Les images de Dominique Strauss-Kahn 1
Une "mise à mort médiatique". C'est en ces termes que Robert Badinter, sur France Inter, a qualifié les images de Dominique Strauss à sa sortie d'un commissariat de Harlem. Des socialistes, mais aussi certaines personnalités de la majorité, les ont jugé scandaleuses. "D'une cruauté insoutenable" selon le député PS Manuel Valls par exemple.
Une séquence, comme celle de la prostration de DSK dans un box d'une salle du tribunal de New-York, qui a tourné en boucle sur les chaînes françaises d'information en continu Erwan Pastol (19/05) :
Le CSA a pourtant rappelé mardi dans un communiqué que la loi interdit la diffusion d'une personne menottée tant qu'elle n'est pas condamnée. Appel relayé par l'un des avocats de DSK, Maître Dominique de Leusse, qui a dit ce mardi envisager des poursuites judiciaires (17/05) :
Mais pour l'avocat et blogueur Maître Eolas, l'interdiction de ces images n'est pas si évidente. Il répond à Laure de Vulpian (18/05) :
Et découvrez aussi l'avis de l'avocat Emmanuel Pierrat, invité des Matins et de Marc Voinchet ce 19 mai :
Aux Etats-Unis, cette pratique est courante. Le "perp walk" (perpetrator walk) consiste ainsi à exhiber les prévenus sous l'oeil des médias, sans épargner les célébrités.
"Je pense que c'est humiliant, mais si vous ne voulez pas de 'perp walk', ne commettez pas de crime", a déclaré le maire de New York Michaël Bloomberg mardi à la presse.
Dominique Strauss-Kahn dans l'oeil de la caméra, à la cour criminelle de Manhattan, le 16 mai 2011 Andrew Gombert © Reuters
Au sens plus figuré, un débat est né à propos de l'image des hommes politiques en France.
Le "Code du silence"... c'est ainsi que le New-York Times qualifie l'omerta autour de la vie privée des personnalités politiques françaises... et plus particulièrement de leur sexualité. Une pudeur toute tricolore à l'opposé de la publicité faite aux affaires de moeurs outre-Atlantique. Cette tradition du secret a été acceptée et entretenue par une partie du monde médiatique français estime le sociologue (EHESS - ENS - spécialiste des questions de genre, de sexe et de sexualité) Eric Fassin (18/05) :
A Londres, les éditorialistes ont pointé du doigt les rumeurs qui couraient sur la vie sexuelle de Dominique Strauss-Kahn et l'aveuglement volontaire de la presse française. C'est en tout cas le point de vue de Charles Bremner, le correspondant à Paris du journal anglais "The Times", joint par Stéphane Hiscock (17/05) :
Pourtant, le politologue anglais Charles Grant, directeur du "Center for european Reform", refuse de jetter la pierre à la presse française. Au contraire (18/05) :
Et la journaliste politique du Monde Raphaëlle Bacqué défendait aussi ses confrères dans notre édition de la mi-journée présentée par Nadine Epstain (18/05) :
Enfin, peu avant cette affaire, deux images de Dominique Strauss-Kahn avaient fait parler d'elles. Essentiellement celle de son entrée place des Vosges dans la Porsche de son conseiller en communication (photo AFP), mais aussi celles du dirigeant dans une chambre d'hôtel défroissant ses costumes (documentaire "Un an avec DSK - Au cœur du FMI" pour Canal Plus). Avec en complément des révélations de France Soir à propos du prix de certains de ses costumes. Révélations attaquées très rapidement en justice par le directeur général du FMI.
Les médias et internet en font-ils trop à ce sujet, propulsé aussi par twitter ? Le point de vue du sociologue des médias Dominique Wolton, interrogé par Cindy Hubert (15/05) :
>>> Retour à notre dossier sur cette affaire
Thème(s) : Information| Médias| Politique| Justice| Dominique Strauss-Kahn
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Documents
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Copie conforme - Pourquoi les médias disent-ils tous la même chose ? Seuil. Collection Médiathèque, 2011 -


1 commentaire
Toute cette émotion à propos d'une image me semble assez symptomatique de notre société. L'image d'abord.
L'image finit par devenir plus importante que la réalité qu'elle décrit.
Ainsi, l'image de la déchéance d'un individu semble plus choquante que ce que peut vivre et ressentir l'individu en question.
Je serais curieux de savoir ce qu'en pense le principal intéressé. Est-ce que son souci c'est encore son image à l'heure actuelle ?
Je ne sais pas ce qui s'est passé, et quoi qu'il en soit, je me garderais bien de tout jugement. Je n'ai pas besoin que l'on me montre l'image pour imaginer la souffrance de cet homme et être touché en tant qu'être humain, quelles que soient mes opinions politiques.
Personnellement, je suis davantage choqué par l'abondance et l'omniprésence de l'image (souvent racoleuse et abrutissante, business oblige) que par cette image en particulier.
Peut-être que ce qui est choquant c'est que cette image démontre combien même la plus haute reconnaissance et respectabilité n'est jamais définitive et ne protège pas de la déchéance. Cette image montre aussi que ces êtres humains qu'on finit par prendre pour des surhommes à force d'être célébrés par les médias sont aussi faillibles et fragiles.
En somme, cette image détruit l'histoire que des centaines (et peut-être des milliers) d'autres ont contribué à bâtir : la légende d'un super battant arrivé sur les plus haut sommets.
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