Les années Pompidou : Une France à grande vitesse
A l'affiche des années Pompidou ©Radio France
Pompidou est un grand amateur d'art, passionné de littérature et de poésie, en même temps qu'un homme de la terre. Il aime les films de Godard, représentatifs, dit-il, de notre époque. Dans l'entourage du Général, il est l'un des rares à ne pas avoir un passé illustre comme il le dira lui-même. Un passé dans la Résistance par exemple... La cigarette sans cesse vissée aux lèvres, il appelle affectueusement sa femme Claude Bibiche, n'hésite pas à lui lire l'horoscope de Elle devant une équipe de télévision, à se promener en voiture à Paris en avouant qu'il aime de telles promenades mais regrette cette manie qu'ont les automobilistes français de klaxonner sans raison, ce qui ne sert à rien, reconnaît-il avec un sourire courtois.
Les années Pompidou sont marquées par l'affaire Russier. Une prof amoureuse d'un de ses élèves est condamnée à un an de prison et à 500 francs d'amende en juillet 1969. Elle se suicidera quelques semaines plus tard. Lorsque Pompidou, au cours d'une conférence de presse, est interrogé sur ce drame qui a bouleversé la France entière, il aura ces mots : « Je ne vous dirai pas ce que j'ai pensé, d'ailleurs, sur cette affaire, ni même ce que j'ai fait. Quant à ce que j'ai ressenti, comme beaucoup, et bien comprenne qui voudra.puis après un court silence, citant Paul Eluard : « Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d'enfant perdue, celle qui ressemble aux morts, qui sont morts pour être aimés. »
Ce drame sera adapté au cinéma par André Cayatte : Mourir d'aimer. Le cinéma des années Pompidou, c'est le cinéma de Claude Sautet : Les choses de la vie (1970) ou plus pompidolien encore, selon les termes d'Yves Boisset : Vincent, François, Paul et les autres (1974). Boisset, lui, a du mal à tourner L'attentat en 1972 sur l'Affaire Ben Barka. Chaque fois qu'il plante sa caméra dans les rues de Paris, on invoque la gêne occasionnée à la circulation. Mais non, ce n'est pas de la censure... L'autre cinéma est celui du scandale, celui en 1973 de La grande bouffe tandis que Emmanuelle de Just Jaeckin (1973) fait un tabac et une sacrée promo pour les fauteuils en osier.
Enfin 1972, au chapitre des faits divers, c'est le début de l'affaire de Bruay-en-Artois, celle d'un notaire et d'une adolescente, fille d'ouvrier, retrouvée morte sur un terrain vague. Une histoire sans fin avec accessoirement, les déboires d'un petit juge rouge... Si l'affaire fait tant de bruits, c'est que nous sommes encore dans la résonnance de mai 68 alors que la France, elle, n'a pas perdu autant de temps à revenir sur son passé. Pompidou ne se prive pas de le rappeler.
En 1962, lorsqu'il arrive au gouvernement, la France compte 77 kilomètres d'autoroute. En six ans, mise en service de 900 km tandis que plus d'un millier est mis en chantier. Le téléphone et notamment le 22 à Asnières... De 1952 à 1958 : 700 000 nouveaux abonnés mais pour la même période de 1962 à 1968 : près de 3 millions de nouveaux abonnés. Et Pompidou continue : le budget de l'Education Nationale est passé de 9 à 17% tandis que celui des Armées était ramené de 30 à un peu plus de 17%. Pour un peu, on serait tenté d'applaudir même si parfois de curieux champignons illuminent le ciel de Mururoa. A croire qu'en Polynésie, c'est souvent le 14 juillet.
Dans une autre conférence de Presse, Georges Pompidou aura une de ces formules qui marquent cet exercice toujours très attendu : « Chère vieille France... La bonne cuisine... Les Folies Bergère... Le gai Paris... La Haute couture, les bonnes exportations... Du Cognac, Du Champagne et même du Bordeaux et du Bourgogne... » Puis après un court silence durant lequel il remue le doigt en signe de négation, il ajoute : « C'est terminé ! La France a commencé et largement entamé une révolution industrielle ! »
Car la France de Pompidou, c'est la France qui met en projet le TGV en 1974 peu de temps après la mort de président, la filière Airbus, le programme Ariane, le supersonique Concorde, le nucléaire civil dynamisé après les chocs pétroliers. La France des années Pompidou n'exclut pas une politique sociale : réforme du salaire minimum, mensualisation, et ce qui frappe le plus, c'est une vision fortement prémonitoire du président qui, alors que la France ne connaît pas le chômage et encore moins la précarité, annonce gravement combien il faudra désormais avoir le regard fixé sur le baromètre de l'emploi. Nous sommes au début des années soixante-dix. Rien ne permet alors de penser qu'il va se produire quelque chose de grave, que la France va s'enfoncer très profondément dans une crise interminable.
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Thème(s) : Histoire| 20e siècle| Les années Pompidou

