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L’Académie des sciences tempère le débat sur le climat 3

L'Académie des sciences en pleine activité en 1698 DR©Radio France

La question est sur toutes les lèvres : le compte-rendu de l’Académie des sciences sur le réchauffement climatique est-il un camouflet pour Claude Allègre, Vincent Courtillot et les autres climato-sceptiques ? Comme on pouvait s’y attendre, ou le craindre, de la part de cette docte et vénérable institution, le rapport qu’elle a rendu le 26 octobre à Valérie Pécresse, ministre de la recherche et de l’enseignement supérieur, tente de ménager la chèvre et le chou. Pouvait-il en être autrement ? Les principaux protagonistes ne sont-ils pas, tous ou presque,… membres de l’Académie des sciences ? La saisine de Valérie Pécresse, par une lettre datée du 1er avril 2010, lui demandait d’organiser « dans les meilleurs délais, un débat scientifique approfondi pour permettre la confrontation sereine des points de vue et des méthodes et établir l’état actuel des connaissances scientifiques sur le changement climatique. » Cela revenait à demander à l’Académie des sciences de laver son linge sale… D’où sa décision de le faire en famille.

Six mois plus tard, elle remet ainsi à la ministre le rapport résumant le débat organisé à huis clos en son sein le 20 septembre 2010 avec 120 scientifiques français et étrangers, dont certains ne sont pas membres de l’Académie des sciences. Le document de douze feuillets s’achève par une page de conclusions frappées au coin de la diplomatie. D’un coté, les climatologues soutenant les rapports du GIEC seront satisfaits par les affirmations claires du rapport en faveur du réchauffement et de sa cause anthropique. De l’autre, les climato-sceptiques noteront que le doute trouve une bonne place dans les termes utilisés dans les conclusions et que ces dernières plaident pour une approche interdisciplinaire des recherches en climatologie. Il faut dire que ce rapport devait obtenir l’accord des climato-sceptiques membres de l’Académie des sciences, Vincent Courtillot et Claude Allègre. D'où les intenses tractations dont il a fait l'objet jusqu'au dernier moment comme le révèle une version de travail du document, datée du 22 octobre et diffusée par Le Monde.

Dans les conclusions finales, qui tiennent sur une page, chaque mot compte…

1- Le climat de la Terre s’est réchauffé entre 1975 et 2003

2003 : L’Académie mentionne la période 1975-2003 alors que les climato-sceptiques estiment que le réchauffement a cessé depuis 12 ans. Soit un recouvrement des périodes considérées de seulement 5 ans. De quoi laisser la porte entrebâillée à ceux qui pensent que la température moyenne de la Terre n’augmente plus depuis 1998.

2- Ce phénomène est principalement dû à l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère.

Principalement : Le quatrième rapport du GIEC, publié en 2007, indique : « L’essentiel de l’accroissement observé sur la température moyenne globale depuis le milieu du XXe siècle est très probablement dû à l’augmentation observée des concentrations des gaz à effet de serre anthropiques. » L’Académie des sciences préfère donc « principalement » à l’association « essentiel » et « très probablement ». Une nuance subtile mais notable puisqu’il s’agit là du cœur du différend entre les scientifiques. Pour les climato-sceptiques, le réchauffement n’est pas dû au CO2 mais aux fluctuations de l’activité du soleil. L’Académie donne donc clairement raison aux conclusions du GIEC tout en en modérant légèrement le degré d’affirmation de l’impact du CO2 sur le réchauffement.

3- L’augmentation du CO2 est incontestablement due à l’activité humaine.

Incontestablement : Porte ouverte. Personne ne conteste que l’excès de CO2 provienne de l’activité humaine. Le débat porte sur son impact sur le réchauffement.

4- Les mécanismes pouvant jouer un rôle dans la transmission et l’amplification du forçage solaire et, en particulier, de l’activité solaire ne sont pas encore bien compris. L’activité solaire, qui a légèrement décru en moyenne depuis 1975, ne peut être dominante dans le réchauffement observé sur cette période.

