Préavis de grève illimitée à la Comédie-Française
Le théâtre Ephémère de la Comédie-Française, installé au Palais Royal pour un an, devait être inauguré avec Goldoni. Mais le mouvement de grève a modifié le programme. C'est la suite d'un premier appel à la grève de cinq jours lancé entre le 27 et 31 décembre 2011 par l'intersyndicale.
Les grévistes de la Comédie-Française réclament une augmentation de la part variable sur leur salaire. Selon un principe qui date de la fondation collective de l’établissement en 1680, 76,5% des excédents reviennent aux 37 sociétaires, 16,5% aux 360 salariés et pensionnaires et 7% à un fonds de réserve. Cette disparité est aujourd’hui contestée par les trois syndicats représentatifs de la Comédie-Française. Les salariés sont très mobilisés sur cette question comme en témoigne Zouhair Smaoui, délégué syndical Synptac-CGT.
- Zouhair Smaoui © Isabelle Lassalle / RF
Le débat ne date pas d'hier, depuis plus de trente ans il revient régulièrement sur la table sans être pour autant réglé. Aujourd'hui les syndicats réclament une prime pérenne de 1 600 euros en lieu et place des 800 euros touchés pour l'année 2011. Muriel Mayette, administratrice générale de la Comédie-Française, n'entend pas remettre en question la répartition des excédents. Dans un communiqué officiel elle précise, « nous avons la chance dans notre singulier fonctionnement d'abriter une troupe d'acteurs depuis plus de trois siècles. Il serait suicidaire de remettre en question leur légitimité en arguant d'un partage qui ne serait pas équitable. Ces soixante acteurs sont le garant même de notre place à tous, ils sont les seuls capables de faire lever le rideau quoi qu'il arrive. » Jérôme Lamy, directeur général de la Comédie-Française, explique le principe de ces rémunérations.
Une demande de reconnaissance
Horaires décalés, emplois du temps variables… il est difficile de connaître le nombre exact de grévistes : 80 à 90% des techniciens selon les syndicats, 30% des salariés au premier jour de grève selon la direction. La remise en cause des pourcentages de répartition des recettes est une question délicate. Elle implique non seulement les salariés et la direction mais aussi les sociétaires de la Comédie-Française. Pour Jérôme Lamy, il est important de ne pas séparer d’un côté les sociétaires et de l’autre le reste de la maison.
- Jérôme Lamy © Isabelle Lassalle
Pour les salariés en grève, ce mouvement ne se fait pas contre les comédiens, tout au contraire. Ils se sentent solidaires de cette grande famille du théâtre à laquelle ils contribuent et dont ils font partie. Ils demandent en retour, une reconnaissance de leur participation aux spectacles, comme l'exprime l'un des techniciens grévistes.
Le théâtre Ephémère de la Comédie-Française © Isabelle Lassalle
Une revalorisation des salaires
Les grévistes demandent également une revalorisation des salaires, annoncée en mai 2008 mais toujours pas effective à ce jour. Les syndicats disent avoir attiré l’attention de la direction sur le malaise par rapport à la grille salariale. L’incompréhension est d’autant plus grande que les salles de spectacles connaissent une affluence particulièrement importante, surtout pour cette saison. Mais aujourd'hui la situation s'aggrave pour les salariés qui voient une réduction de leurs revenus comme l'explique l'un des techniciens grévistes.
En effet en mai 2008, la direction a signé un protocole d’accord sur les mesures d’accompagnement de la réforme du régime spécial des retraites des personnels de la Comédie-Française. La mise en place d’un certain nombre d’aménagements s’est échelonnée dans le temps. La direction se dit aujourd’hui prête à s’engager sur un calendrier pour une négociation de la grille salariale, ce que précise Jérôme Lamy.
Les trois organisations syndicales représentatives à la Comédie-Française ont déposé un préavis de grève illimitée. La direction a reçu les grévistes mercredi 10 janvier en proposant une prime exceptionnelle et des négociations salariales. Mais les syndicats n'entendent pas sortir de ce mouvement avant l'annonce d'une nouvelle répartition des pourcentages et d'un calendrier précis sur la revalorisation de la grille salariale. La prochaine assemblée générale est prévue pour lundi prochain, le 16 janvier. De son côté, la direction attend des syndicats des propositions écrites pour pouvoir les réétudier le plus rapidement possible.
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