Vénus hottentote : une "rue Cuvier" à Paris est-elle opportune? 78
La Vénus hottentote © DR
Pourquoi poser la question de l'opportunité d'une rue Cuvier à Paris
aujourd'hui? Sans doute en raison de la force des images et, en
particulier, de celles du cinéma. D'une certaine façon, la sortie du
film Vénus noire d'Abdellatif Kechiche, le 27 octobre 2010, change tout. En effet, le rôle joué par Georges Cuvier (1769-1832) dans la dramatique histoire
de Saartjie Baartman, femme originaire du Cap connue sous le surnom de
Vénus hottentote, se retrouve mis en pleine lumière par le film. Et un tel
spectacle conduit à s'interroger sur la façon dont nous affichons aujourd'hui, dans les rues de Paris, notre mémoire de ce scientifique.
Georges Cuvier, anatomiste français, est considéré comme l'un des pères
de l'anatomie comparée et comme le fondateur de la paléontologie. Il
propose une classification du règne animal en quatre parties: l'ordre,
la famille, le genre et l'espèce.
Affiche du film "Vénus noire" d'Abdellatif Kechiche (2009) © MK2
A la base de ce travail, la "loi" de subordination des organes. Pour Cuvier, les organes interagissent les uns avec les autres et coopèrent. Cette corrélation lui permet de reconstituer un animal à partir de quelques restes d'os. Ses études de fossiles le conduisent à faire l'hypothèse la disparition totale de certaines espèces, prélude à la découverte des grandes extinctions.
Les travaux de Georges Cuvier lui valent des honneurs qui se
succèdent malgré les changements de régimes. Grand officier de la Légion d'Honneur
sous Napoléon, baron et pair de France sous Louis-Philippe (1829), directeur
des cultes dissidents sous Louis XVIII, il devient président de
l'Institut, conseiller d'Etat (1814), secrétaire perpétuel pour les sciences physiques de l'Académie des sciences (1803), membre de
l'Académie française (1818) et de la Royal Society en 1806.
Georges Cuvier (1769-1832) ©Radio France
Georges Cuvier meurt
le 13 mai 1832 et il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.
Ce portrait rapide et flatteur masque la part de la vie de Georges Cuvier qui pose problème, dès lors qu'il s'agit d'établir s'il est judicieux se continuer à honorer sa mémoire aujourd'hui ou d'estimer qu'elle est trop salie pour mériter qu'on la rappelle à la population en donnant son nom à une rue, un momument ou un quelconque édifice. Au moins un épisode de sa vie peut alimenter le doute. Il s'agit, sans conteste, de sa relation avec Saartjie Baartman.
Née aux environs de 1790, Sawtche de son vrai nom, est fille d'un père khoisan et d'une mère bochiman appartenant au peuple Khoïsan, le plus ancien du sud de l'Afrique, nommé hottentote à l'époque de la colonisation par les Boers néerlandais.
Saartjie Baartman exhibée à Londres ©Radio France
En 1807, Sawtche est vendue à Hendrick Caezar qui la convainc de l'accompagner en Angleterre, en 1810, pour faire fortune en exhibant son corps. A Londres, Sawtche devient Saartjie Baartman. Pour un shilling, les clients d'une salle de Piccadily peuvent l'examiner et la palper. Mais "une association abolitionniste, l'African Association, émue par « un spectacle immoral et illégal », porte plainte contre Hendrick Caezar devant la Cour royale de justice qui la déclare consentante, sur la foi de son témoignage en néerlandais". Rapport de l'Assemblée nationale de 2002.
Étienne Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844) ©Radio France
Une planche attribuée à Étienne Geoffroy Saint-Hilaire - 1824 ©Radio France
Baptisée en 1811 à Manchester, elle devient Sarah Baartman. Son traitement ne s'arrange pas à Paris où elle arrive en septembre 1814, après avoir l'épuisement de la curiosité des britanniques. De nouveau exposée comme phénomène de foire, elle suscite très vite, au bout de quatre mois, l'intérêt des scientifiques parisiens. En tête, Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844), administrateur du Museum d'histoire naturelle. Il s'adresse à la police de Paris pour « profiter de la circonstance (offerte) par la présence à Paris d'une femme Bochimane pour donner avec plus de précision qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour, les caractères distinctifs de cette race curieuse. » Spécialiste de tératologie, c'est à dire l'étude des monstres, Geoffroy Saint-Hilaire, publie un rapport, le 1er avril 1815, dans lequel il note, au sujet de la tête de Sarah Baartman "un commencement de museau encore plus
Un vaudeville sur la Venus Hottentote en 1814 ©Gallica
considérable que celui de l'orang-outang rouge qui habite les plus
grandes îles de l'océan indien » et «La prodigieuse taille de ses fesses » lui
inspire une comparaison avec les femelles des singes maimon et mandrill
à l'occasion de leur menstruation... La jeune femme est exposée nue
dans le Jardin botanique devant des peintres qui dessinent son
portrait.
Néanmoins, c'est Georges Cuvier qui montre l'intérêt le plus durable pour Sarah Baartman. Comme Geoffroy Saint-Hilaire, il note une réelle proximité avec le singe. Mais il va plus loin.Visiblement très attentif au destin de son spécimen, il est prévenu de sa mort, le 29 décembre 1815, avant même les services de l'Etat civil. Et il fait ainsi remettre son corps au laboratoire d'anatomie du Muséum afin qu'il « y puisse devenir asile aux progrès des connaissances humaines. » Sans s'intéresser aux causes du décès, Georges Cuvier entreprend de disséquer son cadavre. Il viole ainsi une ordon- nance impériale qui n'autorise de telles opérations qu'à la faculté de médecine ou à l'hôpital de la Pitié. Georges Cuvier réalise un moulage complet du corps de Sarah Baartman avant d'en extraire le squelette, les organes génitaux et le cerveau, organes conservés dans du formol. Dans sa communication à l'Académie de médecine en 1817, on peut lire::« Les races à crâne déprimé et comprimé sont condamnées à une éternelle infériorité. » Le moulage de plâtre et le squelette de Sarah Baartmanseront exposés au Musée de l'Homme jusqu'en... 1974, soit pendant plus de 150 ans.
