Adieu à Bernard-Pierre Donnadieu 4
Sa voix avait habité de nombreuses fictions de France Culture et l'antenne de France Inter. Et vous pourrez d'ailleurs ce samedi 1er janvier, de 20h à 21h, la réentendre sur nos ondes dans une lecture d'Au château d’Argol, de Julien Gracq. Sa silhouette et sa "gueule" avaient marqué de nombreux cinéphiles et téléspectateurs (voir vidéo du Festival Paris Cinéma ci-dessous). Un cancer a emporté à 61 ans cet ancien élève de Robert Hossein, qui l'évoque ici pour France Info :
© Philippe Rochut /Radio France
Beaucoup s’en souviennent comme du "vrai" Martin Guerre, aux côtés de Gérard Depardieu, dans "Le retour de Martin Guerre" de Daniel Vigne, ou pour son jeu dans "la Passion Béatrice" (1987) de Bertrand Tavernier.
C’est en 1981, dans "Le Professionnel", de Georges Lautner, face à Jean-Paul Belmondo, que le grand public l’avait réellement découvert.
Son physique, avec sa mâchoire carrée, le cantonnera souvent à ces rôles de subversifs ou de criminels. Comme dans "Rue Barbare" de Gilles Béhat, qui lui vaut en 1984 une nomination aux Césars comme meilleur acteur dans un second rôle :
Prix d'interprétation quatre ans plus tard aux
festivals de Madrid et de Porto pour son incarnation d’un terrifiant
psychopathe dans "L'homme qui voulait savoir" (George Sluizer), il
avait commencé à l’écran par des apparitions chez les plus grands (Lelouch, Polanski,
Annaud). Sa dernière apparition au
cinéma remonte à 2008 dans "Faubourg 36" de Christophe Barratier après 20 ans éloigné du grand écran, hormis dans du doublage comme pour la voix d'Harvey Keitel.
Pour le petit écran, il fut notamment François Salmon dans "A droite toute", de Marcel Bluwal, Mirabeau dans "Talleyrand ou Les lions de la revanche", de Vincent De Brus, ou Colonel Henry dans "l'Affaire Dreyfus", d'Yves Boisset, interrogé par Jules Lavie, pour France Info :
Enfin, au théâtre, il aura interprété du "classique" comme La Cerisaie, mise en scène par Georges Wilson, comme des pièces beaucoup plus "contemporaines", comme Le Roman d'un trader, de Jean-Louis Bauer, mise en scène par Daniel Benoin et qu'il jouait encore récemment pour le Théâtre national de Nice.
Ecoutez l'évocation de Blandine Masson, directrice des fictions à France Culture :
Et dans l'émission "La Grande Table", présentée ce lundi par Camille Renard, avec François Angelier et Michel Ciment :
[2009] Bernard-Pierre Donnadieu au Festival Paris Cinéma
envoyé par festivalpariscinema
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4 commentaires
Les deux personnages qui me resteront dans la tête grâce à Bernard-Pierre Donnadieu sont Roger Salengro et un responsable syndical dans un téléfilm
exceptionnel sur un sujet que l'on ne montre pas souvent à la télé.
J'apprécie énormément de l'entendre dire qu'il préférait faire de bons téléfilms plutôt que du mauvais cinéma !!! Des acteurs comme lui sont trop rares. Il va beaucoup me manquer.
France Culture a été bien inspirée de reprendre en Hommage à Bernard-Pierre Donnadieu la lecture qu'il a faite d'Au château d'Argol de Julien Gracq à Toulouse. Je crois qu'elle représente la dimension la plus importante de son travail d'acteur et du plaisir qu'il prenait et transmettait à la lecture d'un auteur qu'il admirait tant. Le public présent à cette journée (dont je faisais partie) a vraiment eu le sentiment de vivre un grand moment, rare. Sa lecture est empreinte de son admiration pour J. Gracq, c'est un réel hommage que d'associer ces hommes rares, emprunt de sincérité et d'amour de la lettre. MERCI
Je me souviens avoir entendu cet acteur dire que son physique inspirait la crainte, voire la peur. La façon dont il en parlait montrait qu'il en avait été affecté et que, sans doute, il en souffrait encore parfois. Sans transition, à Nogent sur Seine, discutant il y a quelques années avec un responsable de salles de cinéma, j'ai entendu sur lui plein de bonnes choses : l'homme était cultivé, discret, chaleureux, accessible et au contact facile. Enfin, à Toulouse, je l'avais entendu lire de sa belle voix d'acteur dramatique une oeuvre sans intérêt. Mais il le faisait bien quoi que sans vraie conviction. Comme si les choses restaient dérisoires, déjà jouées d'avance et sans rémission possible.
Au moment où il nous quitte, je ne peux m'empêcher de penser que, comme Bernard Giraudeau - acteur avec lequel il avait tourné -, il n'a pas eu les grands rôles qu'il aurait su incarner. Sur le tard, il a étonné dans l'affaire Salengro à la télévision. L'homme me paraissait tourmenté et non content de son sort. Son côté attachant n'y était sans doute pas étranger. Sa voix nous manquera sur France Culture, vraiment.
Un Homme honnête, pertinent et passionnant.
Et quelle présence !
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