Pierre Etaix, retour sur une œuvre joyeuse
Pierre Etaix au Max Linder gérard Conreur©Radio France
Les cinéphiles, les amoureux du cinéma, se sont investis à juste titre dans la défense de Pierre Etaix privé de la jouissance de ses propres films depuis plusieurs années en raison d’un invraisemblable conflit de droits et du coup, peut-être, ont-ils ignoré, tant Pierre Etaix est un homme discret, que la loi avait enfin donné raison au réalisateur à l’écharpe. D’abord en première instance puis en appel après que la société de productions qui estimait détenir les droits des films de Pierre Etaix ait décidé de poursuivre la procédure.
Voici donc l’artiste légitimement et définitivement propriétaire de son œuvre. Mais les bonnes nouvelles ne s’arrêtent pas là… et gageons que l’année 2011 sera une année faste pour Etaix, ce jeune homme de 82 printemps qui compte bien désormais rattraper le temps perdu.
La filmographie de Pierre Etaix va de 1961 avec un premier court métrage : Rupture à Pays de Cocagne réalisé en 1969, autrement dit il y a de cela entre un demi-siècle et une quarantaine d’années. S’agissait-il de films nitrate à l’époque ? Non, fort heureusement car il n’en resterait rien aujourd’hui mais de films safety. Malgré tout, on sait que les copies couleurs « virent » inévitablement au rouge ou au pastel exception faite pour celles en Technicolor aux couleurs bien plus stables, et que le support – mal stocké – perd son humidité et donc sa souplesse devenant avec les années aussi fragile que le verre. Il faut donc les restaurer soigneusement avant d’envisager toute reprise d’exploitation.
Non seulement Pierre Etaix a retrouvé ses films mais ils ont été restaurés : Le Soupirant (1963), Yoyo (1965), Tant qu’on a la santé (1966), Le Grand Amour (1969) et Pays de Cocagne (1971) ainsi que trois courts métrages. Un vaste projet mené à bien par la Fondation Technicolor pour le Patrimoine du Cinéma, la Fondation Groupama Gan pour le Cinéma et Studio 37 sous la supervision, naturellement, de Pierre Etaix. C’était la première fois que les deux fondations se lançaient dans la restauration d’une Intégrale. Le Grand Amour, l’un de ses cinq longs métrages restaurés, a été présenté au Festival International du film de Cannes, en sélection à Cannes Classics 2010, le 19 mai 2010. L’Intégrale des films est ressortie en salle le 7 juillet en France (Carlotta) avec un hommage particulier de la Cinémathèque française de Paris le 12 juillet.
Pierre Etaix sur France Culture :
Projection Privée- Michel Ciment recoit PIerre Etaix
De Pierre Etaix, il est également question dans Pas la peine de crier de Marie Richeux
L'intégrale Pierre Etaix en DVD ©Arte Editions
Enfin l’œuvre a repris toute sa dimension et va toucher en particulier ce jeune public que l’imbroglio juridique dont fut victime Pierre Etaix, avait jusqu’à présent privé de ses films. Restait finalement la cerise sur le gâteau ou plutôt le nez rouge sur le visage du clown : proposer l’intégrale en DVD. On sait que Pierre Etaix est un homme des planches, on le reverra d’ailleurs le 15 janvier prochain au Théâtre du Casino Barrière de Deauville, de la magie des salles obscures – par exemple, le Max Linder des grands boulevards, cher à son cœur - ou de ces ronds de lumière qui balaient la piste de sciure des cirques, bref de cette alchimie particulière dont le public devient l’acteur essentiel. Mais chez soi, seul, devant un écran plat même de dimension généreuse, que devient cette alchimie ? Les réticences de Pierre Etaix se dissipent car une autre magie s’opère alors. Sans elle, comment pourrait-on revoir les films de Truffaut ou ceux de Jacques Tati de la même façon que l’on feuillette un livre pour en relire les pages les plus belles ?
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