Le squelette et le moulage du corps de Sarah Baartman ©Radio France
Le moulage est ensuite stocké dans les réserves d'où il ne sort qu'en 1994 à l'occasion de la présentation d'une exposition sur la sculpture ethnographique au XIXème siècle, de la Vénus hottentote à la Tehura de Gauguin, d'abord au Musée d'Orsay, puis en Arles, comme l'explique le rapport de 2002 de l'Assemblée Nationale qui poursuit: "Quant aux « bocaux », tenus pour disparus des réserves du Musée de l'Homme au cours des années 1980, ils ont été semble-t-il très récemment retrouvés puisqu'ils figurent désormais dans l'inventaire officiel de ce musée, ainsi que l'a confirmé le ministre de la recherche au cours des débats au Sénat... Depuis 1994, l'accès aux restes de Saartjie Baartman, qui font partie des collections du laboratoire d'anthropologie biologique du Muséum national d'histoire naturelle, est limité au personnes autorisées par le directeur général sur recommandation de l'ambassade d'Afrique du Sud." Le 6 mars 2002, une loi spéciale est votée pour permettre le retour des restes de Sarah Baartman en Afrrique du Sud.
Les obsèques de Sarah Baartman le 9 août 2002 ©Radio France
Le rapport de l'Assemblée nationale notait:"Saartjie Baartman a vécu une vie indigne et sa mort fut indécente. Il est plus que temps de rendre sa dépouille à son peuple afin qu'elle repose enfin en paix sur la terre de ses ancêtres".
Le transfert est réalisé en mai 2002. Devant 10 000 personnes rassemblées sur les rives du fleuve Gamtoss, le 9 août 2002, jour de la fête de la femme, la cérémonie des obsèques est retransmise en direct par la chaîne nationale.
Ainsi, près de deux siècles après sa mort, l'histoire de Sarah Baartman s'achève enfin dans la dignité. L'année 2002, marquée par ce geste envers l'Afrique du Sud, aurait pu être aussi celle d'une mise à jour de notre mémoire collective. Est-il justifiable, aujourd'hui, de conserver une rue Cuvier, ainsi baptisée en 1838, 6 ans après la mort de Georges Cuvier, par décret royal, et même une rue Geoffroy-Saint-Hilaire? Ces deux rues bordent le Jardin des plantes avec la rue Buffon et le quai Saint-Bernard. N'existe-t-il pas d'autres scientifiques, naturalistes, biologistes et ethnologues auxquels l'hommage offrirait moins de prises à un racisme encore loin d'avoir disparu?
Abdellatif Kechiche C. Parent © RF
Le film d'Abdellatif Kechiche rouvre la plaie de la mémoire de positions et d'actes de scientifiques français qui sont devenus intolérables. En conserver des traces visibles dans les rues de Paris ne peut que brouiller le message de la science d'aujourd'hui.
Michel Alberganti
Vos commentaires et avis sur cette question
sont, bien entendu, hautement souhaités.

La rue Cuvier à Paris
Audio:
Extrait de l'émission - "La Fabrique de l'Histoire"
Table ronde fiction du 05/11/10
Extrait de l'émission "Le masque et la plume" du 31 octobre 2010
*
Vidéo:
Bande annonce du film Vénus noire:
Venus noire: Extrait n°1
Vénus noire: Extrait n°2
Vénus noire: Extrait n°3
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Documents:
Rapport à l'Assemblée nationale française exposant les détails de l'affaire Saartjie Baartman.
Loi
n° 2002-323 du 6 mars 2002 relative à la restitution par la France de
la dépouille mortelle de Saartjie Baartman à l’Afrique du Sud
Thème(s): Sciences| Civilisation| Ethnologie| Découverte| Idéologie| Morale| Abdellatif Kéchiche| Georges Cuvier| racisme| rue Cuvier| Vénus noire




78 commentaires
a ce moment le débat est tout autre. il s'agit de savoir s'il existerait une personne plus "importante ou prépondérante" que cuvier justifiant le retrait de cuvier comme nom de rue. probablement... cependant ce film et les idées de cuvier ne me semble par être le critère adéquat, autrement, d autres tetes tomberaient me semble t il.
il faudrait alors commencé par la rue dans laquelle je vis : elle porte le nom du notaire qui possédait le quartier ou je vivais. peu glamour. le combat doit alors commencé bien plus "bas" que cuvier. de plus je ne connais pas la mentalité de cet illustre anonyme de notaire. pour peu qu'il ne fut non vertueux, il aurait bien du souci à ce faire.
De mon modeste point de vue, corroboré par les nombreuses débaptisations de rues, et même de villes comme en Russie ou en Inde, la cartographie urbaine n'est pas neutre. Elle n'appartient pas au passé mais bien au présent. Et elle doit vivre au rythme de l'évolution des idées.
De ce point de vue, il apparaît que la liste des noms des rues de Paris, entre autres villes, révèle le rapport complexe que nous entretenons avec notre histoire, une certaine idée de notre gloire passée (les noms de victoires napoléoniennes, des maréchaux de l'Empire...), mais aussi de nos savants illustres. Je pense que ce "récit" urbain doit évoluer au fil du temps. On peut, par exemple, regretter qu'il n'existe pas de rue Théodore Monod à Paris. Mais il n'était pas un administrateur du Muséum... comme Cuvier ou Geoffroy de Saint Hilaire.
Pour répondre au cas du notaire qui a donné son nom à votre rue, comment réagiriez-vous si un film ou un livre révélait des actes regrettables de ce personnage? En dehors du message aux visiteurs de Paris, le nom des rues marque également leurs habitants qui l'utilisent pour leur courrier. Ainsi, la ville de Paris a trouvé une solution élégante pour rendre hommage au préfet Eugène Poubelle en lui donnant le nom d'une rue dans le XVIème arrondissement mais dans laquelle, semble-t-il, personne n'habite...
M.A.
J'avoue être assez d'accord avec le rejet d'une moralité absolue en terme de choix pour la nomination de rue.
cela correspondrait à juger une manière de penser avec nos critères deux cents ans plus tard. une rue Lepen n existera a priori pas (vitrolles exceptée peut etre ;-)) ni une rue Hitler. si le racisme pose problème en terme de moralité, de nombreuses personnes, "gloires" passées, présentent aussi d'autres défauts tout aussi importants voir plus. le racisme n est pas le seul prisme au travers duquel l opportunité du nom d'une rue doit etre analysé alors. cela pourrait paraitre une quete perpétuelle : jauger chaque personnalité non pour ce qu'elle a fait mais pour son adéquation avec une moralité d'actualité serait dangereux... peu de personnes correspondrait. montesquieu, rousseau, voltaire, napoleon ... et la totalité des penseurs grecs dont le rejet de l autre conduisait à l inférioriser (barbares).on pourrait en citer des milliers (mitterrand, celine, césar, jules ferry...).
par exemple darxin dont vous semblez réprouver la courte rue :
"Dans un avenir, pas très lointain en comptant par siècles, les races civilisées de l'homme vont sans doute exterminer et prendre la place des races sauvages à travers le monde. Dans un même temps, les singes anthropomorphes seront sûrement exterminés. La séparation entre l'homme et ses alliés les plus proches s'intensifiera car elle touchera, je l'espère, l'homme dans son état plus civilisé, le Caucasien et certains singes aussi inférieurs que le babouin, au lieu comme c'est le cas aujourd'hui entre le nègre, ou l'Australien et le gorille."
