Disparition d'Edouard Glissant, écrivain et poète martiniquais
L’écrivain et poète martiniquais Edouard Glissant est décédé jeudi dernier à l’âge de 82 ans. Il avait été hospitalisé à New York en septembre 2010 à la suite d’un malaise cardiaque.
Edouard Glissant ©Potomitan
Edouard Glissant est né le 21 septembre 1928 à Sainte-Marie (Martinique). Il hérite d'un nom chargé d'histoire et d'africanité. Selon lui, ce patronyme fait écho au nom du colon Senglis, et remonte à la période qui suit l'abolition de l'esclavage aux Antilles, quand les Noirs s'attribuent des noms d'hommes libres.
Edouard Glissant succède à au moins deux générations d'auteurs de la littérature antillaise. La plus importante, regroupée autour de la Négritude, a surgi dans la période de l'entre-deux-guerres, dans les années trente. Césaire, Senghor et Damas, dans leur cri de révolte et d'identité, ont alors heurté de front le modèle colonial : l'homme noir devient grand. La Négritude est à la fois un prolongement et un remède contre l'amnésie des auteurs antillais d'avant-guerre, de cette génération précédente qui, comme Saint-John Perse, s'est fondue dans le modèle occidental et a souvent occulté sa propre Histoire, ou effacé en partie sa culture.
Edouard Glissant a été marqué par ces évolutions littéraires, ces revendications historiques et culturelles. Par ailleurs, il est élève au lycée Schoelcher de Fort-de-France à l'époque où Aimé Césaire enseigne. Il rejoint très jeune le courant de la Négritude (il s'en détachera par la suite) puis va poursuivre son apprentissage à Paris, où il étudie la philosophie à la Sorbonne et l'ethnologie au Musée de l'Homme.
Très vite, aspiré par l'effervescence culturelle de la capitale, il côtoie le milieu intellectuel afro-antillais, fréquente les colloques et les congrès, s'intéresse à tous les mouvements d'idées et d'écriture. C'est aussi l'époque des premières publications poétiques, idéologiques et engagées : Un champ d'îles (1953) précède La terre inquiète (1954). Mais c'est le roman La Lézarde (1958), qui permet au jeune écrivain de remporter le prix Renaudot et le propulse sur le devant de la scène littéraire.
Selon Edouard Glissant, le monde entier se créolise : « cela veut dire qu'il
entre dans une période de complexité et d'entrelacement tel qu'il nous est
difficile de le prévoir ». C'est un « métissage conscient de lui-même ». Face à
ces bouleversements, à ces croisements de cultures et de civilisations,
l'ouverture au monde ou ce que l'auteur appelle plus singulièrement l'
antillanité devrait répondre à la créolisation. Dans les années 60, tout
en présentant ces deux concepts, Edouard Glissant emmène ses idées jusque dans
le monde politique qu'il vient déranger.
Défendant avec ferveur ses idées indépendantistes, il est expulsé de Martinique
à partir du moment où il fonde le front antillo-guyanais avec Paul Niger. A
partir de 1959, il est assigné à résidence dans l'Hexagone pour une période de
6 ans. Motif : propagande séparatiste. Il ne perd pas pour autant le goût de
militer pour les causes des peuples colonisés, et en 1960, il n'hésite pas à
signer le Manifeste des 121 conduit par Jean-Paul Sartre, qui
soutient l'insoumission en Algérie.
Hommage au grand poète avec cette soirée spéciale sur France Culture en décembre 2010 mais aussi le Hors-champs de Laure Adler également diffusé le 3 décembre 2010.
Du jour au lendemain du 6 juin 2010, entretien avec Alain Veinstein.
France
Culture rend donc hommage à Edouard Glissant en lui dédiant son antenne vendredi
4
février 2011,
dans ses émissions de la journée et dans une nuit de veillée du vendredi au samedi. Le programme ici.
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