Visa pour l'Image 2008 : reportages et entretiens 1
Reportage du 5 septembre 2008
Découvrez ci-dessous de nombreux entretiens sur le photojournalisme (notamment avec Göksin Sipahioglu)
et le Festival de Perpignan. Des photographes, des patrons de presse
ou d'autres acteurs du secteur.
Et en guise d'introduction, voilà le reportage de dix minutes, réalisé
en direct et en duplex de Perpignan vendredi 5 septembre. Reportage de
la rédaction signé Eric Chaverou, interrogé par Florence Sturm :
Visa, pour et par qui, pour quoi ?
Dans le centre de Perpignan
Eric Chaverou © Radio France
Depuis huit ans maintenant, aucune autre manifestation n'est analysée à ce point dans la Région.
En effet, à la demande de la Chambre de Commerce et d'Industrie, un cabinet d'études économiques local dresse un bilan annuel des retombées économiques de cet événement.
Qui vient y
assister, d'où, avec quelles motivations et quel profit pour la ville ?
En 2007, 940 visiteurs grand public et 200 professionnels ont ainsi été interrogés par l'équipe d'Eric Maurence (4'04") :
Autre pierre à l'édifice de Visa pour l'Image, un
"Off" qui existe depuis une douzaine d'années et qui se développe de
plus en plus.
Le 1er Visa d'un
jeune photographe
Antoine Doyen
Eric Chaverou © Radio France
Grand book à l'épaule, il guette au QG du Festival un contact rencontré dans la matinée et qui pourrait bien lui acheter quelques photos.
Antoine Doyen dévisage chacun et scrute les badges dans ses intérêts. Ce Parisien, "par nécessité", vient ici pour la première fois.
A 26 ans, il est passé du portrait au reportage et compte bien profiter d'une semaine dans la capitale mondiale du photojournalisme (2'51") :
Mais comment réagit-il au thème répété du colloque de cette année à
propos de la crise du métier et pourquoi Antoine s'est-il lancé depuis
deux ans dans ce qu'il confie lui-même souvent être une "galère" ?
(4'07")
Gérard Vandystadt
vs J-F Leroy
Gérard Vandystadt
Eric Chaverou © Radio France
Le combat ne date pas de cette année mais le pape français de la photo de sport ne se prive pas de le poursuivre, voire de le relancer.
Le prix World Press 1990 commente avec plaisir le « très très grand Festival » auquel il a participé dès sa création, à l’appel de Michel Decron, le 1er directeur et initiateur de Visa (mort le 25 juillet dernier).
En revanche, l’homme affable et très loquace, qui goûte souvent en voisin le grand rendez-vous de septembre, change de ton lorsqu’il s’agit d’évoquer Jean-François Leroy... (4'51").
Directeur d’une agence spécialisée, à son nom, pendant 28 ans, avant d’en lancer une nouvelle en 2005, Gérard Vandystadt n’accepte pas « le côté snob » et le « blocage mental » par rapport au sport du chef d’orchestre de Visa. Quant aux différents talents qui pourraient être exposés dans ce domaine, voilà sa réponse (4'25").
En 2004, dans Paris Match, Jean-François Leroy estimait qu' « Un
photographe de sport est un vrai photojournaliste. (...)
Malheureusement, je ne vois pas le genre se renouveler beaucoup. » Et «
Vandystadt est le seul à avoir vraiment innové. On a fait trois
expositions avec lui, mais maintenant il refuse de venir parce qu'il
veut être le seul photographe de sport à Visa. ».
Apprendre l'image
d'actualité aux jeunes
En 2002, ils étaient 3080. L'an dernier, 6295. En six ans, le nombre
d'élèves participant au stage conjoint du CLEMI* et de Visa pour l'Image
a augmenté de plus de 100% Et sur 100 établissements concernés en 2007,
27 venaient même d'hors du département. Un succès tel que cette année,
Visa sera même ouvert une troisième semaine uniquement pour les
scolaires.
Christian Ture est délégué départemental du CLEMI*. Il nous décrit
ces sensibilisations auprès des plus jeunes, majoritairement lycéens.
(6'56")
*Centre de Liaison de l'Enseignement et des Médias d'Information
Joël Robine : un grand nom passé à son compte
Capture d'écran du site de l'ancien pilier de l'AFP
Prix World Press en 1993 pour la photo d'un enfant somalien, cet illustre reporter a fait les grandes heures de l’Agence France-Presse.
De 1978 à 2005, il en deviendra l'une des plus grandes signatures. Au
front au Liban, au Tchad ou en Afghanistan mais aussi observateur de la
famine en Ethiopie, de cyclones en Amérique centrale ou des
transformations à l'Est.
Mais ces dernières années, Joël Robine voit s'organiser et
s'institutionnaliser un métier avec désormais pour priorité la
rentabilité.
Il quitte donc l'AFP pour créer sa propre société « Place aux Images » et travaille en indépendant, redevenu "le jeune photographe d'avant". (3'55")
Joël Robine s'attriste de l'emprise désormais des financiers et du marketing, ainsi que du développement de la photo d'amateurs. "Avant, il y avait une histoire, une âme du photographe de presse, maintenant, elle a disparu pratiquement" (5'34")
Le regard de Göksin Sipahioglu
Göksin Sipahioglu
Eric Chaverou © Radio France
Sa carrure de basketteur est à l’égal de sa carrière : celle d'une légende vivante du photojournalisme ! A plus de 80 ans, celui qui expose cette année ses images de 1968 nous reçoit dans un salon de l’hôtel cossu qui héberge les stars de Visa.
