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La CNIL change de tête 0

Alex Türk, en 2010
Eric Chaverou © Radio France

C’est certainement la fin d’une ère pour la Commission nationale de l’informatique et des libertés. Avec le départ plus tôt que prévu d'un président qui en faisait partie depuis près de 20 ans et avait aussi dirigé l'union des CNIL européennes, le G29, de début 2008 à début 2010. En raison d'une nouvelle disposition législative anti cumul entrant en vigueur le 1er septembre 2012, Alex Türk a en effet choisi de démissionner ce mercredi. A quelques heures des élections sénatoriales, l’élu sans étiquette du Nord a préféré la politique à la responsabilité qu’il occupait depuis 2004. Les 17 membres du "collège" de l’autorité administrative indépendante éliront dans la foulée son successeur. La vice-présidente, Isabelle Falque-Pierrotin, étant beaucoup citée.

Sans explication, Alex Türk n’a pas souhaité répondre à nos questions. Mais il défend son bilan dans une interview aux Inrocks. Préparant sa réélection au Sénat, il estime avant tout avoir modernisé l’institution. Grâce à un budget et un personnel qui ont plus que doublé, un service de presse et d’accueil au public, ou encore des moyens de contrôle, de sanction ou d’expertise technologique. De quoi, selon lui, rencontrer aujourd’hui les patrons de Microsoft, Google ou Facebook sans complexes.
La CNIL s’était toutefois elle-même étonnée au printemps de n’avoir pas été invitée au sommet de l’e-G8, à Paris. Un désaveu pour celui qui ces derniers mois a bataillé contre les dérives des réseaux sociaux et des services de géolocalisation, en particulier concernant les salariés et les enfants. Autre mauvais point, en janvier, la Cour des comptes avait épinglé la CNIL pour "une gestion peu économe" (écoutez la réponse à l'époque d'Alex Türk sur France Info).
Alex Türk, qui part aussi avec une mention spéciale des big brother awards, des Oscars de la surveillance. Remise l’an dernier par l’Association Privacy France, à l'occasion du dernier rapport annuel de la CNIL, elle critiquait un docteur Jekill et mister Hyde refusant la confrontation directe. Et surtout qui aurait détourné l’attention du grand public du fichage, de la surveillance ou d’outils de contrôle social venant de l’Etat. 

© BBA

Président de Privacy France, Jérôme Thorel, souligne l’expertise indéniable de la CNIL et la qualité du travail de ses employés. Mais il critique le bilan d’un politique qui n’aura pas su, selon lui, faire de l’autorité administrative un contre-pouvoir :

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Jérôme Thorel, qui regrette que le sénateur n'ait pas usé de sa double casquette pour davantage faire évoluer les lois et la CNIL :

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Quant à l'avenir et à des prises de position de campagne présidentielle, comme récemment celle de Martine Aubry, Jérôme Thorel ne se fait absolument pas d'illusions :

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Mais au-delà d'Alex Türk, qui a permis la plainte en ligne pour les particuliers, Privacy France dénonce la main mise du pouvoir sur une institution qui n’aurait d’indépendante que le nom, en raison de sa composition et d'avis trop consultatifs.
Aujourd’hui encore, le démissionnaire confie de son côté aux Inrocks être extrêmement partagé à propos d’Hadopi et s’interroger sur la future carte d’identité biométrique. Mais il reconnaît avoir avalé une couleuvre en votant la Lopsi 2. Un choix polémique assumé pour obtenir le contrôle national d’une vidéosurveillance qui envahit même les écoles.

Eric Chaverou

Thème(s) : Information| Informatique| Internet| Institution| Politique| Alex Türk| CNIL

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