante parmi d’autres univers possibles formant un multivers ? Bref, lorsque Hubble fermera définitivement les yeux, le temps viendra pour nous d’apprendre à lire notre propre histoire.
> La 20ème Nuit des Etoiles, il en sera question dans Matins d'été le rendez-vous que vous fixe Florian Delorme en compagnie de l'astrophysicien Jean Audouze vendredi 6 août de 7h à 9h.
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