Le plus français des photographes turcs confie son expérience de photographe mais surtout de fondateur et d’âme de l’agence dont il fut propriétaire pendant un peu plus de trente ans : SIPA.
Une référence mondiale où ont notamment débuté Reza, Abbas,
Luc Delahaye ou Alexandra Boulat.
Et pour celui qui fut aussi directeur d'un quotidien en Turquie, il faut aujourd'hui aller de l'avant (3'35").
Impossible aussi de ne pas demander à l'un des plus importants visionnaires du métier son idée de l'avenir (2'29").
Polka : un
magazine, une exposition et un site pour le photojournalisme
Alain et Edouard Genestar
Eric
Chaverou © Radio France
C'est d'abord une histoire de famille. Y compris ce nom : celui d'un de leurs chiens !
On connaissait Alain Genestar, le père, ancien directeur de Paris-Match et du JDD.
Le voilà qui défend avec ses enfants, Edouard, Victor et Adélie un concept inédit lancé fin novembre dernier.
Un magazine revendiqué comme "la revue du photojournalisme" (au sens large). Mais indissociable d'une galerie d'exposition des clichés publiés (charmante, rue Oberkampf) et d'un site web. (7'04")
Selon Alain Genestar, les deux premiers numéros tests ont abouti à un
équilibre financier. Avec pour le deuxième, 25.000 exemplaires diffusés
et tout vendu dans les gros dépôts (Relais H). Sans oublier pour
l'exposition n°2, 70 photos vendues.
Le 23 octobre, sortie annoncée du n°3 et lancement officiel de ce qui
devrait devenir bimestriel, avec plus uniquement des figures de la
photo. Malgré de bons échos des annonceurs, les Genestar sont en quête
d'investisseurs. Mais économiquement parlant justement, l'ancien poids
lourd de Lagardère pense-t-il que le photojournalisme soit en danger de
mort ? (2'08")
Le défi de XXI
Patrick de Saint-Exupéry
Eric Chaverou © Radio France
"En janvier dernier, on nous prenait pour des dingues. Aujourd'hui,
certains, au sein de grands groupes de presse commencent à nous citer en
exemple". Ancien reporter de haute-volée du Figaro, Patrick de
Saint-Exupéry s'enthousiasme dans un son petit bureau du Quartier
latin de son bébé lancé avec Laurent Beccaria.
Il revendique la singularité de cette nouveauté dans la presse française
: un trimestriel de 210 pages vendu en librairie et sans pub pour une
"information en grand format".
Et d'insister sur une nécessaire remise en question et renaissance du journalisme pour aller au-delà du constat de la crise. Un pari sur les lecteurs et un temps de la réflexion en contrepoint d'une information de flux grandissante (4'58")
Quant à la photo, c'est l'une des trois composantes importantes de ce
tremplin à récits, jusqu'ici à l'équilibre et avec une diffusion en
moyenne de 25.000 à 30.000 exemplaires. (3'02")
Une agence à
scoops pour les amateurs
Aurélien Viers, le rédacteur en chef
Eric Chaverou © Radio France
"Partagez et vendez vos images d'actualité". Voilà le slogan de CitizenSide. D'abord baptisée Scooplive, cette agence photo est née en 2005. Mais elle s'est faite connaître en début d'année grâce à une exclusivité mondiale : la première photo de Jérôme Kerviel, lors de son audition à la Brigade financière de Paris. Un anonyme vivant en face est tout simplement passé par ce site participatif pour au final empocher plus de 20.000 euros.
L'affaire a fait grand bruit mais a aussi encore accru les contributeurs à ce site. Un rédacteur en chef a donc été très vite nommé pour cadrer cette activité bouillonnante.
Ancien correspondant en Asie et notamment au Japon de TF1 et LCI, c'est Aurélien Viers. (6'46")
Aujourd'hui, selon Aurélien Viers, le site reçoit entre 20 et 50 séries
de photos par jour et reverse jusqu’à 75% du montant des ventes sur une
photo au contributeur, mais plus généralement 65% en France, et 50% à
l’étranger.
Quant aux critiques déontologiques, le jeune rédacteur en chef sourie en
évoquant son nombre grandissant de clients, l'achat de 34% des parts de
la société par l'AFP (en décembre) et un phénomène qu'il vaut mieux
contrôler qu'ignorer. (8'33")
Thème(s) : Information| Photographie| Perpignan| photojournalisme| presse| Visa pour l'Image| Visa pour les images, mais pour quel métier ?


1 commentaire
Bravo pour cet instantané très pertinent de la situation du journalisme photographique actuel, particulièrement pour le choix des "interviewés". Comme Gérard VADYSTADT, je regrette que le sport ne soit pas plus présent à VISA, mais le paradoxe semble être de mise dans un secteur ou certains succès naissants semblent bâtis sur les cendres d'une qualité de photojournalisme disparue au nom de modèles financiers plus profitables aux actionnaires qu'aux consommateurs d'images d'auteurs. Oui, ces exceptions semblent apporter quelques notes de couleurs chaudes dans ce monde gris cendre qui entoure des professionnels de grand talent, qu'ils soient reconnus ou émergents, pour lesquels la perspective de gagner normalement leur vie ne semble envisageable qu'avec des photos, de préférence racoleuses, de "peoples" de carton-pâte volées au détour d'une plage ou d'un shopping aux USA. Espoir ou dernier soupir ? Il me semble que mieux vaudrait pour notre santé intellectuelle que ce soit à une renaissance que nous assistions à travers les pages, papier ou web, de magazines tels que "XXI" ou "Polka", histoire d'éviter une édition actualisée de "1984".
Votre commentaire