retour en haut de page

En dépeçant la Lorraine 1

Le reste de l'équipe MQ©Radio France

À Bussang, le patron de l'hôtel est habillé en charcutier: blouse blanche et pantalon du même tonneau à petits carreaux bleus. Il est rougeaud et rond, le cheveu fauve et la moustache rase. Quand il vous tend la clé de votre chambre, vous vous demandez si vous ne farcirez pas demain une tourte lorraine. Il faut dire qu'une boucherie est installée juste en face, de l'autre côté de la rue principale de cette commune isolée des Hautes-Vosges. Par mesure de précaution, vous renoncez à dîner sur place. Coup de chance, l'écrivain Pierre Pelot, rencontré dans le village voisin de St Maurice-sur-Moselle, vous invite à partager un gratin concocté selon une recette France Culture. Intrigué, vous vous enquérez de ce qu'il contient. Mme Pelot s'explique : patates, fromage, olives et moutarde brune. Pas de chair humaine dans les assiettes, donc, mais sur les murs du salon-salle à manger du couple Pelot. Monsieur excelle en effet dans la peinture érotique. Des cuisses pâles, des poitrines roses et des lèvres carmin s'étalent sur de grandes toiles. Ces femmes sont belles et désirables. Nous nous reservons du gratin.

Le lendemain, heureux de nous retrouver entiers au petit déjeuner, nous ne prêtons pas attention au regard navré du patron de l'hôtel. L’auberge rouge de Bussang devra se passer de nous pour nourrir ses prochains clients. C’est donc bon pied bon œil que nous filons vers Nancy, à la rencontre de... sa sauvagerie. Drôle d'idée, me dit la journaliste et auteur jeunesse Laurence Gillot, au fond d'une confiserie. Elle boit son thé à petites gorgées et me sourit. La sauvagerie nancéienne, c'est notamment pour elle le vieux St Nicolas. Les petits enfants salés ou bouillis par de méchants adultes, et sauvés par miracle. C’est aussi une histoire de nain dans un pâté en croûte. Encore ce penchant lorrain pour la tourte. Laurence Gillot me parle enfin de Simone Weber, qui fit des vilénies du côté de la rue de Kronstadt - où vit ma buveuse de Earl Grey. Simone a découpé son amant en morceaux, à l'aide d'un couteau électrique et d'une meuleuse à béton... J'aimerais savoir si l'amant malheureux a fini en gigot, mais Laurence Gillot me confie n'avoir guère envie d'évoquer ce fait divers à l'antenne. C'est sans doute mieux ainsi: un peu plus et l'émission de cette semaine aurait eût un fâcheux goût de cadavre, et se serait peut-être intitulée: Lorraine cannibale.

Mais que les amateurs se rassurent, la semaine prochaine, Sur la route vous servira une double dose de cadavre exquis.

 

 

Thème(s): Ailleurs| Gastronomie| cannibalisme| charcuterie| nanisme| St Nicolas| tourte

1 commentaire

Portrait de Anonyme Brice DUPONT12.11.2011

Comment va le Théatre du Peuple ? M. Pottecher aurait-il survécu à ces hordes de zombies ?

Votre commentaire

Type the characters you see in this picture. (Vérification audio)
Tapez les caractères que vous voyez dans l'image ci-dessus : si vous ne n'arrivez pas à les lire, soumettez le formulaire, une nouvelle image sera générée. Il n'y a pas de distinction majuscule minuscule.