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Le climat à huis clos 6

 

La Terre vue par Apollo 17 Nasa©Radio France

Près de six mois après avoir été saisie par Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, l’Académie des Sciences va organiser, le 20 septembre, un débat sur le sujet délicat du réchauffement climatique. Les échanges entre scientifiques auront lieu à huis clos, ni le public, ni la presse, n’étant, à ce jour, conviés à y assister.
Les informations sur le programme et l’organisation de  cette journée filtrent au compte-goutte. En effet, l’Académie des Sciences n’a toujours rien publié sur cet événement. Ni date, ni programme.

Faute de communiqué officiel, des bribes d'information circulent. Le colloque du 20 septembre comprendrait trois ou quatre parties, dont une consacrée aux observations et deux à la modélisation (physique et mathématique). Chacune des parties comprendrait 45 minutes d’exposés et une heure de débat. L’Académie des Sciences souligne, pour démontrer son ouverture, que des chercheurs ne faisant pas partie de son institution seront autorisés à participer au débat. Ce dernier serait alimenté par les travaux d’une trentaine de scientifiques qui ont planché cet été sur le sujet. Début septembre, le nombre d’inscrits ne serait guère supérieur à 70.
Finalement, seule la date et la décision du huis clos ne relèvent pas de conjectures. Ces informations suscitent d’ores et déjà quelques questions. Il paraît d’abord difficile de comprendre pourquoi six mois sont nécessaires à l'Académie des Sciences pour accéder à la demande de la ministre de la recherche. Surtout lorsqu’on dispose de plus de 400 climatologues prêts à défendre leurs thèses face à l’hérésie d’une poignée de climato-sceptiques. Mettons cela sur le compte de la sage lenteur d’une docte institution. Chi va piano... On peut remarquer toutefois que, pendant le même délai, l’InterAcademy Council (IAC) a analysé en détail le fonctionnement du GIEC. Une tâche, semble-t-il, autrement délicate.

Néanmoins, c'est le résultat de cette longue gestation qui pose le plus problème. La décision du huis clos met en effet le débat en porte à faux par rapport aux précédents épisodes du psychodrame qui agite la communauté scientifique depuis un an: En voici les principaux jalons:

-    17 septembre 2009 : Vincent Courtillot publie : « Nouveau voyage au centre de la Terre » (Odile Jacob).
-    Fin novembre 2009 : Climategate : piratage de milliers de mails échangés entre climatologues anglais et américains depuis 1996 qui conduit au soupçon d’une falsification de données.
-    7 au 18 décembre 2009 : Echec du Sommet de Copenhague
-    Janvier 2010 : le GIEC reconnaît une erreur dans la prévision de la date de fonte des glaces de l’Himalaya. Au lieu de 2030, il faut lire 2300 en raison d’une faute de frappe.
-    16 février 2010 : Claude Allègre publie « L’imposture climatique ou la fausse écologie » (Plon)
-    27 février 2010 : La présidence du GIEC demande une enquête indépendante sur ses méthodes à la suite du Climategate.
-    10 mars 2010 : Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, commande au Conseil inter-académique (InterAcademy Council, IAC) une étude "sur les procédures et méthodes" suivies par  le GIEC.
-    23 mars 2010 : François Fillon annonce le report de la taxe carbone qui devait entrer en vigueur le 1er juillet 2010.
-    29 mars 2010 : Un sondage Ipsos publié par France Soir révèle que 69% des Français approuvent le retrait de la taxe carbone décidé par le gouvernement.
-    29 mars 2010 : Pétition de plus de 400 scientifiques à l’initiative de 13 climatologues français adressée à Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et qui lui demande d’arbitrer entre climatologues et climato-sceptiques.
-    31 mars 2010 : Valérie Pécresse demande au président de l'Académie des Sciences, Jean Salençon, d'organiser un débat sur le sujet.
-    31 mars 2010 : Le rapport d’une enquête parlementaire sur le Climategate réfute l’accusation de manipulation de données par les scientifiques britanniques.
-    30 août 2010 : L’Inter Academy Concil (IAC) rend public son rapport sur le GIEC et émet plusieurs recommandations pour améliorer ses procédures de fonctionnement.
-    20 septembre 2010 : L’Académie des Sciences organise, à huis clos, un débat sur la question du réchauffement climatique.

