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20 septembre 1920 : démission de Paul Deschanel

 

 

Paul Deschanel ©dr

Il y a quelques jours, la République aurait pu fêter ses 140 ans. C’est en effet, le 4 septembre 1870, que Léon Gambetta la proclame depuis le balcon de l’Hôtel de Ville après le désastre de Sedan et la déchéance de Napoléon III. Aujourd’hui, les historiens observent le Second empire avec une plus grande indulgence que ne le firent leurs aînés et puis, faut-il aussi se souvenir que cette république proclamée, troisième du nom, la plus longue aussi, s’acheva avec les pleins pouvoirs confiés au maréchal Pétain en 1940 ? Personnage emblématique de cette république poivre et sel, l’infortuné Paul Deschanel qui, il y a 90 ans, démissionna pour raison de santé...

Paul Deschanel est né en 1855 près de Bruxelles en Belgique où sa famille avait trouvé refuge après le coup d’état du 2 décembre 1851. L’enfant est un symbole, pour Victor Hugo, de la république en exil. Après l’amnistie de 1859, la famille Deschanel regagne la France et Paris. Paul qui fréquente le lycée Condorcet est intelligent mais bavard, agité et dissipé, selon ses professeurs. Après le bac et une licence de lettres, Deschanel entame une carrière politique comme son père. Lui aurait préféré être écrivain, voir même comédien. L’un de ses acteurs préférés : Buster Keaton dont il a vu tous les films. Dès lors, il va brûler les planches d’une autre scène, la tribune du palais Bourbon où il brille par ses talents d’orateur. Des talents d'orateur à l'ancienne, voix chevrotante et envolées lyriques. Il fait partie de ses jeunes loups, de cette nouvelle génération d’hommes politiques qui prennent la relève après l’infamie des chéquards, ces tribuns éclaboussés par le scandale de Panama à l’image de Georges Clemenceau.

 

Précisément, Paul Deschanel aura l’occasion à deux reprises de rencontrer de très près le Tigre, le futur Père la victoire. La première fois, Clemenceau accusé par le jeune député le provoque en duel et le blesse. La seconde rencontre tourne au profit de Deschanel qui, cette fois, bat Clemenceau lors de l’élection présidentielle de 1920 avec un score écrasant sous la III° République. En fait, une bonne partie de la classe politique déteste Clemenceau et a fait bloc contre lui. L’échec est donc plus cuisant pour le vieux parlementaire que la victoire n’est éclatante pour Paul Deschanel.

 

Le souvenir que Deschanel laissera dans l’histoire sera plus qu’anecdotique. Le personnage est peu conventionnel. On lui reproche des bains de foule inopinés, de quitter un banquet avant son terme ou de prononcer deux fois le même discours.  Quelques mois après son élection à la Présidence de la république, on le retrouve une nuit en pyjama divaguant le long d’une voie ferrée. Il est tombé du train présidentiel en se penchant par la fenêtre. Heureusement pour lui, sur une voie en travaux, le train ne roulait pas bien vite. On prétendra aussi l’avoir retrouvé barbotant pratiquement nu dans un bassin du château de Rambouillet et d’autres excentricités souvent dénuées de fondement vont lui être attribuées faisant les choux gras des chansonniers, caricaturistes et de la presse satirique.

 

En fait, Paul Deschanel souffre d’une profonde dépression qu’aggravent les responsabilités de sa fonction présidentielle. Alors parfois son comportement semble altérer mais en aucun cas, il ne semble présenter le moindre signe de démence. Après sa démission de la Présidence de la république, le 20 septembre 1920 suivie de quelques mois de repos, il sera élu sénateur d’Eure et Loir avant de disparaître en avril 1922, victime d’une pleurésie à l’âge de 67 ans.

Gérard Conreur

Thème(s) : Histoire| 20e siècle| Présidence de la république