Charles Darwin, The Descent of Man, 2ème éd., New York: A.L. Burt Co., 1874, p. 178.
une rue ne consacre pas la sainteté d'une personne mais bien ses aspects les plus importants. ce cuvier semble avoir contribué à certaines avancées scientifiques qui ne pourront lui être retiré. l histoire, et les personnes qui la compose, est faite de périodes fastes et sombres qu'il convient de toutes mémoriser.
@MREB
Vos remarques sont judicieuses. Je note, toutefois, qu'il n'est pas possible de mémoriser toutes les périodes et tous ceux qui les ont marquées. Le nombre de rues n'est pas illimité. C'est justement ce qui donne à leur nom de baptême un caractère sélectif. Ce choix ne peut être considéré comme celui du passé. Nous avons, en effet, la possibilité de modifier le nom des rues, et cela se produit assez souvent, dans toutes les villes. Ainsi, la conservation d'un nom impose d'être justifiée, non pas en se référant aux valeurs d'hier, mais vis à vis des valeurs d'aujourd'hui.
C'est ce qui rend le débat sur le nom des rues assez passionnant. S'y ajoute une autre considération, également liée au passage du temps: conserver un nom de rue revient à considérer que personne ne saurait remplacer celui qui est ainsi honoré. Est-ce le cas avec Cuvier? N'a-t-il point eu de successeur digne de cette disctinction?
M.A.
moi je dit qu'il ne faut en aucun cas débaptisé les rues qui portent le nom des ces hommes,car ces noms font parties de l'histoire de cette femme, en passant cette histoire nous montre la total ignorance de ces hommes soi-disant intellectuel, moi je dit seul les faibles d'esprits doivent rester dans l'histoire afin qu'on se souvienne d'eux, de leurs ignorances et qu'on s'abtienne de faire comme eux.
"Le film d'Abdellatif Kechiche rouvre la plaie de la mémoire de positions et d'actes de scientifiques français qui sont devenus intolérables. En conserver des traces visibles dans les rues de Paris ne peut que brouiller le message de la science d'aujourd'hui."
Je trouve ce débat très pertinent dans la mesure où à l'heure où nous nous interrogeons nous permettons aux générations futures de se responsabiliser, de pouvoir remettre en question chaque idées etc.
Peut être verrons nous un jour cette rue ou ces rues disparaître ? poser le débat me semble riche. Merci pour ces débats ces problématiques cette liberté d'expression est riche dans ce pays...
Je sors encore plus grandie à la vue de ce film et croyez moi plus que jamais respectueuse de mon être car celles et ceux qui ont marqué l'histoire nous permettent de nous responsabiliser aujourd'hui de ce dire que faisons nous à présent de notre héritage culturel etc. Merci bien à vous, Leïla.
Au passage vous oubliez Broca qui si mes souvenirs sont exacts récupéra le cerveau, je ne fais que citer très indirectement Stephen Jay Gould qui narrait dans un de ses essais la triste histoire de la Vénus Hottentote il y plus de vingt ans.
Le crime de Broca n'est pas moins grave que celui de Cuvier dans la mesure ou ce pionnier de la neurologie cultivait l'idée délirante mais communément admise à l'époque de l'infériorité intellectuelle de la femme pour cause de capacité cérébrale moindre ...
Faut-il débaptiser la Rue Broca ?
Trêve de plaisanterie, le fait d'être un scientifique n'a jamais protégé des préjugés du temps ou encore un gage de supériorité morale.
Maintenant si vous estimez que le politiquement correct est un moyen efficace de lutter contre l'instrumentalisation de la science par le racisme je crains que vous ne perdiez votre temps.
Merci pour votre message et pour cette information que j'ignorais au sujet de Broca. En lisant les commentaires ci dessous et mes réponses, vous constaterez qu'il ne s'agit, en aucun cas, d'instruire un quelconque procès avec deux siècles de retard. Bien entendu, les scientifiques ne sont pas à l'abri des préjugés de leur temps. Même si l'on aurait pu attendre d'eux, à l'époque, comme aujourd'hui d'ailleurs, qu'ils y résistent mieux que la moyenne de la population en raison de l'instruction et de la culture qu'ils ont reçues. N'oublions pas qu'en 1814, lorsque la Vénus hottentote arrive à Paris, la révolution française et la déclaration des Droits de l'homme appartiennent déjà au passé. Concernant l'esclavage, il avait été dénoncé dans l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert dès 1766, la Convention l'avait aboli en 1794 et Napoléon l'avait rétabli en 1802 avant qu'il ne soit à nouveau aboli en 1848. L'histoire de la Vénus hottentote se situe donc au cœur d'une période de vifs débats sur l'esclavage en France mais aussi en Angleterre (1807, 1833...) et aux États-Unis (1807, 1820, 1863). Rappelons le procès intenté en Angleterre contre son "propriétaire".
Quant au "politiquement correct", je ne pense pas que les interrogations d'aujourd'hui sur le racisme puissent être ainsi qualifiée. Du moins, je l'espère...
quelle absurdité ! et pendant ce temps-là, il y a à Montreuil une avenue ou une rue Robespierre !!!
En effet, il existe une station de métro et une rue Robespierre à Montreuil. On trouve également une rue Robespierre à Ivry-sur-Seine, à Bobigny, à Bagnolet, à Arras, à Brest, à Givors, à Saint-Etienne, à Talence, à Unieux, à Chaumont... Mais pas à Paris. Certains se battent pour qu'une rue honore le révolutionnaire controversé dans la capitale.
Au fond, que trouvez vous absurde? Qu'il existe des rues Robespierre? Ou que l'on s'interroge sur la rue Cuvier? Votre remarque démontre que la question relève d'un choix politique d'aujourd'hui et non du respect d'une trace historique indélébile.
Je n'ai pas eu le courage de lire tous les commentaires, dont certains sont pénibles (et dont l'âpreté c'est vrai est surprenante), mais seulement un échantillon. Pour ma part je veux juste dire que j'allais souvent au Musée de l'Homme quand j'étais enfant, et me souviens bien d'avoir vu cette Vénus, sans du tout connaître son histoire ; je pensais alors qu'il s'agissait d'un "cas" individuel, il n'y avait je crois aucune explication de sa présence dans cette vitrine. Je me souviens aussi d'un vieux sketch que personne n'a évoqué dans la presse, des duettistes Avron et Evrard, qui parlait de la Vénus Hottentote de manière finalement plutôt sympathique comme d'une belle personne séduisante qui faisait fantasmer l'un des deux orateurs. Tout cela pour dire que ce film est plus que bienvenu pour raconter au grand public la véritable histoire de Sarah, et qu'on peut parfaitement remettre en cause le nom de certaines rues pour laisser la place à des personnes plus récentes qui le méritent.
