5ème Festival America de Vincennes
Festival America ©Radio France
La cinquième édition du Festival America se déroule à Vincennes du 23 au 26 septembre prochain. Le Festival a lieu tous les deux ans autour des littératures et cultures d’Amérique du Nord. Sont attendus à Vincennes une soixantaine d’auteurs venant du Canada, des Etats-Unis, du Mexique, de Cuba et d’Haïti.
Le Festival America, c’est tout à la fois un salon du livre, un café littéraire, des lectures, des débats, des rencontres, expositions, films et concerts. France Culture est partenaire de ce festival dont la première édition a eu lieu en 2002 à l’initiative de Philippe de la Croix, directeur de la chaine Mezzo et de Francis Geffard, directeur de la collection Terres d’Amérique chez Albin Michel et libraire à Vincennes. Au cœur du Festival, une immersion la plus complète possible dans la culture américaine – dans un sens géographique assez large : du Canada à la Caraïbe sans oublier le Mexique et naturellement les Etats-Unis – par ceux qui font cette culture aujourd’hui et présenteront à Vincennes leurs œuvres.
Tous les deux ans, un nouveau thème est défini : en 2006, l’accent était mis sur le Canada et la région québécoise, avec 25 écrivains canadiens sur une cinquantaine au total. En 2008, le thème était celui de l’Amérique-Monde avec une grande majorité d’auteurs n’étant pas nés en Amérique du Nord et portant une double ou triple culture.
New York Gérard Conreur©RF
Thème choisi pour 2010 : les villes. Pour Cuba, La Havane et Mexico pour le Mexique, Port-au-Prince pour Haïti, Vancouver, Montréal et Toronto pour le Canada, l’inévitable grosse pomme, New York, La Nouvelle Orléans, Los Angeles, Portland et une ville imaginaire pour les Etats-Unis : Smalltown. Un périple dense en émotions, chacune de ses villes possède une forte personnalité et constitue en elle-même plus que le décor d’un roman. Elles sont un roman à elles seules. La vieille Havane des années 30-40 d’Ernest Hemingway. Façades blanc cassé, cadillac déglinguées et cette mer à l’écume volatile où l’on pêche au gros. Le cri de Port-au-Prince, ville hors du temps, aux trottoirs encombrés de désespoir et dont les cicatrices sont à vif ainsi que La Nouvelle Orléans. Cuba libre et ivresses de jazz. L’une et l’autre pratique le Vaudou, les nuits y sont tropicales et les averses tièdes. Et puis, il y a ces autres centres du monde : Mexico en altitude et ses pétards, son Dia de Muertos, New York de la 5ème Avenue de Truman Capote à Spanish Harlem. Sur la route, l’Apollo, mythique. Il y a dans Manhattan, une grande partie des livres de notre cosmos couchés glacés sur l’asphalte de Broadway pour mieux voir la flèche du Chrysler building, sorte de gros stylo plume pointé vers le ciel. Pour la Californie ou la Floride, mais il fallait faire un choix, Big Sur ou St Petersburg et la mémoire de Kerouac. Les héritiers en écriture de Jack ont fait la route jusqu’à Vincennes. Il faut lire la littérature américaine, créole, latine et donc universelle, cette sorte d’immense triangle des Bermudes où se perdent les accents, où se révèlent les mots, où s’écrit notre roman.
Portraits et œuvres express d’écrivain(e) qui ont tous des fourmis dans les jambes à nous donner envie de prendre un avion comme on prend une aspirine.
Dany Lafferière C. Beauregard©
Dany Laferrière, l’Haïtien de Montréal
A lire : L’Enigme du retour chez Grasset, septembre 2009, prix Médicis, la même année. Quatrième : Un jeune homme de vingt-trois ans a quitté son pays de façon précipitée. Un homme épuisé y retourne, trente-trois ans plus tard. Le jeune homme est passé de l'étouffante chaleur de Port-au-Prince à l'interminable hiver de Montréal. Du Sud au Nord. De la jeunesse à l'âge mûr. Entre ces deux pôles se trouve coincé le temps pourri de l'exil. Une nuit, un coup de fil lui apprend le décès de son père à New York. Ce père qu'il n'a pratiquement vu qu'en photo. Cet événement le fait quitter la baignoire pour prendre la route. D'abord n'importe où, vers le nord; comme un adieu à cet univers de glace qui l'a tenu au frais si longtemps. Puis à New York pour les funérailles de son père, que l'exil avait rendu fou. Il compte le ramener à son village natal de Barradères, dans le sud d'Haïti. Pas le corps, qui appartient au voyage. Plutôt l'esprit. Des funérailles sans cadavre. Et le voici à Port-au-Prince, où il se terre dans une chambre à l'hôtel, n'osant regarder cette ville qu'il a tant rêvée là-bas dans sa baignoire, à Montréal. Si, dans Je suis un écrivain japonais, Dany Laferrière s'était donné pour but de vider le concept d'identité de tout son contenu, il poursuit ici l'objectif contraire. Qu'est-ce qui fait que nous venons indéniablement d'un lieu, d'une culture ? Pourquoi sommes-nous toujours le fils de notre père ? Un roman à la forme neuve, originale, qui mêle haïku et narration. Un livre grave, poétique, onirique, réaliste. Le livre d'un très grand écrivain.
