Nicolas Sarkozy en VRP de la taxe Tobin 0
La taxe sur les transactions financières est le hors-d’œuvre de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ce lundi 9 janvier à Berlin. Voilà encore un sujet qui devrait mettre à l’épreuve les relations franco-allemandes.
"Nous n'attendrons pas que tous les autres soient d'accord pour la mettre en œuvre; nous la mettrons en œuvre parce que nous y croyons." Nicolas Sarkozy
Le président français a surpris tout le monde vendredi dernier dans son discours de clôture du 4ème colloque Nouveau Monde en menaçant d’instaurer unilatéralement la taxe. Avec examen en conseil des ministres courant février. (à 11’50)
L’idée de la Taxe "Tobin", du nom de l’économiste qui a proposé dans les années 1970 d’appliquer un taux de prélèvement infime sur les transactions financières, a été une idée phare de la gauche radicale, reprise depuis par les grands partis. Une telle taxe pourrait rapporter gros car les sommes échangées quotidiennement entre les places financières mondiales sont colossales. Le Fonds Monétaire International avait envisagé de proposer cette taxe pour que les Etats puissent récupérer les fonds qu’ils ont dépensés dans le sauvetage des banques et du système financier mondial.
©Idé
Des partenaires européens divisés
La proposition de Nicolas Sarkozy a été accueillie fraîchement par le Premier Ministre britannique. David Cameron accepte l’idée, mais seulement au niveau mondial. Dès dimanche il déclarait : "instaurer une nouvelle taxe européenne alors que cette taxe ne sera pas appliquée dans d'autres endroits, je ne pense pas que cette idée soit raisonnable et donc je m'y opposerai"
En Italie, le premier ministre Mario Monti s’est dit disposé à travailler à la mise en place d'une taxe sur les transactions financières au niveau de l'Union européenne, tout en excluant d'instaurer une telle taxe unilatéralement en Italie.
Même en France, la classe politique et financière ne sont pas très enthousiastes. Les représentants de la place financière de Paris et le MEDEF sont totalement contre et expliquent qu’une telle mesure fragiliserait l’économie française.
Au Parti Socialiste, qui a été porteur d’une taxe "Tobin", on regrette le "cavalier seul" de Nicolas Sarkozy.
L’enjeu pour le président de la
république est donc de rallier un maximum de pays européens à sa cause, à
commencer par l’influent voisin allemand. Outre-Rhin la presse était sceptique
ce lundi matin comme nous le raconte la correspondante de France Culture, Lise
Jolly dans le journal de 12h30 :
L’idée de la taxe "Tobin" risque de fragiliser l’entente du couple franco-allemand. Ecoutez l’analyse ce matin de Lise Jolly dans Le Choix de la rédaction sur France Culture :
Après la rencontre ? Rien de nouveau
Finalement on n’aura pas appris grand chose de cet entretien entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, à part un échanges d’amabilités en conférence de presse, mais personne n’a réellement changé de position.
Angela Merkel a salué ce lundi l'initiative du président français en faveur de la création d'une taxe sur les transactions financières en Europe. Mais rien de plus. La Chancelière allemande a précisé qu'il n'y avait pas d'accord au sein de son propre gouvernement sur le sujet. Référence à son partenaire de coalition, le Parti libéral d'Allemagne (FDP), qui est fermement opposé à l’idée d’une taxe Tobin, même au niveau européen.
De son côté le président français a réaffirmé sa volonté d'accélérer le processus d’adoption d’une taxe sur les transactions financières, quitte à faire cavalier seul. Cette application pourrait passer par la transposition d’une directive préparée par la commission européenne :
"Ma conviction est que si nous ne montrons pas l'exemple ça ne se fera pas"
Une détermination saluée par Angela Merkel :
"Je pense que c'est une bonne initiative que la France dise maintenant 'il faut mettre les points sur les i, il faut passer aux actes'"
Un ton différent de celui utilisé en fin de semaine dernière par les Allemands. Mais c'est un geste sans frais puisque la Grande Bretagne et la Suède ont déclaré qu’ils restaient fermement opposés à une Taxe Tobin au seul niveau européen
Dans le Journal de 18 heures, analyse de la rencontre de ce lundi 9 janvier entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel par Lise Jolly, et commentaires de Pierre de Lauzun, Délégué général de l’AMAFI, Association des Marchés Financiers (à 4'18):
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