Merci pour votre commentaire qui contribue à rééquilibrer la teneur de certains autres.Votre témoignage est très intéressant et instructif sur la façon de présenter la Vénus hottentote au Musée de l'Homme.
Vouer aux gémonies des gloires du passé parce qu'ils ne correspondent pas aux schémas du présent ? Eh bien, on n'a pas fini de débaptiser les noms de rues dans ce pays. De toute façon attribuer à des lieux des noms d'individus relève la plupart du temps de préoccupations politiques. On pourrait aussi bien se passer de cette tradition et on ne s'attarderait plus à ces discussions ridicules.
Sinon, qu'il y a quelques siècles, l'idée d'Homme avec un grand H, ne soit pas la même qu'aujourd'hui et qu'elle ait fait l'objet d'étude et de réflexions, est-ce vraiment étonnant ? Aujourd'hui après tout, on refuse à beaucoup d'êtres la puissance de conscience et de souffrance, parce qu'ils ne sont pas faits comme nous, et on a inventé pour certains un enfer concentrationnaire à seule fin de finir en morceaux emballés dans du plastique. Qu'en pensera-t-on dans 100 ans, quand la science nous aura appris bien des choses de coté, du moins peut-on l'espérer ?
Et pour terminer, le métier d'un cinéaste, c'est de toucher d'une manière ou d'une autre le spectateur. Pour ce, les règles et astuces à suivre pour guider l'esprit du spectateur ne sont pas bien compliquées, alors un peu de recul svp. Le cinéma est bien incapable de récréer un monde, il ne fait que parler du présent, de ses préoccupations , de ses fantasmes et autres, qu'il évoque le passé ou le futur
Sur ce, je vais revoir "La strada". Qui vais-je vouer aux gémonies après l'avoir vu ?
Merci pour votre commentaire plus mesuré que d'autres...
Tout le débat sur cette question se concentre sur le court-circuit temporel que provoque le nom d'une rue attribué à un "gloire du passé". Comme vous le savez, le voyage dans le temps est et restera durablement impossible. Lorsqu'on passe par la rue Cuvier, on ne se transporte donc pas en 1838. Devons-nous considérez que le maintien dans notre présent d'une rue baptisée il y a près de deux siècles n'est pas porteur d'un sens politique mais seulement d'une justification historique? Pour le passant, trancher est délicat. La plaque de la rue Cuvier se limite au nom propre, aux dates de naissance et de mort et de la mention "naturaliste". C'est un peu court.
Un ami me suggère une solution technologique. A l'aide d'une puce RFID intégré à la plaque ou à une simple localisation par GPS, il serait possible de recevoir à loisir des informations sur l'histoire associée au nom d'une rue. Un tel procédé permettrait au passant de satisfaire sa curiosité et lui permettrait d'établir son propre jugement. Mais il ne résout pas la question du choix d'honorer ou pas la mémoire de telle ou telle "gloire du passé". .
L'argument du changement régulier du nom des rues en fonction des idées politiques, de l'éthique et de la morale du présent, que vous évoquez aussi, peut être contesté. Le coût d'un changement de nom est moins important aujourd'hui grâce au numérique qui évite d'actualiser des cartes imprimées.
La France est riche de son histoire, plus longue que celle des États-Unis qui ont opté pour une numérotation des rues. Cette richesse n'impose pas de conserver éternellement les noms de certaines personnes, au détriment d'autres, forcément.
Quant au cinéma, tout ce vous dites me paraît très juste. Ce n'est pas le film et sa subjectivité qu'il faut prendre en compte, mais l'histoire auquel il renvoie. Récemment, les anciens combattants des colonies françaises encore vivants aujourd'hui ont bénéficié de la prise de conscience déclenchée par un film de fiction.
Bonsoir
Votre article et les discussions associées sur Cuvier masque une des grandes "ambiguïtés" de la science lorsqu'elle s'occupe de l'humain. La science considère des objets et transforme l'être humain en objet lorsqu'elle s'y intéresse, le chosifie. Il n'y a pas si longtemps, des patients étaient exhibés sans considération dans des amphithéâtre de faculté de médecine. Je suis un scientifique, biochimiste, et l'expression "matériel humain" est très couramment employée en recherche. Aujourd'hui d'ailleurs, les échantillons de plasma ou d'organes sont affublés d'une étiquette signalant un danger biologique de haut niveau en raison de la présence possible de pathogènes, connus ou inconnus et je me suis souvent interrogé sur le regard que nous portions sur l'humain, animal le plus dangereux de la création dans un laboratoire, comme si nous ne faisions pas partie de la communauté humaine. Heureusement, les législateurs ont considérablement encadré l'utilisation de l'humain (obligation comité d'éthique, anonymat strict, ...) car je connais beaucoup de chercheurs que rien n'arrêterait pour avoir le plaisir de publier ou de parader dans des congrès, certains très connus !
Bravo pour votre émission
La rue Lamarck est ds le 18e et non pas auprès du muséum
à mon avis, ce n'est pas anodin!
Michel, vous dites : " La rue Cuvier, par exemple, existe depuis 1838. Depuis cette date, d'autres scientifiques ont marqué la recherche en biologie. Devrons-nous conserver éternellement la même référence au même passé?"
Je ne crois pas que ce soit la question....Ce ne sont pas vraiment ses travaux qui sont en cause.
Les "grands hommes" sont honorés pour ce qu'ils ont fait de positif, pour ce qu'ils ont fait "avancer" dans leur domaine, quels qu'aient été leurs idées par ailleurs...idées que nous ne connaissons d'ailleurs pas.
On dit que Pasteur était très dur, il aurait été qualifié aujourd'hui de "réac"....pour peu qu'un film sorte sur sa vie, devront nous débaptiser les rues et les lycées Pasteur ?
qui veut faire l'ange fait la bète. L'homme parfait, qui aurait vécu en son temps et pensé dans le notre, n'existe pas....
Les hommes que nous considéront comme exemplaires aujourd'hui, seront peut être voués aux gémonies demain. Les idées ont leurs modes, comme la longueur des jupes.
Anonyme, vous résumez bien le problème.
Quelques remarques toutefois:
- Je pense que les "grands hommes" sont honorés pour leurs travaux et, en effet, pour ce qu'il sont fait de positif pour "avancer" dans leur domaine.
- Nous connaissons parfaitement leurs idées grâce à leurs écrits.
- Nous connaissons aussi leurs actes, grâce à l'histoire.
- Il ne s'agit pas de chercher "l'homme parfait". Toute la difficulté réside dans la limite acceptable de l'imperfection...Et cette limite ne peut être figée dans le temps. C'est tout le problème.
