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Le Loop, un laboratoire privilégié pour les hackers 0

Dans une gare désaffectée transformée en squat d'artistes, des hackers, ces bidouilleurs informatiques, se retrouvent chaque semaine pour bâtir des projets et parler technologies. Une poignée d'entre eux sont aussi des "hacktivistes" : ils font partie de Telecomix, un immense réseau de hackers, engagé aux côtés des rebelles syriens dans un conflit qui se joue aussi sur internet.

 

Les locaux du Loop réunissent beaucoup de matériel à disposition des hackers © Radio France

Le rendez-vous est fixé un mercredi soir, aux portes de Paris, près du périphérique. Le lieu : la Gare XP, un squat d'artistes ouvert l'an dernier. C'est là que s'est installé, il y a quelques semaines, Le Loop - pour "Laboratoire ouvert (ou pas)", une association de hackers. On pourrait s'attendre, comme le veulent les stéréotypes, à tomber sur un bunker, truffé d'ordinateurs, sur lesquels des pirates du net (ou pire, des cyber-criminels) s'amusent à créer des programmes qu'eux seuls comprennent. En réalité, rien de tout cela.

 

 

En arrivant sur place, le Loop est à mille lieues de cette image de bunker de cyber-hacktivistes (avec un h, pour la contraction de hacker et activiste). Des dizaines de disques durs posés sur des étagères, des câbles de connexion, quelques serveurs : le local du Loop est encore en cours d'aménagement. Parmi les membres présents ici, il y a des jeunes, des moins jeunes, et même des filles, histoire de démonter une bonne fois pour toutes le stéréotype du hacker. Bouteilledelait (c'est son pseudonyme), étudiante en graphisme explique ce qu'il se passe lors des réunions du Loop :

 

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"Le point commun des gens qui viennent ici, c'est la curiosité", ajoute un autre hacker. On y parle, en fonction des semaines, de vidéosurveillance, de laser, etc. Des projets artistiques se sont montés ici, avec des musiciens, des graffeurs, qui ont su tirer profit de l'outil informatique. C'est justement cette croisée des mondes qui présente un intérêt particulier pour le Loop, comme l'explique Tom, l'un des membres les plus actifs de l'association :

 

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Les discrets hacktivistes de Telecomix

Lorsqu'on aborde avec les membres du Loop la question de Telecomix, un réseau planétaire très investi aux côtés des rebelles syriens, les hackers mettent les choses au clair. La plupart des membres du Loop n'ont rien à voir avec Telecomix. Mais le Loop est un hackerspace, un lieu où tout passionné d'informatique peut venir. C'est donc naturellement que l'association accueille parfois des membres de Telecomix. Certains "talks", les discussions organisées chaque mercredi soir, tournent aussi autour de la question syrienne.

 

Mais pour aller plus loin, il faut rencontrer les hackers de Telecomix. D'ailleurs, ce soir-là, Tom a prévenu au préalable, "si vous venez pour la Syrie, vous risquez de ne pas trouver grand monde". La réalité, c'est que les hackers de Telecomix se font plutôt discrets. Parmi la dizaine de hackers présents ce soir-là, l'un d'entre eux se dit proche de Telecomix. Mais pas plus… même s'il a déjà participé à des actions de l'OP-Syria, l'opération d'aide aux insurgés syriens. Et pour cause, mieux vaut jouer la carte de la discrétion : certains hackers français de Telecomix ont reçu des menaces.

 

"Data must flow"

Telecomix s'est fait connaître au moment des révolutions égyptienne et tunisienne. L'objectif : faire en sorte que l'information circule, malgré les barrières que peuvent poser les régimes dictatoriaux. Le réseau a commencé à se faire connaître au moment des révolutions tunisienne et égyptienne, en assurant aux égyptiens une connexion internet malgré les coupures imposées par le gouvernement, explique Tom, qui connaît bien le fonctionnement de Telecomix et voit souvent passer des hacktivistes :

 

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Le hacking, c'est la personnalisation des machines, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur © Radio France

 

 

Comment ça marche ? "Telecomix, c'est une sorte de grand chaos, il n'y a pas de chef ; tout le monde peut être Telecomix", affirme notre jeune hacker, qui préfère garder l'anonymat. Le principal moyen de communication entre les hacktivistes de Telecomix, c'est IRC, un protocole de communication, qui ressemble un peu, pour les néophytes, aux "chats" de la fin des années 90. Le mode de fonctionnement de Telecomix ? La do-o-cratie. "Le principe de base, c'est do it. Tu viens sur l'IRC, tu suis un peu les conversations, si ça t'intéresse et que tu as une idée, tu le fais. Si tu as un souci pour le réaliser, tu peux demander de l'aide".

 

Dans le cadre du conflit en Syrie, Telecomix a lancé l'OP Syria. Une opération qui ne se limite pas au contournement des coupures internet, comme ce fut le cas en Egypte et en Tunisie. "Il existe un site, le TBS, pour 'Telecomix broadcast system', qui regroupe des vidéos filmées par les syriens sur le terrain, explique le hacktiviste. C'est une mémoire de ce qu'il se passe véritablement en Syrie". Le groupement dispose aussi d'une page intitulée Blue Cabinet : "C'est une liste des entreprises qui fabriquent et commercialisent des logiciels de surveillance des réseaux. Cela a permis, notamment, de pointer du doigt des entreprises américaines qui avaient vendu ce genre de logiciels à la Syrie, alors qu'un embargo était en place".

 

Des opérations de sécurisation

D'autres actions sont menées, en termes de sécurité. Ainsi, des activistes syriens ont été formés à la sécurisation et à l'anonymisation de leurs connexions ; et des conseils, des plus rudimentaires aux plus pointus, sont envoyés aux syriens. "Parfois, c'est aussi simple que de prévenir que poster sur une page Facebook avec son vrai nom, ce n'est pas une bonne idée", indique notre jeune hacker proche de Telecomix. Sans assurer avoir sauvé des vies, le groupe espère tout de même protéger une partie de la population syrienne.

Julien Baldacchino

Thème(s) : Information| Conflit| Informatique| Internet| Technique| conflit syrien| hacker| squat

Site(s) recommandé(s)

Reportage et interview à propos de Telecomix. L'émission Le Grand Webze de France 5 a reçu sur son plateau KheOps, un jeune hacker de Telecomix, qui a accepté de parler à visage découvert. Il explique le principe de Telecomix et des opérations menées.
Figuer(s) du hacker. Franceculture.frEn avril 2011, l'émission Place de la toile proposait un reportage consacré aux hackers, destiné à démonter le stéréotype du pirate informatique malveillant. La réalité des hackers est bien plus complexe.
Le site internet du LoopLes membres du Loop, pour "Laboratoire ouvert (ou pas)", expliquent le concept de leur hackerspace.

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