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A quoi sert de trop zoomer ? 10

De plus en plus, les œuvres des Musées sont visibles en ligne. Que ce soit de l’initiative même des musées, ou via le Google Art Project, nombreuses sont les œuvres du patrimoine - la peinture en particulier - que l’on peut regarder depuis son écran. Et c’est il faut l’avouer assez merveilleux.

Et le point commun entre la grande majorité de ces entreprises de numérisation des œuvres, c’est de permettre à celui qui est derrière son écran d’aller voir le détail, mais quand je dis le détail, ça peut être l’infime. Certaines œuvres du Google Art Project, par exemple, ont été numérisées par une machine si précise qu’on a l’impression parfois de pouvoir compter les poils du pinceau qui a tracé le trait.

On voit bien à quelle logique obéit tout cela. Profiter à plein de ce que permet le numérique, offrir à l’internaute une autre expérience de l’œuvre que celle qu’il éprouve dans le musées et en feuilletant un catalogue. On peut aussi y voir la logique que défendait Daniel Arasse dans Le Détail, sous-titré je vous le rappelle « Pour une histoire rapprochée de la peinture ». Et de fait, c’est une expérience hallucinante. Le projet Closer to Van Eyck, dont Emmanuel Laurentin a parlé la semaine dernière, est en ce sens incroyable : vous pouvez plonger dans le moindre détail du retable de l’Adoration de l’Agneau mystique, c’est magnifique.

Néanmoins, je me pose toujours une question. Que voit-on quand on voit de si près ? Pour ma part, mais peut-être suis-je un mauvais exemple, une fois passée l’émotion première de la plongée, je ne vois pas grand-chose. Il faut dire que j’ai une appétence pour les détails les plus inavouables (c’est sûr que scruter la manière dont Van Eyck peint les poils sur les cuisses d’Adam ne fait pas faire tellement avancer l’histoire de l’art)…Mais il semble que pour l’œil exercé, la réponse ne soit pas si claire. Récemment, James Elkins, professeur d’Histoire de l’art à Chicago signait une tribune se demandant si Google ne nous faisait pas voir l’art de trop près. Pour Elkins, non seulement cette manière de voir pose en général plus de questions à l’historien de l’art qui ne lui apporte de réponse (car l’ultra-haute résolution fait surgir des monstres, par exemple quand on zoome trop avant dans Un dimanche sur l’Ile de la Grande-Jatte, de Seurat dont on n’est pas certain que leur destin soit d’être vus, car le problème de l’intentionnalité est encore complexifiée,) mais Elkins y voit un trait d’époque, une sorte de pathologie contemporaine, qu’il ne condamne pas d’ailleurs, mais dont il dit qu’elle fera sans doute rire les générations qui nous suivent, tant nous sommes fascinés par ce regard scrutateur, par tous ces outils qui nous permettent de plonger dans une toile, comme ils nous permettent de plonger dans le fond des océans ou à l’intérieur du corps humain.

Mais de cette nouvelle façon de voir, on peut aussi faire une œuvre. C’est le cas d’une pièce numérique du nom de Bluemonochrome. Vous tapez Bluemonochrome.com dans votre moteur de recherche, et vous tombez sur un site, une page, qui montre en effet un monochrome bleu. On l’impression de voir le grain de la peinture, les traits du pinceau, on dirait du Klein. En bas, à gauche de l’écran, une mention « Powered by Google ». Vous cliquez. Tiens, étrange, apparaît la fenêtre caractéristique de Google Maps, et la barre qui permet de zoomer et dézoomer. Alors vous dézoomez. Vous voyez apparaître un rebord vert et vous apercevez que ce monochrome bleu est un morceau d’océan pacifique photographié par un satellite de la Nasa et mis en ligne par Google Maps. Eh oui,  c’est ça le problème – et la beauté du zoom – vous trouvez des monstres chez Seurat et du Klein chez Google. C’est le trouble dans le regard.