- Que les hommes considérés comme exemplaires aujourd'hui soient voués aux gémonies demain ne me choque pas du tout. En espérant, mais c'est bien sûr un souhait personnel, que cela ne se traduise pas, un jour, par l'apparition d'un boulevard du Maréchal Pétain, héros de la guerre 14-18...
- Raisonnons, en effet, un instant à l'envers. Pourquoi Pétain, Robespierre (la station de métro qui porte son nom est à Montreuil), Louis XiV (une place Louis XIV existe à Saint-Jean de Luz) ou Céline (une rue à son existe à Clamart alors qu'il est enterré à Meudon), ne sont pas honorés à Paris?
- Le débat sur les noms affichés dans les rues est loin d'être clos. Après la débaptisation de la rue Alexis Carrel en 2002, un élu demande la même chose pour le Collège Vincent d'Indy...
Tiens, je lis que Fottorino est en train de relire l'histoire (récente) du Monde avec ses nouvelles lunettes. Vous qui avez assisté à tout ça et êtes resté au Monde, étiez-vous aveugle à l'époque ? Quand allez-vous proposer de débaptiser Le Monde ?
Pour votre information, j'ai quitté Le Monde en septembre 2008.
A propos de votre remarque, je souhaiterais que les commentaires de ce blog évitent les mises en cause personnelles. Je tiens à ce que cet espace dispose de la plus large liberté d'expression. Mais nous parlons ici d'idées, de points de vue, d'opinions. Je ne pense pas que le débat puisse utilement se nourrir d'attaques ou même de sous-entendus personnels, d'autant moins recevables qu'ils s'expriment sous le couvert d'un certain anonymat..
Ainsi, je n'ai en aucune manière la prétention d'instruire le procès de Georges Cuvier. Ce serait en effet totalement anachronique et sans le moindre intérêt. La question que j'ai soulevée dans cet article, c'est celle des idées racistes qu'il a défendues. La rue qui porte toujours son nom pourrait laisser entendre que nous n'avons pas rompu, au moins officiellement, avec de telles idées. Les noms de rue, de monument ou d'édifice, sont des coups de projecteurs laconiques qui parsèment l'espace public. Ils ne donnent pas de précisions sur les différentes facettes du personnage ainsi honoré. Souvent, même, il manque les dates permettant de le situer dans l'histoire. Lorsque certains actes sont révélés, comme le fait le film Vénus noire, il me semble possible, voire souhaitable, de s'interroger. C'est ce que j'ai tenté de faire. Tout en étant conscient des difficultés que cela pose. En particulier, comme beaucoup l'ont souligné, celle de la limite d'une telle remise en cause pouvant aller jusqu'à concerner aussi bien Voltaire que Pasteur.
Ceci dit, je suis extrêmement surpris par la passion que cette interrogation soulève. Et je m'interroge, maintenant, sur les causes d'une telle passion.
Suivant la même logique retirons tous les Westerns racistes et génocidaires envers les Amérindiens!!!
Le partie la plus comique du papier est en fait celle-ci :
“En conserver des traces visibles dans les rues de Paris ne peut que brouiller le message de la science d’aujourd’hui.”
La science, malheureux, est une salope qui n’a d’autre message que ” (ap)prenez moi !”. Et en confondant ainsi morale et science vous vous placez dès lors dans une posture délicate pour critiquer ces hommes passés qui ont voulu établir un ordre civil sur des conclusions anatomiques.
Je veux qu'on débaptise France Culture :
d'aboird France, ça fait patriotique, nationaliste, fier de soi
ensuite france et culture ensemble, comme s'il n'y avait de culture qu'en france, ou comme si on ne parlait que de culture française, ou qu'aux Français, etc, etc
et puis qu'es-ce que la culture ? une vue de l'esprit suffisant de ceux qui préytendent en avoir ?
donc plus de france culture, plus de France non plus d'ailleurs, et plus de culture, et plus de noms de rues, des numéros et des lettres, et la même chose aussi pour ous les livres : des pages toutes blanches à l'intérieur, on sera sûr que rien de condamnable ou d'offensant n'y est écrit.
On poura toujours appeler ce pays et cette radio Bof-Bof, ou Ni-Oui-Ni-NON
arrivederci
fferrferr
Cuvier raisonnait et agissait avec les idées de son temps, comme tout le monde le fait, et comme nous l'aurions fait si nous avions vécu à cette époque.
Ces idées ont évolué et ne sont plus en accord avec les notres, mais alors, c'est toute l'époque de Cuvier qui est à rejeter, et à fortiori, toutes les époques antérieures.....
Devrons nous débaptiser toutes nos rues ?
Quelles sont les noms de l'époque moderne que nos descendants devront reconsidérer ? le centre Pompidou, Mittérand avec la guerre d'Algérie ?
Les deux thèses s'affrontent comme vous pouvez le constater dans les commentaires sur cette page. Avec une très nette majorité en faveur du maintien du nom des rues en l'état. L'argument principal en faveur de cette position est celui que vous mentionnez.
L'intérêt d'un tel débat, dont il était difficile de prévoir qu'il déchaînerait autant de passion, est de nous interroger sur la façon de concilier le passé et le présent. Le nom des rues provoque un raccourci temporel. La rue Cuvier, par exemple, existe depuis 1838. Depuis cette date, d'autres scientifiques ont marqué la recherche en biologie. Devrons-nous conserver éternellement la même référence au même passé? C'est une véritable question et une réponse n'est pas simple, j'en conviens tout à fait. Il reste que certaines rues, comme celles d'Alexis Carrel, sont débaptisées (en 2002 à Paris et Lyon).
En réalité, et c'est peut-être l'une des raisons de la passion des réactions, le nom des rues exprime beaucoup de choses sur notre relation avec notre passé et sur notre nationalisme. Ainsi, la rue Lamarck, fondateur de la biologie fort maltraité par... un certain Cuvier, ne se situe pas à proximité du Muséum mais à l'autre bout de Paris, près du Sacré Cœur. Mais il s'agit de l'une des plus longues du 18ème arrondissement (1,5 km). Tout près d'elle, se trouve la rue Darwin qui ne mesure qu'une centaine de mètres...
bonjour( quoi que certains ne méritent pas de salut(chercher le sens qui vous convient...)
