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Le bicentenaire de la colonne Vendôme 6

Elle est plantée là, au beau milieu de l’une des plus belles places de Paris dans le 1er arrondissement de la capitale. Elle, c’est la colonne Vendôme, un peu cérémonieuse, un rien massive, une couleur de bronze vieilli et à son sommet une statue de Napoléon en Caesar. Ici, nous ne somme pas dans le Paris du baron Haussmann mais dans celui plus ancien de Jules Hardouin-Mansart du plus pur classicisme français. La colonne Vendôme a deux siècles et voici son histoire.

 

Place Vendôme Tilio & Paolo©Fotolia

D’abord l’écrin du joyau : c’est la Place Vendôme ainsi nommée parce que bâtie sur l’emplacement de l’hôtel de Vendôme et du couvent des capucines. La place aurait donc pu s’appeler Place des capucines, ce qui eut été plus floral mais moins chic. On donna donc le nom de capucines à une rue et à un boulevard et on conserva le nom de Vendôme. Le duc de Vendôme était le fils légitimé de Henri IV et de Gabrielle – vous savez cette dame qui se fait pincer le téton par une autre dame. Rien d’équivoque dans ce tableau, sa sœur veut simplement vérifier qu’elle est enceinte.  

Sous le règne de Louis XIV, Paris compte déjà un peu plus d’un demi-million d’habitants. Le roi soleil est à l’origine du projet de la place Vendôme dont il veut faire la façade grandiose des institutions de la monarchie : bibliothèque royale, académies, hôtel de la monnaie, hôtel des ambassadeurs, etc. Malgré les sommes considérables déboursées, le chantier n’avance pas et bientôt c’est l’impasse au point que Louis XIV se détourne royalement du projet et offre les terrains dégagés à la ville de Paris. La générosité royale a tout de même ses limites : le nouveau projet privé d’aménagement devra être plus modeste dans ses dimensions et surtout les plans de façade devront être maintenus. Le nom de la place Louis-le-Grand est conservé et en son centre se dresse une imposante statue équestre du monarque. Statue détruite et fondue lors de la Révolution Française en août 1792. Sic transit gloria mundi.

Hier comme aujourd’hui les plus grandes fortunes s’installeront sur la place. A commencer par le banquier John Law en 1718 qui a laissé son nom à l’un des plus grands scandales financiers du temps. A une époque où on payait en métal – or ou argent – il inventa la monnaie de papier, s’y ruinera jusqu’à sa dernière livre entraînant dans sa chute, financiers et bourgeois de toutes conditions. La Haute-joaillerie investira la Place Vendôme dès l’Empire mais pour la majorité des grands noms, Cartier, Chaumet, Van Cleef & Arpels, il faudra attendre la fin du XIX° siècle et le début du XX° siècle. Quant à César Ritz, il installera un havre de luxe à la française dans l’ancien hôtel de Grammont en 1898.

 

La colonne Vendôme aujourd'hui Nanou prod.©Fotolia

Voila pour la place Vendôme qui fut celle des Conquêtes, Louis le Grand et Place des piques sous la Révolution. En ce qui concerne l’ornement principal, la colonne Vendôme qui fête cette année son bicentenaire, elle a été érigée par l’empereur pour commémorer la victoire d’Austerlitz quatre ans plus tôt, le 2 décembre 1805, sur les armées austro-russes mais aussi en hommage à la Grande Armée. On parlera donc de colonne d’Austerlitz ou de colonne de la Grande Armée.

D’une hauteur de près de 45 mètres de haut, ses dimensions sont à peu près celles de la colonne Trajane de la Rome antique dont elle s’est largement inspirée. Pour la colonne Vendôme, des bas-reliefs hélicoïdaux allant de la base au sommet sur une longueur totale de 280 mètres évoquant les grands faits militaires de l’Empire sont gravés dans le bronze des canons pris à l’ennemi à Austerlitz. La statue de Napoléon en César, œuvre de Chaudet, fut placée au sommet de la colonne le 5 août 1810.

