Disparition de Roland Dhordain
Roland Dhordain Christophe Abramowitz©Radio France
On ne dit pas assez que Radio France, c’est autre chose qu’une maison ronde posée mollement comme un fromage pesant sur les rives de la Seine, que ce n’est pas qu’un monument des années soixante, d’aluminium et de béton, que ce n’est pas qu’un empire où « à tant d’idées, de mots, d’images, de sons, lancés sur des ondes merveilleuses, à toutes ces rafales de suggestions déclenchées vers la foule secrète des esprits il fallait une maison » comme l’avait dit le Général de Gaulle le 14 décembre 1963. Dans le fromage, il y a des lutins sans nom qui s’activent pour quelques idées fixes car Radio France, c’est aussi des hommes, des femmes qui partagent ce sentiment de solitude aussi face à l'absence lorsque quelqu'un nous quitte sur la pointe des pieds comme on le fait, mille fois, lorsque le rouge est allumé dans un studio et qu’il faut s’éloigner sans faire de bruit.
C’est ainsi que la nuit dernière Roland Dhordain s’en est allé sans dire un mot, ultime performance de sa part car l’homme était bavard au-delà du raisonnable. Tout le monde vous le dira avec humour et beaucoup de respect. Et il avait un avis sur tout au point que son regard se mettait malicieusement à pétiller et qu’il bafouillait parfois sans doute par crainte de perdre une ou deux syllabes au passage. A croire que tout homme qu’il venait à croiser était un auditeur en puissance. Une déformation professionnelle, en quelque sorte.
Au-delà de la bonhommie et de la gentillesse du personnage, il restera une figure emblématique, historique, de la Radio moderne dont il fut l’un des précurseurs essentiels. Plus de soixante années au service de cette maison ronde, héritage de la RTF puis de l’ORTF, Roland Dhordain y entra comme journaliste et durant toute sa carrière, il restera toujours très proche de l’information, adjoint au service des reportages en 1955 à la RTF, des opérations extérieures en 1959, directeur des programmes puis de la radio-diffusion de l’ORTF, de la première chaine de télévision, il fut aussi le promoteur des journaux régionaux de la Troisième chaine, aujourd’hui France 3.
Au 116, avenue du président Kennedy, il fut directeur de France Inter, l’homme des Inter Services Routes – premier service de radio-guidage et l’un des inventeurs de FIP, une radio des années 70 très en avance sur son époque et dont ici, on s'apprête à fêter les 40 ans. On se souvient aussi de ses chroniques européennes sur France Info. Bref, il y aurait tant à dire sur Roland Dhordain... Mais qu’un blanc se fasse sur nos antennes et que plane le silence un instant dans nos studios comme un hommage profond.
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