Diantre! c'est typiquement français ce genre de commentaires, qu'attendre d'autre de personnes qui ne se sont jamais senti concerné par les ressortissants de leurs anciennes colonnies (encore moins de leur souffrances,.. quant au reste n'en parlons pas!),qui hors du camembert,de la baguette, du bon litron bien gouleyant de crétinerie, de leur pif en couleur fraise ,de leur phobie de l'eau,y a pas que dans les cités que cela cocotte!Dans le métro, ou les bus le matin.....
c'est pas du G....... ?HEIN !Si t'aimes pas la France, barres-toi!c'est beau,ca te donnes tout de suite une idée du gouffre qu'il y a entre les"francés et les zautres qui le sont tout autant!
comment nommer vous,les espagnols,les italiens, les chinois (du reste avec eux vous l'aurez dans l'os),les noirs,les tamouls,les maghrébins,etc,etc.
donc certains commentaires ne devraient pas vous surprendre même s'il revêtent le costume de"l'Histoire;c'est typiquement franchouillard!c'est sens interdit, MOI MOSSIEU JCHUI FRANCAIS JEU PASSE OUJVEUX?JDI CEUKEJEVEU?JE PAYE MES IMPOTS MOI !!Cuvier et les autres que nib,ce sont des SAINTS§ Nom de Dieu!Tabarnac! niaiseux que vous autres!
Vu de Toronto cette histoire de debatiser la rue Cuvier me semble assez navrante. Le Canada regorge de noms de villes et de rues qui pourraient faire l'objet de tels debats ( par exemple la ville de Moncton, au coeur de lAcadie; de nombreuses rues portant le noms de "heros" francais ou anglais qui sont entres dans l'histoire pour avoir occis nombre d'autochtones). A quoi bon changer le nom des rues? Cela ne change pas l'histoire.
Est-on trop passifs, desabuses, ou tout simplement realistes? Pourquoi ne pas denoncer les conditions actuelles? De toutes facons les absents ont touours tort. Cuvier, Lavoisier, des geants! Ceux qui denoncent sont -ils sans reproches? Comme le disait ce grand ecrivain français paraphrasant un proverbe arabe.. "Les chiens aboient, la caravane passe "
C'est drôle cette image du grand méchant Cuvier avec "sa part d'ombre". Bouh, ça fait peur toute cette ombre sur le type qui a si bien fait carrière entouré des mauxdits - le mal est dit - un peu ratés mais tellement plus romantiques ! Et puis cette phrase: "Il propose une classification du règne animal en quatre parties: l'ordre, la famille, le genre et l'espèce". Mais il ne s'agit pas de "parties" mon bon monsieur, ces regroupements sont hiérarchisés... Et personne pour prétendre que la vénus hottentote formait une espèce. Pour les naturalistes du XVIII/XIXe s., un espèce désigne un groupe d'individus dont la lignée est féconde (ce en quoi les mulets ne forment pas une espèce à la différence des chiens malgré les dissemblances morphologiques des seconds). Daudin, c'est vieux et c'est long mais c'est bon; Foucault aussi a écrit de très belles choses sur Cuvier mais le grand Foufou c'est bien quand ça aide à faire sortir des larmes de déploration; mais quand il fait raisonner - le mot est vieillot, c'est vrai mon bon monsieur - Foufou devient compliqué et très vite désagréable... Alors va pour les idées simples et les anachronismes... Comme disent les cools, l'Histoire on s'en tape, vive la mémoire, surtout mémé outragée !
Je n'ai pas eu le temps de tout lire mais je crois que les naturalistes à toutes les époques où la recherche n'était pas développée comme aujourd'hui se sont prêtés à ce genre de choses (profanations, théories farfelues). Je n'ai trouvé rien de scandaleux POUR L'EPOQUE dans cet article. C'est un tapage qui n'a aucun sens. Michelange a violé des sépultures pour disséquer des cadavres, je crois qu'il est normal qu'on ait quand-même des rues portant son nom. Si on creuse comme ça les actes des hommes célèbres du passé, on les condamneraient tous de Platon à l'abbé Pierre.
Quelle bonne discussion!
Alors, raciste ou pas, le père Cuvier, ou les Bantous?
Et la science? Peut être peut on penser que la spécificité de la science, c'est d'effacer le sujet, et donc d'utiliser des catégories comme "races" ou "prédisposition". Et puis conclure qu'il est possible de repérer les enfants de 3 ans qui seront délinquants. C'est pas pareil, dites vous? Ah, vous croyez?
Et pourquoi le nom de Lamarck n'apparaît pas dans la discussion? Y'a pourtant une rue Lamarck à Paris, non?
Et son débat avec Cuvier c'est rigolo, et ça peut aussi donner des idées pour les débats actuels, pas vrai?
Caille rôtie
On voit qu'il y a encore du boulot quand on parle de ces sujets,
le travail des journalistes scientifiques dignes de ce nom et vous en faites partie est primordiale ... Je suis étonnée des vives réactions des blogueurs.. Je pense et le soutiens encore Cher Monsieur Alberganti faites une émission sur ce sujet , "l'homme, la science et ses dérives .."ou un titre moins percutant où vous inviteriez des historiens des sciences entre autres .. Il faut dépassionner le débat mais grâce à vous et à ce film il existe : la réaction des gens à la sortie du film est : "c'est dur , oui la réalité est insupportable '"
Je pense que Cuvier qui était une personne qui aimait les honneurs serait ravi d'être le sujet d'une polémique aujourd'hui !
L'histoire a ses revers !!
Puisque vous m'avez répondu sous fome de points, je vais faire de même.
Vous niez l'idée de "culpabilisation a posteriori". Or, si je m'en tiens aux termes de votre article, je lis " positions et actes de scientifiques français qui sont devenus intolérables". S'il ne s'agit pas d'un jugement moral pour trancher le bien du mal, je me demande de quoi il retourne.
Vous ajoutez aussi qu'il s'agit d'un questionnement contemporain. Et c'est bien dans la façon dont vous menez votre questionnement que se niche l'anachronisme puisque vous ne vous intéressez pas aux conditions historiques.
Puisqu'il est question de films, j'en mentionne un autre, "Elephant Man". Et c'est quoi, son histoire ? Un peu la même que celle de Sarah, celle d'un individu souffrant de malformations et considéré comme un monstre pour être exhibé dans des foires.
En outre, avons-nous des journaux, lettres de Cuvier démontrant que son étude de Sarah ait été faite afin de promulguer ou de donner des bases scientifiques à des théories racistes ?
Si oui, quelles sont ces sources ? Peut-on vraiment, à l'instar de Gobineau, dire que Cuvier est un théoricien du racisme ?
En revanche, il apparaît que Cuvier était un paléontologue. Est-ce qu'il ne se pourrait pas qu'il ait simplement considéré Sarah comme un objet d'étude.
Somme toute, les scientifiques ont des objets d'étude. C'est comme ça. On aime ou pas mais c'est comme ça. Il suffit pour le savoir d'aller faire un tour à l'hôpital : un patient est un patient mais aussi un sujet d'étude.
Dès lors bien malin qui peut décréter quel est le rôle ou la place de l'empathie là-dedans et, dans le cas présent, quel fut-il pour Cuvier.
