Quel travail voulons-nous ? 6
A l'heure de la chute du triple A et de la perpétuelle révision à la hausse du taux de chômage, le travail est un monde parfois bien douloureux. Ce thème prégnant et universel, n'a cessé de prendre de l'ampleur depuis les débuts de la crise de 1970 et l'accroissement continu du nombre de chômeurs en France et en Europe.
Ce lundi 23 janvier, Radio France et le Théâtre du Rond-Point s'associent pour proposer une journée de débats et d'échanges sur le travail.
C'est justement ce même théâtre du Rond-Point qui, en octobre dernier, proposait au public une pièce sur le monde de l'entreprise, preuve, s'il en faut, que cette thématique diffuse aussi dans la sphère artistique.
A cette occasion, nous nous étions entretenus avec la metteuse en scène Anne-Laure Liégeois et le dramaturge Rémi de Vos, à l'origine de cette pièce, Débrayage. Vous pouvez d'ailleurs retrouver ce dernier dans La Grande Table qui débat autour du travail. Ce thème sera également abordé dans Les Matins de France Culture et le Grain à moudre du jour.
La rencontre a lieu dans l'ambiance musicale et tamisée du restaurant du Théâtre du Rond Point.
© RF/ Hélène Combis-Schlumberger
C'est en 1994 que Rémi De Vos écrit Débrayage, son premier texte dramaturgique.
Ce texte, Anne-Laure Liégeois le découvre vingt ans après s'être prise de passion pour celui de L'Augmentation, de George Perec. Toujours fascinée par la thématique du travail au théâtre, elle est également immédiatement séduite par l'écriture "nerveuse et sur le fil" de Rémi De Vos. La manière dont ces deux pièces s'approprient la réalité du travail comme une matière poétique, au-delà de son aspect sociologique, la décide à les mettre en regard sur les planches :
Rémi De Vos explique comment il en est venu à écrire Débrayage de manière naturelle, quasi-fortuite, il y a 17 ans :
L'Augmentation date de1969, Débrayage de 1994, et L'Intérimaire de 2010. Trois écrits qui reflètent nécessairement les évolutions dans le monde du travail :
L'Augmentation © Radio France/ HCS
Pourtant, pour Anne-Laure Liégeois, quelque chose de profond rassemble ces trois textes :
La metteuse en scène évoque la réception du spectacle par le public :
Anne-Laure Liégeois vient d'une famille où la culture de l'entreprise a été très présente. Après ses seize ans, elle a pu expérimenter par elle-même le milieu salarial au cours de stages d'été. Depuis, elle s'en est éloignée. Pour monter ce spectacle, a-t-elle eu besoin d'opérer un retour vers cette époque ? De faire des rencontres ?
Découvrez dans cette vidéo trois extraits de la pièce Débrayage, de Rémi De Vos :
Humour, cynisme, comique de gestes, de faciès, de moeurs... L'Augmentation et Débrayage brossent sans concessions l'univers professionnel dans toute sa splendeur desesperée. Anne-Laure Liégeois et Rémi De Vos assurent n'avoir jamais eu pour objectif de donner dans la dénonciation du monde actuel, mais plutôt de s'emparer du thème pour en faire de la fiction. Et on les croit. Pas de critique, une simple caricature... cathartique : car même si l'on ne se reconnaît pas forcément dans les personnages tantôt larmoyants, tantôt gesticulants, qui investissent la scène, on se sent, en quittant la représentation, sinon bien loti, en tout cas... infiniment moins seul !
>>> Découvrez la conférence Lumières sur le Travail : Quand le cinéma met le travail en débat sur Plateformes, la Webradio de France Culture.
>>> Retrouvez aussi Le choix de la rédaction du lundi 23 janvier
Thème(s) : Arts & Spectacles| Travail| Théâtre



6 commentaires
Pour prolonger les échanges de ce lundi, un colloque "Et voilà l'travail !" au Consevatoire National des Arts et Métiers, le vendredi 3 et samedi 4 février 2012, à propos des représentations du monde de travail dans la littérature pour la jeunesse. Le programme complet et la fiche d'inscription sur le site du CRILJ : http://www.crilj.org, onglet COLLOQUE 2012. Il y a encore, à ce jour, des possibilités d'inscriptions.
Chère Madame, j'adore votre Grande Table, vos questions, vos commentaires, mais je voudrais vous adresser une supplique : je sais que le temps est très compté, que l'émission est courte et vos invités intéressants...Cependant, vous serait-il possible, parfois, de parler moins vite...L'auditeur ne perd pas un mot de ce que vous dites, votre élocution me semble irréprochable ! Simplement, le débit, très rapide, est un peu "stressant", surtout dans les deuxièmes parties.
Vous me pardonnerez ma franchise et vous accepterez, chère Madame, l'expression de mon admiration pour la qualité de vos entretiens,
N.Leclercq.
