Versailles, haut-lieu de la recherche scientifique sous l’ancien régime
Versailles est, avec la Tour Eiffel, l’un des monuments parmi les plus visités dans le monde mais sait-on que le siège de la monarchie absolue fut le théâtre et le creuset d’expériences scientifiques remarquables ? Que les savants du temps se rencontraient à Versailles bénéficiant de la protection, de l’encouragement et des largesses royales à une époque où la France, la Grande Nation, rayonnait sur l’Europe ? Imagine-t-on enfin que les savants les plus renommés étaient chargés de l’éducation des princes ? Sciences et curiosités à la cour de Versailles, jusqu’au 27 février 2011, une exposition à ne pas manquer car elle propose un regard inédit, méconnu sur une époque, de 1682 à 1789, mais aussi sur un lieu somptueux où s’écrivit l’Histoire de France : Versailles.
Lorsqu’il est édifié, le château de Versailles représente le nec plus ultra de l’innovation. Et ce n’est pas le fait du hasard si lors de sa construction, on croise sur le chantier de nombreux savants équipés d’inventions peu communes. Leurs connaissances permettront de relever les défis technologiques qu’impose l’architecture nouvelle dans de telles dimensions et de concrétiser par la science les rêves les plus fous de Louis XIV. Fontaines et bassins qui participent toujours aujourd’hui à la féerie des Grandes Eaux musicales de Versailles représentent un réseau particulièrement complexe où les techniques les plus diverses furent expérimentées. Or il n’y avait aucun apport d’eau naturel à Versailles, il fallait donc l’y amener de loin par machines hydrauliques, dérivations, aqueducs, siphons, etc. Alors que la décision de dériver les eaux de la Loire au profit de Versailles est en cours de validation par Colbert, la lunette spéciale de l’abbé Jean Picard, capable de mesurer angles et niveaux va prouver l’impossibilité d’un tel projet. Il faut trouver une autre solution mais en attendant le trésor royal vient de faire l’économie d’un chantier pharaonique aussi couteux que rigoureusement inutile. Enfin le génie des hydrauliciens et fontainiers de l’époque n’a pas été grandement remis en cause au fil des siècles… Les installations demeurent majoritairement d’origine.
Autre apport de la science à Versailles : l’éducation des princes. Les savants les plus en vue sont à la cour de Versailles et éveilleront leurs élèves, futurs souverains, aux disciplines scientifiques les plus avancées, utilisant des outils à la pointe de la recherche et mettant en œuvre les méthodes pédagogiques les plus modernes. Louis XV dès l’âge de 7 ans se passionne pour la géographie et la cartographie et quelques années plus tard, il découvre l’astronomie. Considéré parmi les princes les plus instruits de son temps, Louis XV s’intéresse à l’anatomie et la chirurgie et assiste à des dissections. La médecine et la botanique éveillent enfin sa curiosité et il recherche la compagnie des savants. Louis XVI, pour sa part, n’a rien du serrurier caricatural dans lequel la légende l’a longtemps confiné, il est expert en géographie et dans tout ce qui a trait à la Marine, l’architecture et la construction navale, la conception des ports – comme celui de Cherbourg sous son règne -. C’est lui qui décidera de lancer l’expédition scientifique de La Pérouse. Pour la physique et la mécanique, Louis XVI a fait aménager dix laboratoires, ateliers et bibliothèques, il se passionne pour la chimie et se livre à des expériences d’électricité, très en vogue à l’époque car on pense que l’électricité peut apporter beaucoup à la médecine.
En ce qui concerne le premier locataire de Versailles, le règne de Louis XIV est ponctué de décisions majeures pour l’épanouissement de toutes les sciences à commencer par la fondation par Colbert de l’Académie des sciences. Une académie très libérale que le roi ne contraint à aucun règlement tout en accordant à ses membres une rémunération annuelle. Libres de poursuivre leurs travaux personnels, ces savants participent également à des projets collectifs, utiles au royaume. Réorganisée en 1699, elle prend le nom d’Académie royale des sciences et définit six sections : géométrie, astronomie, mécanique, anatomie, botanique et chimie.
L'expérience aérostatique du 19 septembre 1783 Jean-Marc Manaï©Château de Versailles
Versailles, lieu d’application des sciences et des techniques mais aussi théâtre de démonstrations scientifiques, c’est ce que révèle enfin l’exposition Sciences et curiosités à la cour de Versailles, sachant qu’une démonstration réalisée devant le roi se trouve auréolée d’un prestige immense, que les organisateurs de l’exposition n’hésitent pas à comparer à une véritable consécration, l’équivalent de notre prix Nobel actuel. Contrairement à ses successeurs Louis XV et Louis XVI, Louis XIV est plus attiré par les arts que par les sciences mais il possède – dirait-on aujourd’hui – une culture de l’événementiel et il entend faire de Versailles la scène permanente des avancées de la science au profit, bien entendu, de son prestige personnel, de son image et de la politique de son royaume. Ainsi comment le roi-soleil ne pourrait-il pas s’intéresser en 1669, au miroir ardent de François Villette, ancêtre de nos fours solaires et qui permettant d’atteindre de très hautes températures au point focal livre les premiers secrets de la composition des matériaux.
Ananas en pot, 1733, Jean-Baptiste Oudry Gérard Blot©RMN (Château de Versailles)
Parmi les autres démonstrations les plus célèbres, sous Louis XVI cette fois, la première ascension d’un ballon à air chaud réalisé par Joseph et Etienne Montgolfier le 19 septembre 1783. Un vol de huit minutes qui emporte trois passagers à 500 mètres d’altitude : un mouton, un canard et un coq qui regagneront sains et saufs le plancher des vaches. Succès d’autant plus complet qu’assistent à cet événement, ce jour-là, les délégations étrangères venues pour la signature du Traité de Paris…
Au XVIIIème siècle, les automates sont à ce point élaborés que l’on parle d’androïdes, ancêtres du robot. L’exposition présente La joueuse de tympanon que Marie-Antoinette, consciente de son intérêt scientifique et de sa perfection, acheta en 1784 et fit déposer au cabinet de l’Académie des sciences l’année suivante. Mais sait-on enfin qu’un éléphant et un rhinocéros furent les invités de la Ménagerie de Versailles ? Que botanistes et agronomes parvinrent à acclimater la culture du riz dans le bassin des plantes aquatiques de Trianon tandis que l’ananas très vulnérable au froid était l’objet de tous les soins dans le Potager du roi ? Enfin que Louis XVI, sous l’impulsion d’Antoine Parmentier, agrafa à sa boutonnière la fleur d’un plan de pomme de terre entrainant ainsi toute la cour à faire de même, faisant d’un modeste tubercule l’une des plus utiles ressources alimentaires.
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La Marche des sciences et La cour savante de Versailles
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