Vous mentionnez que la conformité historique du film d'A. Kéchiche n'est nullement votre propos. Soit. Dans ce cas, on est en droit de se demander la raison pour laquelle vous en avez fait un point de départ, au point d'écrire : "la force des images et, en particulier, celles du cinéma" (...) "La sortie du film "Vénus noire" change tout".
C'est donc bien que c'est ce film qui a opéré comme déclencheur. Et ainsi vous ne vous êtes pas interrogé sur les raisons qui en avaient fait un déclencheur ?
Je dois avouer que je suis un peu dubitative. Je crois que lorsqu'on utilise un document (quel que soit sa nature), on le fait sciemment sinon on risque de créer des confusions et des amalgames. D'autant que des extraits du film viennent abondamment illustrer votre article.
Enfin, si, il y a dans votre article, quelque-chose qui ressort du politique. Le choix des noms de rues et ce qu'il entraîne (comme vous le dites de mémoire collective et de choix idéologiques puisque tout cela est symbolique) sont des actes politiques.
Les contester l'est donc aussi.
Décréter de façon peu étayée que la paléontologue Cuvier, découvrant la morphologie de Sarah, au moment où on s'interroge sur l'évolution de l'espèce, est un théoricien du racisme, c'est un acte politique. C'est dire que ce scientifique blanc était raciste parce qu'il a écrit cela, tout en passant sous silence la complexité de ses recherches et l'état des connaissances scientifiques de son temps.
C'est aussi passer sous silence que le XIXe siècle a été épris de taxinomie. Ce fut vrai pour Sarah mais aussi pour les pauvres, les aliénés, les voleurs etc. Et je vous assure qu'ils pouvaient être blancs !
Mais surtout, écrire un article comme le vôtre sur un blog hébergé par FC, radio de service public, c'est un geste politique.
Je ne comprends d'ailleurs pas en quoi Cuvier peut bien brouiller "le message de la science aujourd'hui" pour reprendre votre formule.
Au demeurant, je m'interroge sur la teneur de ce message. D'ailleurs, le message de la "science" ou celui de certains scientifiques ?
Monsieur,
Quant à l'interrogation a posteriori sur la qualité des actes malvenus obscènes ou indignes (chacun y trouvera son compte) d'un scientifique renommé, je vote pour.
Cependant je ne crois pas qu'il faille systématiquement gommé les traces d'un passé quand il n'est pas glorieux. Baptiser une rue du nom d'un scientifique c'est très bien. Quand ses actes indécents sont révélés publiquement même un siècle plus tard, cela ne pourrait-il pas être encore mieux?
Cher Monsieur, merci pour votre réponse.
La notion de progrès des mentalités, je n’y crois guère. Au mieux peut on identifier des changements dans les positions du front de la bêtise ? Je suis certain que vous pourriez trouver de bonnes âmes pour bien juger du comportement de Georges Cuvier dès sa propre époque voir même il y a 2000 ans. C’est un peu comme si les vivantes institutions sélectionnaient les hommes les plus aptes à les maintenir pour porter la bêtise des hommes un peu plus loin dans le tragique…
Bien à vous.
"Puisse la rue Cuvier devenir la rue Sarah Baartman !"
J'espère ne pas faire injure à la mémoire de cette femme qui semble n'avoir pas eu une vie toujours plaisante en disant que sa contribution au progrès scientifique (qui permet aujourd'hui de sauver un certain nombre d'enfants de son pays d'origine d'une mort certaine, entre autres) n'est guère comparable à celle de Cuvier.
Donner le nom de Baartman à une rue pour commémorer le souvenir de quelqu'un dont l'unique mérite est d'avoir été une victime (des préjugés de son époque, de son anatomie disons… particulière mais à laquelle elle a peu contribué, du colonialisme, si vous voulez…) est sans doute bon pour adoucir la conscience de… (de qui d'ailleurs ?), mais me paraît un peu léger.
Et si ces poussées subites de renommage doivent se suivre au rythme des sorties cinématographiques, il y a sept rues parisiennes qui pourraient prendre le nom de sept moines assassinés en Algérie.
Avez-vous une idée des noms de rues qu'ils pourraient remplacer?
Attention , on nous a fait croire avec Indigènes , que les africains avaient libéré la France . On nous a fait croire avec le navet qui glorifie le FLN ( j'ai oublie le nom) que les français étaient des sales types et les algériens des gens sympa . Ne jetez pas l'opprobre sur 2 scientifiques de renom à cause d'un film de propagande .
Les français ne supportent plus qu'on leur crache dessus et qu'on crache sur leur Histoire . Si vous voulez éviter un Sarko Lepen en 2012 , va falloir se calmer
Monsieur,
Je vous répondrai que pour ce qui est du "baptême" de rues, coursives, allées etc en accord avec les "valeurs humanistes de notre époque", nous avons pour ce faire le nouveau quartier du 12e, n'est-ce pas ? Ou encore les stades Lénine et autres cités Gagarine des banlieues rouges.
Par ailleurs, si vous n'êtes pas un tenant de la culpabilité a posteriori : tant mieux ! Je pense néanmoins que si votre but, à travers votre article, était de poser la question de la réévaluations des valeurs, vous auriez dû le faire de façon plus explicite. Mais ici, nous divergeons, pour ma part, il me semble plus fructueux de les interroger que de les réévaluer.
De même, votre choix de partir du film de Kéchiche pour mettre en lumière le rôle de Cuvier dans le destin tragique de la Vénus hottentote me semble douteux en ceci que j'ignore les a priori idéologiques de ce cinéaste et s'il a eu des conseilleurs historiques (si oui, lesquels ?) pour élaborer son scénario. A cette remarque, s'ajoute que j'ignore ce que vaut ce film au plan esthétique. Bref, je me méfie de toute production à laquelle on peut si aisément faire jouer un rôle politique.
Ceci étant, je vous remercie sincérement d'avoir accueilli nos critiques sur votre blog et d'avoir pris le temps d'y répondre.
Cordialement.
Madame,
Merci d'avoir précisé votre pensée que je respecte. Mon objectif était d'ouvrir un débat et de recueillir des réactions. Il est largement atteint. .
Quelques remarques toutefois:
1°/ Il ne s'agit pas de culpabilisation a posteriori, comme je l'explique plus bas en réaction à un autre commentaire mais d'un questionnement d'aujourd'hui qui ne prétend, en aucune manière, juger le passé hors de son contexte.
2°/ Je ne cherche pas, non plus, une réévaluation des valeurs. Pas rapport à quoi, d'ailleurs? Il s'agit plutôt d'une mise en cohérence. Je crois que nous ne vivons plus au temps de Georges Cuvier et que nous pouvons avoir un regard critique sur des décisions datant de 1838.