Ce rappel chronologique démontre à quel point la question climatique a fait l’actualité au cours des douze derniers mois. Climatologues défendant les rapports du GIEC et climato-sceptiques se sont largement exprimés dans tous les médias. Leur différent est donc sur la place publique. Et les thèses de Vincent Courtillot remettant en cause l’impact sur le réchauffement climatique de l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère liée aux activités humaines sèment le doute dans les esprits, y compris dans ceux de certains scientifiques. C'est pour réagir à cette situation que les signataires de la pétition adressée à Valérie Pécresse ont demandé à confronter les points de vue sur le plan purement scientifique. Leur maladresse a résidé dans le recours à une autorité politique pour trancher une question qui relève de la science. Etrange démarche lorsque, depuis des années, l’ensemble des scientifiques réclament leur indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Par chance, Valérie Pécresse s’est sagement retournée vers l’Académie des Sciences.

Néanmoins, la décision de huis clos risque fort de conduire à un résultat exactement inverse à celui qu'escompte la majorité de la communauté des climatologues. Après tant d’éclats publics, quelle image va donner ce conciliabule entre chercheurs triés sur le volet ? Celle d’une science incapable d'assumer au grand jour un débat qui concerne directement les citoyens. Un débat qui n’a rien de commun avec des questions très pointues hors de portée du public non averti. Au contraire, c''est l’avenir de la planète qui est en jeu à travers les choix politiques qui seront faits au cours des prochaines années. Ces choix déterminent aussi l’avenir de notre mode de vie.

Le débat, commandé par le pouvoir exécutif, va donc se dérouler à huis clos. Quelle aubaine extraordinaire pour les climato-sceptiques. Eux qui fustigent la pensée unique de la science actuelle ne pouvaient rêver d’une meilleure démonstration de l’incapacité de la plus prestigieuse institution scientifique française à faire preuve d’un minimum de transparence lorsqu’elle doit organiser un débat contradictoire. Sera-t-il contradictoire, d’ailleurs ? Les scientifiques présents pourront en juger. Il semble toutefois que seul Vincent Courtillot soit invité à s’exprimer, à travers une brève communication pour représenter le camp des climato-sceptiques. Mais le débat aura sans doute lieu pendant les larges périodes prévues à cet effet.

Qu’aucun journaliste ne soit autorisé à assister à ces échanges afin d’en rendre compte au public est tout bonnement incompréhensible. Ils sont présents à l’Assemblée Nationale ou dans les tribunaux sans qu’on les accuse de perturber les séances et les procès. Celui des climato-sceptiques échapperait donc aux règles élémentaires de la vie démocratique. On attend avec impatience que l’Académie des sciences motive cette décision de huis clos ou, mieux, y renonce. Il faudra sans doute patienter jusqu’à l'annonce, enfin officielle, du débat du 20 septembre.
M.A.

Emissions de Science Publique sur ce sujet:

 

16 juillet 2010: Club Science Publique:
Grippe A, nanos, climat, les temps forts de l'année

Lecture
 

 




11 décembre 2009:
Réchauffement climatique: Quel scénario faut-il croire?
Invités:Vincent Courtillot, Jean-Claude Gascard, Gilles Ramstein, Laurent Terray

Lecture
 

 




18 septembre 2009
: Club Science Publique:
Nanotechnologies, réchauffement climatique

Lecture
 

 

 

 