Douglas Kennedy H.Bamberger©Belfond
Douglas Kennedy, de Paris au Maine (USA)
A
lire : Quitter le monde, Belfond, Mai 2009, traduit par Bernard Cohen. Présentation :
Du campus de Harvard aux rues du Berlin d’aujourd’ hui, en passant par le
Maine, la Nouvelle Angleterre et le Canada, la trajectoire bouleversante d’une
femme en quête éperdue d’amour et de reconnaissance. Douglas Kennedy dans son
roman le plus ambitieux à ce jour. Jane n a que treize ans lorsque, lors d’un
dîner à l’ ambiance particulièrement lourde, elle annonce à ses parents qu’elle
ne se mariera jamais. Une phrase d’apparence anodine aux conséquences
désastreuses : son père quitte le foyer presque sur-le-champ ; quant à sa mère,
elle tient Jane pour directement responsable de l’échec de son mariage.
Quelques années plus tard, étudiante en lettres à Harvard, Jane entame une
liaison avec son professeur. Pendant quatre ans, elle vit dans l’ombre mais
heureuse avec cet homme qui la fascine. Bonheur brutalement interrompu par la
mort de son amant, dans des circonstances obscures. Jane trouve alors un poste dans une très lucrative entreprise de trading. Mais
en voulant faire parvenir de l’argent à son père qui se prétend ruiné, Jane
attire l’attention du FBI qui lui révèle les véritables occupations de celui
qui est en fait un escroc international.
Décidée à rentrer dans le giron universitaire, Jane devient professeur dans une
petite fac de Nouvelle Angleterre. Là, elle fait la connaissance de Theo, un
cinéphile obsessionnel, et donne naissance à une petite Emily qui fait toute sa
joie. Alors que, pour la première fois de sa vie, Jane se prend à croire au bonheur,
le drame frappe à nouveau... À bout de
forces, Jane est tentée de quitter le monde, avant de trouver, au hasard d’un
fait divers odieux, la force de se raccrocher à la vie.
Douglas Kennedy connaît bien Paris. Il y a campé un de ses romans La femme du Vè et il y vit une partie de l’année, quand il n’est pas à Berlin ou dans le Maine (USA). Né à New York, études à Dublin au Trinity College, homme de théâtre, qu’est-ce qui le prédisposait à devenir auteur de thrillers psychologiques ? Écrivain voyageur, comment utilise-t-il cette distance géographique pour nourrir le regard critique qu’il porte sur les rapports entre l’Amérique et le reste du monde ? “Tous mes romans ont pour thème le gouffre qui existe entre la mentalité américaine et européenne” déclarait-il au Nouvel Observateur en 2007. Dialogue avec un écrivain pas comme les autres.
Rencontre avec Douglas Kennedy, dimanche 18h-19h, Auditorium Ernest Hemingway (Cœur de ville). Rencontre animée par Alexis Liebaert.
Kim Thuy Sylvie Biscioni©
Kim Thuy, Du Vietnam au Québec
A lire : Ru, Liana Levi, Janvier 2010.
En vietnamien, Ru veut dire berceuse. Une femme voyage à travers le désordre des souvenirs : l’enfance dans sa cage d’or à Saigon, l’arrivée du communisme dans le Sud-Vietnam apeuré, la fuite dans le ventre d’un bateau au large du golfe de Siam, l’internement dans un camp de réfugiés en Malaisie, les premiers frissons dans le froid du Québec. Récit entre la guerre et la paix, Ru dit le vide et le trop-plein, l’égarement et la beauté. De ce tumulte, des incidents tragi-comiques, des objets ordinaires émergent comme autant de repères d’un parcours. En évoquant un bracelet en acrylique rempli de diamants, des bols bleus cerclés d’argent ou la puissance d’une odeur d’assouplissant, Kim Thúy restitue le Vietnam d’hier et d’aujourd’hui avec la maîtrise d’un grand écrivain.
La plaquette du Festival America 2010 est ici
Le Festival America sur France Culture :
Bret Easton Ellis est autour de La Grande Table de Caroline Broué et Hervé Gardette le 21 septembre. Wendy Guerra est l'invitée de l'émission de Tewfik Hakem et Jacques Munier : A plus d'un titre le jeudi 23 septembre tandis que Mauvais genres de François Angelier, de 19h à 20h, le samedi 25 septembre recevra Don Winslow.
Thème(s) : Littérature| Littérature Contemporaine| culture américaine

