Quand BP cherche à museler les scientifiques 1
C’est la question du financement de la recherche universitaire par les entreprises privées que pose le contrat proposé par BP aux chercheurs qui voudraient travailler pour elle. Le document (voir en fin d'article) a été diffusé par BBC News le 22 juillet 2010. « C’est une énorme compagnie qui essaie d’acheter le silence de l’université », a déclaré Cary Nelson, chef de l’association américaine des professeurs. Pour BP, l’enjeu est d’importance puisque les études qu’elle s’apprête à financer doivent lui servir à se défendre lors des procédures judiciaires, plus de 300 à ce jour, qui font suite à la marée noire dans le golfe du Mexique provoquée par l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon, le 20 avril 2010.
Un groupe de bébés pélicans victimes de la marée noire dans le golfe du Mexique Daniel Beltra©Greenpeace
En fait, l’affaire a été révélée dès le 16 juillet par le journaliste
Ben Raines sur son blog. Ce spécialiste de l’environnement qui travaille
pour Press-Register à Mobile, Alabama, s’est procuré une copie du
contrat proposé par BP aux scientifiques qui voudraient réaliser des
études sur l’impact de la marée noire dans le golfe du Mexique. Le
document interdit aux chercheurs de publier leurs résultats, de les
communiquer à d’autres scientifiques ou d’en faire mention sans l’accord
préalable de BP pendant les trois prochaines années.
La stratégie du géant pétrolier dont les moyens financiers n’ont guère
de limite apparaît ainsi clairement. Il s’agit de financer des études
afin d’en contrôler les résultats. S’ils sont favorables, ils seront
utilisés pour sa défense au cours des procès avec tout le poids apporté
par la légitimité de la science. S’ils sont défavorables, les résultats
seront tout simplement escamotés. Le contrat révèle ainsi la volonté de
BP d’instrumentaliser le travail des chercheurs en le mettant au service
de ses intérêts.
« J’ai l’impression qu’ils sont plus intéressés par l’assurance que nous
ne témoignerons pas contre eux que par la volonté que nous témoignons
en leur faveur », a déclaré George Crozier, directeur du Dauphin Island
Sea Lab à Ben Raines. Une interprétation encore plus inquiétante. Elle
laisse envisager que BP puisse ainsi contrôler toutes les études
négatives. Mais cela ne serait possible que si les tous les chercheurs
acceptaient l’offre de services de l’entreprise. Etant donné la
virulence des réactions de la communauté scientifique américaine, ce
risque semble limité mais il n’est pas exclu.
Bob Shipp, chef des sciences marines à l’université du Sud Alabama a été
contacté par les avocats de BP. BBC News précise que ces derniers ne
cherchaient à le recruter en personne mais qu’ils cherchaient la
collaboration de l’ensemble de son service. « Ils m’ont contacté et
m’ont dit qu’ils souhaitaient que mon département participe au meilleur
plan de restauration possible après la marée noire. Nous avons rappelé
les règles de base : notre contrôle total sur toutes les données issues
des recherches que nous réalisons, la transparence et la liberté de
rendre ces données disponibles pour les autres chercheurs et de les
soumettre au contrôle de nos pairs. Ils sont partis et nous n’avons
jamais plus entendu parler d’eux », a raconté Bob Shipp à BBC News. En
réponse, une déclaration de BP indique qu’elle ne « pose aucune
restrictions sur la parole académique au sujet de données
scientifiques ». Une affirmation en contradiction avec les termes du
contrat proposés aux chercheurs.
D’autres scientifiques sont beaucoup moins choqués par l’offre de BP.
BBC News a ainsi interrogé Irv Mendelssohn, professeur au service des
sciences océanographiques et côtières de l’université de Louisiane, qui,
lui, se déclare prêt à signer. « Ce que je fais ne serait pas différent
si je travaillais pour un lobby de protection de la nature »,
affirme-t-il. « Je donne une opinion objective sur le retour à la
normale ». BP a offert de payer les scientifiques 250 dollars de
l’heure. Irv Mendelssohn a déclaré qu’il négocierait ses honoraires de
consultant qui se situent, ordinairement selon lui, entre 150 et 300
dollars de l’heure. Mais il assure que ce n’est pas l’attrait de tels
tarifs qui peuvent influencer sa décision ni son travail. « Les bons
scientifiques donnent leur opinions en se basant sur les faits et il ne
biaisent pas leur avis. Le plus important, c’est la crédibilité »,
explique-t-il
Bertand Monthubert ©Radio France
En France, Bertrand Monthubert, secrétaire national du PS à
l'enseignement supérieur et à la recherche, a publié sur Le Post un
article dénonçant les actions de BP envers les scientifiques en les
qualifiant d’« effets collatéraux écœurants mais aussi éclairants ».
Pour lui, « cet événement dramatique vient une fois de plus de montrer à
quel point il est essentiel pour notre société de garantir la liberté
académique, l'indépendance des chercheurs. La collaboration avec des
entreprises est souhaitable, mais pas à n'importe quel prix. Il faut une
véritable indépendance des chercheurs. »
Pour lui, il existe un risque de cannibalisation de la recherche par les
entreprises privées comme il l’a expliqué dans une tribune publiée dans
Libération le 11 mai 2010. Il estime que la politique actuelle du
gouvernement en matière de recherche "accroît la possibilité pour les
entreprises de peser sur les chercheurs, et donc in fine sur les experts
qui livrent des recommandations".
Un instant de communication officielle
Ce message de Tony Hayward, le patron de BP qui devrait bientôt démissionner. Remarquez qu'aucun des effets de la marée noire ne sont visibles dans les images choisies pour accompagner les excuses du PDG. Un exercice de communication cousu de fils blancs... trop blancs...
Un instant de détente
Après ces menées de BP vis-à-vis des scientifiques, une parodie que l'on pourrait qualifier de méritée:
Le contrat proposé par BP aux chercheurs:
Le contrat proposé par BP aux chercheurs - Page 1 ©Radio France
Le contrat proposé par BP aux chercheurs - Page 2 ©Radio France
Le contrat proposé par BP aux chercheurs - Page 3 ©Radio France
Thème(s): Sciences| Ecologie| Recherche| Sciences| BP| British Petroleum| Deepwater Horizon| Industrie pétrolière| marée noire| pétrole




1 commentaire
Eh ben c'est du joli !
Enfin bon la routine habituelle ><
C'est bien que des gens dénichent ce genre d'affaire.
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