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Détisser la toile 1/2 0

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Rumeurs, “on-dit”, détournements politiques… Les arcanes du Web laissent le profane sceptique, incapable de démêler le vrai du faux. Après le scandale Prism, a-t-on vraiment encore une vie privée en ligne ? Et qui nous surveille : les gouvernements ou les entreprises ?

Internet est-il le dangereux repaire de pédophiles et de criminels anonymes dénoncé par certains hommes politiques ?  Et d’ailleurs, est-ce qu’on peut vraiment tout y trouver, des paroles d’une chanson à de l’uranium enrichi ?

Internet c’est avant tout la rue, amplifiée, démultipliée par l’instantanéite qu’offre le réseau. Le sociologue Antonio Casilli contredira, avec Xavier de la Porte, 10 idées reçues à propos d'Internet. En parallèle, tentative pour démêler les fils rouges qui tissent notre Toile.

 

Internet ne devrait pas “être un Far West high tech, une zone de non droit”, assurait Nicolas Sarkozy en 2007. L’idée a la peau dure : Internet serait un no man’s land privé de règles, une sorte d’Etat de non-droit.

Isabelle Falque-Pierrotin © CNIL

Internet est pourtant bel et bien réglementé. En matière de législation, c’est même le droit commun qui s’y applique, avec les évolutions de jurisprudences propres au cadre particulier qu’est la Toile. Des particuliers aux multinationales, tout le monde est concerné.

 

 “Contrairement à ce qui a été dit, il n’y a absolument pas un espace de non-droit sur Internet, il y a, au contraire, un foisonnement de droits applicables”, assure Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL), l’organisme indépendant en charge d’assurer que l’informatique reste au service du citoyen.

 

Reste que, de ce droit censé être européen et international, Google, Facebook et consorts s’affranchissent sans trop de difficultés. Amazon doit ainsi 198 millions d’arriérés d’impôts au fisc français, quand Google devrait se voir infliger sous peu un redressement fiscal qui oscillera entre le demi-milliard et le milliard d’euros.

Plus récemment, la CNIL a condamné Google pour ne pas avoir respecté la législation européenne quant à l’utilisation et la conservation des données de ses utilisateurs. L’entreprise a ainsi dû payer une amende de 150 000 euros et publier la sanction sur sa homepage. Une goutte d'eau, face aux milliards de chiffre d'affaire de Google :

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La CNIL disposerait donc de moyens de pression sur les géants du Web. Et il pourrait s’y ajouter sous peu une sanction conséquente à l'arsenal législatif de la CNIL, avec la possibilité d’infliger une amende à hauteur de 2 % du chiffre d’affaire mondial des entreprises se rendant coupables de non respect des règles de protection des données personnelles.

Pourtant, si ces géants du Web sont peu à peu rattrapés par les CNIL et les administrations fiscales, ils continuent, selon Olivier Iteanu, avocat à la Cour d'appel de Paris et spécialiste du droit sur Internet, de s’affranchir des règles relatives aux données à caractère personnel, notamment en raison des lois en vigueur aux Etats-Unis :

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L’affaire Prism et les révélations d’Edward Snowden, surtout, ont sérieusement érodé l’image de gouvernements à même de faire respecter les lois. Pire encore : ils les bafoueraient eux-mêmes.

Difficile, pour le citoyen lambda peu au fait d’Internet de savoir quels sont ses recours, surtout après avoir vu Internet vilipendé par des hommes politiques, puis des grandes entreprises et des gouvernements en détourner les règles.

Jérémie Zimmermann © Eric Chaverou / RF

Plus récemment, on a beaucoup entendu parler du deepweb et du darknet, des zones d’Internet prétendument dangereuses, inaccessibles au commun des internautes. Nécessitant d’utiliser des logiciels spécifiques (TOR), elles abriteraient terroristes, pédophiles et autres cybercriminels au même titre que des rebelles combattant au nom de la liberté, qu’ils soient iraniens, syriens ou ukrainiens.

 

Une “bêtise sans nom” selon Jérémie Zimmerman, cofondateur et ancien porte-parole de la Quadrature du Net, une organisation de défense des droits et des libertés des citoyens sur Internet. Il dénonce une volonté politique d’effrayer afin de justifier un contrôle accru de ce “mauvais Internet” :

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“Internet c’est un miroir de la réalité, précise Jérémie Zimmerman. Oui, il y a des pédonazis terroristes sur Internet. Il y a des pédonazis dans la rue, dans les supermarchés, les églises, les écoles, et pour autant on ne va pas fermer les rues, les  écoles, les églises et les supermarchés. On va traiter ça au cas par cas, on va mettre les individus face à leurs responsabilités. C’est la même chose sur Internet.”

 

Le droit sur Internet s’applique donc bel et bien. Face à de nouveaux usages, il évolue constamment et doit prendre une dimension internationale :

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Nos données sont partout : dans les traces que nous laissons sur les sites internet, dans les applications de nos smartphones, dans nos boîtes mails. Gérables, quantifiables, elles sont devenues une monnaie d’échange pour les grandes entreprises du web, qui s’en servent pour cibler au mieux les destinataires de leurs publicités.

La plus belle des ruses de Facebook a été de persuader le monde que la vie privée n’existe plus, assure Antonio Casilli, sociologue, maître de conférences à ParisTech et chercheur associé au Centre Edgar-Morin (EHESS), sur son site. Au cours des dernières années, les déclarations dans ce sens de Mark Zuckerberg se sont multipliées : la « nouvelle norme » serait la transparence, la vie en public. L’hypothèse de la fin de la vie privée est présentée comme une évolution inévitable et spontanée des comportements sociaux.

Pourtant, fin 2009, lorsque Facebook annonce modifier les conditions d’utilisation de son site et par là même des changements dans sa politique vis à vis de la vie privée, internautes et associations font front commun. Huit fois sur dix, le géant du web fait marche arrière et revient sur ses décisions. Le réseau social a beau être indispensable, il n’est pas à même d’imposer ses vues sans perdre sa principal source de revenus : ses utilisateurs.

Ces derniers sont en effet conscients des informations qu’ils acceptent de divulguer en échange de services, estime Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la CNIL :

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De fait, la perception de la vie privée a considérablement évolué, la mettre en avant sur Internet, c’est en faire une partie de sa vie publique, dans un milieu qui reste fermé. Les réseaux sociaux brouillent les frontières.

NSA © slystone.legtux

 

C’est le scandale de la NSA qui est à l'origine d'une véritable rupture. L'accord "implicite" passé avec les Internautes n'est plus respecté, les données sont collectées secrètement. Il ne s’agit plus d’un contrat tacite, d’un “échange”, mais d’espionnage :

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La vie privée, loin d'être dévalorisée, reste une idée chère aux internautes, comme en témoignent leurs réactions après le scandale PRISM : marché du cloud à la baisse, trafic en forte hausse via des protocoles plus sécurisés. La protection de la vie privée doit être replacée au cœur du débat politique, assure Jérémie Zimmerman :

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L’évolution, incontestable, de la perception de la vie privée, ne la rend en rien illusoire. Cela ne l’empêche pas d’être en danger. Aux internautes de faire pression pour se la réapproprier, et d’apprendre à gérer les outils qui leur permettront de la préserver.

 

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Pierre Ropert

Thème(s) : Information| Internet| Médias| Antonio A. Casilli| Isabelle Falque-Pierrotin| Jérémie Zimmermann| Olivier Iteanu

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