En 1977 j'ai été déclaré inapte au travail par la "sécurité sociale". Les spécialistes psys m'ont toujours encouragé à lutter à contre courant de cette décision, m'enjoignant aussi à faire des stages ou à trouver un travail même en dehors de mes aptitudes. Je n'ai aucune formation particulière et de mal en pis j'ai erré d'un emploi à un autre jusqu'en 1996 où après 2 années mouvementées dans un CAT je me suis décidé à pratiquer le bénévolat. Depuis presque sans interruption j'ai été bénévole au Secours Populaire, à la société Saint Vincent de Paul, aux Oeuvres de Malte, à la Banque Alimentaire, à Plume Palette, aux Aveugles du Sud Ouest, au Diaconat de Bordeaux, Au bistrot associatif et désormais au Réseau Paul Bert. Tout cela à des postes relevant de l'humanitaire et de la solidarité. Globalement beaucoup ont su me reconnaître (mais aucunement la totalité de ma famille). Seul j'ai su acquérir et me faire une expérience. Depuis de longues années j'écris sur les sentiments humains, leurs rôles, leurs contradictions, leurs victoires et leurs défaites. Mes efforts sont de me faire publier, pas pour me gonfler la tête comme certains ont réussi en couchant et autres mais pour rester à la marge de ce que j'ai choisi (un pied dedans, l'autre dehors, pour ne pas me pourrir la vie ni pourrir celle de quiconque à part celles et ceux qui se reconnaîtront ou pas dans mes propos comme les prostituées consentantes d'un quelconque pouvoir.
Le collectif ADRET en 1977 : "Là où il fallait, en 1896, un travail hebdomadaire d'une soixantaine d'heures, 6 heures suffiraient aujourd'hui (1977) pour assurer la même production. Entre-temps, la durée hebdomadaire du travail n'a diminué que de 30 %. Un choix de civilisation a été fait : utiliser les possibilités ouvertes par le développement prodigieux de la technique au cours des cent dernières années non pour réduire le temps de travail, mais pour accroître la production."
- Et maintenant en 2012 ? 2h/jour ou choisir de travailler 10 ans/vie, ou 3 mois/ans ou 1 semaine/mois ou 1 jour/semaine. cool, non ? Et puis partager ça avec le monde entier ! Que de plus value en perspective ! Que de croissance mondiale !
http://bouquinsscannes.blog.24heures.ch/texte-original
@Carmina
Tout à fait d'accord avec la question de la taxation des machines qui ont remplacé le travail humain dans les industries manufacturières. Des débats ont eu lieu dans les années 80 là-dessus mais c'est me semble-t-il la globalisation qui a tranché: on a dédaigné de s'intéresser à l'industrie et la mode chez les décideurs, comme vous dites, a consisté à basculer ici dans la société dite des "services". Or il n'y a rien de commun entre les services d'un boulanger, ou d'un transporteur et ceux d'une société de services informatiques, modèle du genre et pourvoyeur de contrats hautement qualifiés précaires. Car ce qu'elles font était auparavant du ressort des entreprises elles-mêmes, tout comme le nettoyage ou le gardiennage d'ailleurs. Le déclin industriel est à nuancer de ce fait par la réalité de ce recentrage sur les métiers (grande mode managériale depuis 20 -30 ans)qui a conduit à la séparation artificielle entre services et industrie en faisant artificiellement gonfler les premiers.
Quant à l'opportunisme que serait cet intérêt nouveau de la culture pour l'entreprise, je pense qu'il s'agit plutôt d'un manque d'intérêt assez répandu pour cette thématique et d'un manque généralisé de vision critique du modèle de management dominant imposé depuis trente ans dans les entreprises et les esprits. Manque d'intérêt car le théâtre en particulier s'est désintéressé du politique à l'époque du metteur en scène démiurge, comme si, se considérant par essence comme politique depuis 68, il n'avait pas besoin d'en parler; manque d'analyse critique par l'absence de prise de conscience de ce que les bouleversements dans l'entreprise disaient de notre société: le pouvoir de la finance à travers l'actionnaire, la concurrence comme seul moteur, l'individualisation comme méthode induisant la peur et la solitude au détriment du sentiment de travail bien fait
Il y a eu de notables exceptions (Michel Vinaver bien sûr) mais ce n'est pas effectivement ce qu'on voit à Avignon tous les ans...
J'ai vu ces spectacles et apprécié l'écriture de Rémi De Vos (qui mérite d'être reconnu comme un grand auteur, courez voir sa dernière pièce, Cassé, sur le même thème au TGP de Saint Denis), de George Pérec et les mises en scène et de Anne-Laure Liégeois.
L'histoire récente du travail, au-delà des raisons économiques toujours avancées, montre surtout l'éviction des industries dangereuses, et/ou sources de problèmes politico-économiques en regard des avantages économiques tirés par le capital (les mines de charbon, la métallurgie, l'unité du monde des travailleurs) sur ces sources de revenus considérables mais en déclin pour les investisseurs.
Parallèlement, les industries de l'automation ont progressivement remplacé les travailleurs à faible niveau de formation.
Les pertes d'emploi qui en ont résulté (est-il possible sur cette planète d'attribuer des occupations à temps plein, 8 à 10 heures/jour à chacun des habitants capables qui, en consacrant leur temps au travail, deviendraient de mauvais consommateurs ? La culture le pourrait à moindre frais mais serait si dévastatrice envers les décideurs...) ont contribué largement au déficit de la sécurité sociale (que l'on attribue magnifiquement aux excès de consommation de soins et au déséqulibre démographique des générations) assuré par les cotisants.
La question : pourquoi les décideurs n'ont-ils pas compensé ce déficit par une taxation sur ces machines qui ont remplacé la main d'oeuvre humaine ? Par peur de décourager l'innovation nécessaire au maintien de la concurrence, par incapacité d'assurer un revenu minimum à cette main d'oeuvre ? Ou simplement opprimer la contestation des laborieux ? Sont-ce vraiment les seules raisons ? Et pourquoi tant de silence, même des spécialistes, sur cette voie possible ?
PS - Je trouve vraiment tardive cette prise de conscience du déclin du savoir-faire artisanal et industriel et trop à-propos des circonstances politiques prochaines...
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