Thème(s): Information| Informatique| Institution| Internet| Peinture| Technique| Aldo van Eyck| Art| Google| musée du Louvre| peinture| Seurat| Anne-Cécile Douillet

10 commentaires

Portrait de Anonyme Alain Korkos06.10.2013

Bonjour,

J'ai écrit, sur le site Arrêt sur images, un article en réponse au vôtre qui s'intitule "Apologie du gros plan". Un titre qui a le mérite d'être clair ;-)

Vous pouvez le lire par là (mais c'est réservé aux abonnés), sinon vous me communiquez une adresse mail et je vous envoie un lien privilégié) :

http://www.arretsurimages.net/chroniques/2013-10-05/Apologie-du-gros-pla...

Cordialement,

Alain Korkos.

Portrait de Anonyme Erwan01.10.2013

Bonjour,
Canal Educatif a réalisé une série éducative à partir des images Gigapixel issues du Google Art Project. On en a parlé cet été sur France Info et dans l'émission la Vignette sur France Culture : comme quoi, les images hyper-détaillées, c'est très utile, surtout quand les films sont produits en HD !
Voici la page où voir les films gratuitement :
http://www.canal-educatif.fr/art.htm
N'hésitez pas à nous contacter.
Erwan

Portrait de Anonyme Véronique27.09.2013

Non non ce n'est pas débile quand on s'intéresse à l'art ! Moi qui suis myope, j'ai un rapport particulier au détail : un regard à la fois fasciné (quand on me permet de voir ce détail avec des "lunettes" quelles qu'elles soient forcément j'ai la curiosité de m'y intéresser) et méfiant parce que, dans le fond, je trouve que la vue d'ensemble et le flou des détails sont plutôt harmonieux et se suffisent à eux-mêmes ; et puis ce sont eux ma "première impression" d'une oeuvre ou d'un objet et donc c'est à partir d'eux que l'émotion se déclenche. Entrer dans le détail c'est plutôt accéder aux coulisses, à l'intellectualisation de l'oeuvre, aux explications d'ordre technique ou au contexte historique, c'est une autre approche complémentaire de la précédente. Je trouve que l'émotion seule face à l'art est une chose mais qu'elle n'est pas suffisante. La compréhension de l'oeuvre peut même produire une seconde émotion moins spontanée mais tout aussi importante. L'émission palette joue très bien avec ces deux points de vue.

Portrait de Anonyme Omer Pesquer27.09.2013

Il est aussi intéressant de préciser que le projet Bluemonochrome de Jan Robert Leegte date de 2008 (www.leegte.org) et que le Google Art projet a été mis en ligne en février 2011.

Portrait de Xavier Xavier27.09.2013

Merci Omer...
Intéressant la chronologie.

Portrait de Anonyme Omer Pesquer27.09.2013

Très juste chronique, je l'a fait circuler dans les milieux #museogeeks.
Le projet "Closer to Van Eyck" fait partie de la "Panel Paintings Initiative" de la Getty Foundation :
http://blogs.getty.edu/iris/the-ghent-altarpiece-in-100-billion-pixels/

Portrait de Anonyme Lorenzo Orlandi27.09.2013

L'important dans l'art c'est l'émotion qu'il suscite. Si Zoomé crée de l'art venant de l'art, je ne vois rien de choquant au contraire ! Créer d'une création c'est aussi créer.

La photo, peut importe qu'elle soit portrait, paysage ou macro capture l'oeuvre (d'art) de la vie à moment donné.

Dans tous les arts les techniques ont évolués avec leur temps...

Portrait de Anonyme Damien Fayolle27.09.2013

Si vous zoomez sur votre nombril vous trouverez ça, vous aussi, complètement débile.... et c'est le trouble dans le regard. Ce n'est pas si grave et on en rigolera de votre micro-trou noir...vous avez bien d'autres qualités. Work in progress

Portrait de Anonyme Damien Fayolle27.09.2013

Complètement dėbile votre billet, ça fait peur, allez donc prendre un bon café.

Portrait de Xavier Xavier27.09.2013

C'est un peu court comme critique, non ? Ca m'intéresse de savoir pourquoi vous trouvez ça complètement débile.

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