Pas encore bien compris – dominante : Bel exercice de dialectique. D’une part, ce point exprime un profond désaccord de l’Académie avec les thèses climato-sceptiques. Il reprend les conclusions du quatrième rapport du GIEC qui indique sur ce point : « On estime que les changements du rayonnement solaire depuis 1750 ont provoqué un forçage radiatif de +0,12 [+0,06 à +0,30] Wm–2, soit moins de la moitié des estimations du TRE » (troisième rapport du GIEC). Le « forçage radiatif » exprime l’influence d’un facteur dans l’équilibre entre l’énergie qui pénètre dans l’atmosphère terrestre et celle qui en sort. Il représente donc l’indicateur principal d’impact sur le réchauffement climatique. Tandis que le soleil ne serait responsable que de +0,12 Wm-2, le CO2 contribuerait pour +1,66 Wm-2, soit 14 fois plus. D’autre part la première phrase souligne les incertitudes sur les mécanismes de transmission et d’amplification de l’activité solaire. Ce qui ouvre la porte à une possible sous-estimation du forçage solaire, soit exactement la thèse des climato-sceptiques.

5- Des incertitudes importantes demeurent sur la modélisation des nuages, l’évolution des glaces marines et des calottes polaires, le couplage océan-atmosphère, l’évolution de la biosphère et la dynamique du cycle du carbone.

Incertitudes importantes : Concession marquée aux climato-sceptiques qui plaident pour la reconnaissance de la complexité du climat et de la jeunesse de la climatologie.

6- Les projections de l’évolution climatique sur 30 à 50 ans sont peu affectées par les incertitudes sur la modélisation des processus à évolution lente. Ces projections sont particulièrement utiles pour répondre aux préoccupations sociétales actuelles, aggravées par l’accroissement prévisible des populations.

Peu affectées : Après le point précédent, celui-ci rééquilibre les conclusions en faveur du GIEC. Il semble indiquer que malgré les « incertitudes importantes », les projections sont assez juste justes pour être exploitées par les décideurs politiques. Il s’agit là d’un point de désaccord profond avec les climato-sceptiques qui estiment que l’on ne peut pas faire confiance aux modèles mathématiques actuellement utilisés pour réaliser ces projections.

7- Le caractère interdisciplinaire des problèmes rencontrés impose d’impliquer davantage encore les diverses communautés scientifiques pour poursuivre les avancées déjà réalisées dans le domaine de la climatologie et pour ouvrir de nouvelles pistes de recherche.

Interdisciplinaire : Ce dernier point des conclusions du rapport cherche visiblement l’apaisement et répond à une revendication des climato-sceptiques. L’un des sujets de friction concerne en effet la spécialité des chercheurs. On reproche à ceux qui contestent les rapports du GIEC de ne pas être climatologues. Ainsi, la pétition adressée à Valérie Pécresse n’était signée que par des scientifiques reconnus par la communauté de la climatologie. Ce dernier point milite pour une plus grande ouverture de la recherche dans ce domaine. Vincent Courtillot, géophysicien, et d’autres, peuvent donc se sentir confortés dans leur volonté d’intervenir sur la recherche sur le réchauffement climatique, sans, pour autant, être climatologues.

Michel Alberganti  

A lire également sur ce blog:

La science, le doute, le climat et le pari de Pascal

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L'Académie des sciences aujourd'hui DR©Radio France

Une synthèse des données chiffrées

Outre son caractère
aussi politique
que scientifique,
le rapport de l’Académie
des sciences
apporte une précieuse synthèse
des connaissances actuelles
en matière de réchauffement
climatique.

En voici les principales données chiffrées:

 

-  L’augmentation de la température de la Terre est de 0,8 +/- 0,2 °C depuis 1870.