18 avril 1814, les adieux de Napoléon à ses grognards à Fontainebleau. La même année, la statue de la place Vendôme connaît elle aussi la disgrâce avant d’être envoyée à la fonte. De ce bronze coulé avec ardeur, renaîtra, affirme-t-on, la statue équestre du vert galant que les sans-culottes avaient subtilisée en 1792 et que la Restauration intronisera sur le Pont neuf en grandes pompes.

 

Sous la monarchie de Juillet, le roi Louis-Philippe va faire renaître maladroitement le culte de l’empereur. En 1831, dix ans après la mort de Napoléon 1er, des bonapartistes se rassemblent au pied de la colonne Vendôme sans que cette manifestation ne soit interdite et deux ans plus tard, une nouvelle statue de l’empereur – cette fois en petit caporal – est placée au sommet du monument en présence du roi Louis-Philippe. C’est encore lui qui obtiendra des Anglais que le corps de Napoléon soit rendu à la France afin d’y reposer aux Invalides. Et puis, l’histoire se poursuit et tandis que le dernier roi des Français se refugie en Angleterre après avoir abdiqué en 1848, la France connaît une brève Seconde république qui donnera naissance à un empire second du nom.

Sous le Second Empire, la colonne Vendôme est plus que jamais un lieu d’hommage. On s’y presse après les victoires de Magenta et de Solferino, en juin 1859. En 1863, Napoléon III fait descendre la statue du petit caporal, peut-être en raison des risques liés au poids élevé de cette statue et l’a fait remplacer par une copie de la première statue en empereur romain réalisée, cette fois, par Auguste Dumont.

 

Démolition de la Colonne Vendôme sous la Commune ©Disderi

Episode dramatique lors de l’insurrection de la Commune de Paris puisque la colonne impériale de la place Vendôme est alors considérée comme « un monument de barbarie, un symbole de force brutale et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l'un des trois grands principes de la République française : la Fraternité. » et la sentence tombe : « La colonne de la place Vendôme sera démolie ».

Lorsque la Commune de Paris aura été noyée dans le sang, le pouvoir versaillais attribuera abusivement la responsabilité de cette démolition au peintre Gustave Courbet sous prétexte que ce dernier souhaitait que la colonne soit démontée et reconstruite aux Invalides. Il sera donc condamné à supporter les frais de reconstruction de la colonne Vendôme estimés à 323 000 francs-or (plus d’ 1 million d’euros) mais on lui accordera quelques facilités de paiement : 10 000 francs-or par an pendant 33 ans… Gustave Courbet exilé en Suisse meurt le 31 décembre 1877 avant d’avoir payé la première traite.

Gérard Conreur

Thème(s) : Histoire| Commémoration| Colonne Vendôme| monuments| Paris

6 commentaires

Portrait de Anonyme Jean-François SADE19.08.2010

bonjour.
Oui, en effet, article instructif et sans pédantisme.
Questions : 1* a-t-on des détails (date, minutes ou commentaires de procès...) sur la "condamnation" de G. Courbet ?

2* De qui est la photo prise lors de la démolition ?

3* Y a-t-il eu une émission de FC sur le sujet ?

merci, bien à vous.

Portrait de Gérard Gérard 08.09.2010

La photo de la démolition est de André Adolphe Eugène Disdéri (1819-1889), qui a réalisé de nombreuses photos sur la Commune de Paris et notamment les terribles photos de cadavres de communards exhibés pour l'exemple. Sur la condamnation de G. Courbet, il existe sûrement des archives et des livres traitant de ce sujet - voir aussi du côté de Jules Antoine Castagnary qui fut son ami.

Portrait de Anonyme Thierry14.08.2010

Article très intéressant et bien écrit. Merci.

Portrait de Gérard Gérard 17.08.2010

Merci de votre message et de votre fidélité à France Culture.

Portrait de Anonyme Nicole (Caen)14.08.2010

Instructif et non dépourvu d'humour. A corriger la faute de frappe 1859 et non 1869, je suppose.

Portrait de Gérard Gérard 17.08.2010

Bonjour et merci de votre message. 1859 est bien l'année que je mentionne. Magenta le 4 juin et Solférino le 24 juin. Solférino, une bataille sanglante au point d'impressionner Napoléon III mais aussi Henri Dunant. Nous savons que les combats de Solférino lui donneront l'idée de fonder la Croix Rouge. Merci de votre fidélité à France Culture.

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