Thème(s): Sciences| Ecologie| Géopolitique| Recherche| Sciences

6 commentaires

Portrait de Anonyme alfredolloza15.10.2010

Les climatologues , tout comme les autres scientifiques, disposent de leurs propres médiations internes(revues et publications internes adaptées aux formats des débats estimés les plus pertinents).
Dès lors qu'il apparaît de nouvelles modalités de publication (comme avec les modalités d'organisations particulières du GIEC), et que par ailleurs, les aspects idéologiques, politiques, médiatiques,peuvent venir saturer les aspects scientifiques eux-mêmes, il semble légitime et désirable que le public (qui se pense souvent du coup et sans doute à tort comme averti...)puisse être directement concerné par la réalité complexe d'un débat scientifique majeur avec toutes les particularités qu'un positionnement rigoureux et honnête de la communauté scientifique.
Il est donc naturel d'interpeller dans une émission de "culture scientifique" comme celle-ci les particularités et les limites d'une vulgarisation scientifiques des sciences concernées par le climat.Ce n'est pas, bien au contraire, porter atteinte à la réalité d'un monde savant que d'en permettre une expression simple et débarrassée dans la mesure des logiques d'image qui font les délices des médias.

Portrait de Anonyme interess07.10.2010

Le climat à huis clos: débat d'opinion ou débat scientifique?

Un débat scientifique digne de ce nom n'a que faire des interférences des commentaires de personnes incompétentes sur le sujet abordé, qui induisent ensuite une logorrhée d’avis divers souvent péremptoires,aboutissant à un affrontement verbal stérile.
La science est par essence pragmatique : ce qui est vrai aujourd’hui peut être et doit être remis en question par l’évolution des moyens scientifiques, autres paramètres pertinents accessibles, nouvelles théories, nouvelles mesures...

Portrait de michel michel07.10.2010

Un tel débat aurait pu avoir lieu en présence de journalistes sans que leur "incompétence" ne perturbent les débats entre scientifiques. Dans de telles situations, les journalistes ne prennent pas la parole sans autorisation (conférence de presse). Cs'est ainsi qu'ils assistent à des colloques scientifiques parfois très pointus afin d'en rendre compte ensuite auprès de leurs lecteurs/auditeurs du grand public. De même, ils assistent aux débats à l'Assemblée national ou au procès dans les tribunaux sans que leur présence n'ait été, jusqu'à présent, dénoncée. La science échapperait-elle à cette transparence qui constituele socle de la démocratie? Débattre de l'évolution du climat, qui concerne chaque habitant de la Terre, relèverait-il de la sphère privée de la science? A débattre...

M.A.

Portrait de Anonyme citoyen 17.09.2010

Les climatologues vont subir lundi une Bérézina mémorable (en France) avec un débat totalement biaisé et verrouillé.

Certains textes diffusés par les climatosceptiques qui vérouillent l'Académie des Sciences sont vraiment indigents avec des erreurs de béotiens, mais il faudrait des heures pour les reprendre chacune et les décortiquer calmement.

Ce ne sera pas fait lundi et les rapporteurs du débat utiliseront ces éléments erronés.

Pendant ce temps, les sceptiques étrangers retournent leur vestes à l'image de Bjorn Lomborg.

Portrait de Anonyme hortiboy11.09.2010

L'absence de transparence des débats scientifiques me fait penser à l'institution vaticane :
"habemus réchauffementum climaticus terrae"
Le bon peuple est alors invité à se rassembler pour se réjouir de la sagesse de ses élites scientifiques.
Où est-on, là ? Elle est où la science pour tous ? Est ce ainsi par exemple que l'on entend donner aux jeunes l'idée de revenir vers des carrières scientifiques ?
Que l'idée même d'une telle organisation ait pu germé dans l'esprit d'un groupe de scientifiques en dit long sur le mépris qu'il affiche à l'égard de la nation. Ou sur son incapacité à prononcer un discours articulé à l'égard de ce problème comme à l'égard de tant d'autres.
Dans les deux cas ce comportement est tout sauf rassurant.

Portrait de Anonyme banzaï10.09.2010

bonsoir,
faisons confiance à ceux qui nous gouvernent pour, encore, nous servir un énième brouet politico-nauséabond, et pour cette fois, avec la sauce climato-opaque.
Roulez jeunesse et que la fête continue!

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