-  La surface de la banquise est passée de 8,5 millions de km2 en 1975 à 5 ,5 millions de km en 2010.

-  Le niveau moyen des océans s’est élevé de 0,7 mm/an entre 1870 et 1930, d’environ 1,7 mm/an entre 1930 et 1992 et de 3,4 mm/an depuis.

-  La concentration de CO2 dans l’atmosphère est passée de 280 ppm en 1870 à 388 ppm en 2009. Le taux de croissance depuis 1970 est 500 fois plus élevé que la moyenne observée sur les 5000 dernières années.

- Un doublement de la concentration en CO2 dans l’atmosphère induit une augmentation du rayonnement infrarouge de la Terre de 3,7 W/m2 qui provoque une augmentation de la température moyenne en surface de 1,1 +/- 0,2 °C.

- Les concentrations actuelles de CO2, CH4 et N2O n’ont vraisemblablement jamais été aussi élevées depuis 800 000 ans.

- L’étude de l’histoire du climat montre qu’un réchauffement dans l’Antarctique précède de 800 ans une augmentation de CO2 et celle-ci est suivie, 4000 ans plus tard, par une réduction des calottes glaciaires dans l’hémisphère Nord.
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Ecouter Science Publique du 29 octobre sur France Culture:

 Académie des sciences : le débat sur le climat est-il réglé ?

Lecture
 

 




Nos invités:
Edouard Brézin
, physicien, ancien président de l'Académie des Sciences et du CNRS
Jean Jouzel
, climatologue et glaciologue français, directeur de l'Institut Pierre Simon Laplace (CEA)
Yves Pomeau
, physicien, spécialiste du chaos
Jean-Loup Puget
, astrophysicien, membre de l’Académie des sciences
Vincent Courtillot, directeur de l’Institut de Physique du Globe de Paris (extraits d'un reportage vidéo)

L'intégralité de l'entretien accordé par Vincent Courtillot à Science Publique:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Thème(s): Sciences| Ecologie| Géopolitique| Recherche

3 commentaires

Portrait de Anonyme Nicolas Paillard01.11.2010

@ Serge

N'oubliez pas que la température de l'Europe est tributaire des apports par le Gulf Stream. Un simple changement dans la direction ou la température de ce courant peut donner des conséquences imprévisibles. N'oubliez pas non plus que la France est, en latitude, aussi haute que le Québec où il fait froid (sous 0 C) près de 5 mois par année. Si on se base uniquement sur la latitude, il est prévisible que si l'apport de chaleur par le Gulf Stream diminue, la température en Europe va aussi diminuer.

Pour information, le Gulf Stream ne se rend en Europe que grâce à la pression du courant glacial polaire qui passe entre le Groenland et le Canada. La rencontre de ces deux courants dévie le Gulf Stream vers l'Europe qui bénéficie de sa chaude température. Un changement dans ce courant et ce sera possiblement l'est du Canada et le Groenland qui deviendront aussi chaud que l'Europe, tandis que cette dernière héritera des températures canadiennes...

Portrait de Anonyme serge31.10.2010

Je suis tout à fait d'accord avec Claude Allègre étant agriculteur nous constatons un refroidissement et des hivers plus longs.

Portrait de Anonyme mattarelli31.10.2010

Il se peut que M. Courtillot ait raison, mais son degré d'incertitude est plus important que celui de l'hypothèse du GIEC. Or, sachant que les GES ont une durée de vie très longue, le fait d'attendre que la science nous apporte la certitude absolue nous fait encourir des risques qui sont inacceptables. En outre, il est évident qu'il faut réduire la consommation des énergies fossiles, de manière à rendre la transition vers d'autres sources d'énergie moins brutale. Par conséquent, si le principe de précaution a un sens, il me semble que dans ce domaine il est temps de l'appliquer, à commencer par la croissance démographique, qui est à l'origine de tous les problèmes d'environnement.
Merci pour vos émissions.
bm

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