3°/ La question de la conformité historique du film de A. Kechiche est hors sujet pour ce qui concerne mon article. Je ne l'ai utilisé que parce qu'il jette un coup de projecteur sur cette histoire. Aucune des informations que je donne ne provient du film lui même mais d'autres sources, comme le rapport de l'Assemblée nationale de 2002.
4°/ De ce fait, les a priori idéologiques du cinéaste, que j'ignore, n'ont pas lieu d'être invoqués.
5°/ Que vous mettiez ce sujet sur le plan politique m'étonne. Existerait-il, aujourd'hui encore, un soutien des idées de Georges Cuvier sur la supériorité des blancs sur les noirs? Cela expliquerait-il la violence des réactions sur cet article?
Qu'en pensez-vous?
Cordialement
Merci, Monsieur, pour votre papier.
Mais remplacer Georges Cuvier pour un autre ? A quoi bon, si c’est pour ne rien changer d’autre ? N’importe quelle figure de la violence convient parfaitement pour le mauvais gout de l’occident. Allons, point de fausse idole, nous voilà démasqués, assumons ce passé et ce présent sans avoir la face voilée. Redressons officiellement cette froide et sinistre idole sur son pied… car l’occident n’a pas beaucoup changé !
Cher Monsieur, je suis moins pessimiste que vous, malgré la violence qui persiste. Je pense que l'Occident à changé et que ce sont justement ces progrès qui peuvent conduire à s'interroger sur l'hommage rendu en 1838 à Georges Cuvier.
Pour répondre à d'autres critiques ci-dessous, il ne s'agit pas, non plus, d'instruire un quelconque procès de ce scientifique ni de ceux qui lui rendirent hommage à sa mort. La société et la justice de son époque n'a rien trouvé à redire à ses actes. L'affaire est donc close.
Il s'agit de prendre position aujourd'hui. La même réflexion a conduit a débaptiser la rue Alexis Carrel en 2002.
Si la dissection d'un cadavre, son étude et la conservation de ses organes constituent le principal grief que vous puissiez faire à Cuvier, permettez moi de vous dire que votre proposition de débaptiser la rue qui porte son nom à Paris est nulle et non avenue.
Cette pratique était indispensable dans le domaine qui était le sien, du reste s'il le faisait aujourd'hui même ça ne choquerait pas plus que ça. Rappelez vous de ces corps humains écorchés (présumément de condamnés chinois) exposés dans des postures ridicules au sein de galeries "d'art".
Non, bien sûr, ce n'est pas la dissection et la conservation des organes qui sont en cause mais l'objectif de ces opérations, c'est à dire leur utilisation pour faire la démonstration de l'infériorité de la "race" noire. Je suis certain que vous aviez bien compris...
Votre remarque sur les écorchés exposés dans les galeries d'art, en revanche, est judicieuse. Même si, là encore, l'objectif est artistique et non raciste.
je pense qu'il faudrait demander l'avis aux historiens des sciences 18e et 19e ; ces pratiques et cette vue obtuse de l'espèce humaine était malheureusement monnaie courante,; l'histoire ne justifie rien mais il faut contextualiser Ces épisodes au lieu de les voir tels qu'ils sont, hors contexte ; on peut trouver tous les défauts à Cuvier! il est le savant fixiste, etc.. d'autres moins connus et dans l'ombre ont sans doute oeuvrer pour de mauvaises causes ; autre sujet : les cadavres volés dans les cimetières ou achetés au bourreau pour la dissection pour servir aux cours des élèves de l'école de médecine ou disséqués dans des caves, dans des lieux interdits..
ça serait drôle que l'on débaptise la rue Cuvier , on la remplacerait par la rue Lamarck ! ça ferait le bonheur de certains lamarckiens
mais de grâce ne confondons pas tout !
la science à vous lire a tous les défauts, !! mais il y a une éthique aussi qui n' était sans doute pas celle de cette époque, certes mais un grand chemin a été fait ... je l'espère !
Vous m'avez sans douter mal lu. Mon propos est une interrogation qui n'a de sens que si la science a progressé depuis cette époque. Ce que je crois car c'est une évidence. Tout le débat réside dans un choix entre l'histoire et le présent. Le nom d'une rue est-il un témoignage historique d'une époque donnée ou bien le regard que nous portons aujourd'hui sur cette histoire. Avec cet article, je pose la question car elle peut venir à l'esprit dans le cas de Cuvier.
Par ailleurs, la rue Lamarck existe déjà près du Sacré Cœur...
Commençons plutôt par débaptiser les avenues Lénine, Marx etc... qui sont légions dans nombres de villes de banlieue parisienne.
Cuvier était un génie. C'était aussi une ordure - selon les valeurs de notre époque, qui l'auraient sans doute laissé aussi perplexe que nous le sommes devant les siennes. La dichotomie est beaucoup moins rare qu'on pourrait le croire, et d'autant plus inconfortable. Pensez à Galton, Carrel ou chez les écrivains, à Céline... Il existe certainement des scientifiques de la même époque qui sont plus digestes pour nos estomacs, mais sont-ils vraiment de la même trempe que Cuvier? L'absence pour l'instant de contre-propositions parle d'elle-même.
Au delà du cas Cuvier, c'est la pente glissante qui me préoccupe. Si nous commençons à débaptiser les rues pour non-conformité idéologique ou morale, il n'y a plus de raison de s'arrêter, car pratiquement tous les grands hommes du passé ont quelque chose à se reprocher. Voltaire, par exemple, a écrit des choses assez limite - pour rester mesuré - à l'égard des Juifs; devrons-nous pour cela lui retirer son square, son boulevard, sa station de métro et sa place au Panthéon? Et sinon, pourquoi les lui conserver? Soyons plus vigilants à propos des noms de rue à venir, et laissons les autres en paix sauf dans les cas extrêmes (crimes de guerre, crimes contre l'humanité, homicide)
Merci pour votre commentaire mesuré.Je suis plutôt d'accord avec votre analyse.
Il faut tout de même noter que la rue Alexis Carrel, théoricien de l'eugénisme conseiller de Pétain, a été débaptisée par Bertrand Delanoë en faveur du résistant Jean Pierre-Bloch à Paris en 2002 et au profit de Berty Albrecht, héroïne de la Résistance, à Lyon en 2006.
En 2002 également, la rue Richepance, (Antoire Richepance (1770-1802), général de Napoléon esclavagiste) est rebaptisée "rue du Chevalier de Saint George", du nom du musicien guadeloupéen (1745 – 1799) également appelé le « Mozart noir » ou le « Voltaire de la musique.
Un article intéressant de "20 minutes" que le casse-tête du nom des rues de Paris
Je pense qu'il ne faut pas débaptiser des rues ou empêcher le baptême d'autre dans la mesure où on ne s'en sortirai jamais. Il faut juste "faire" de l'histoire, donc selon moi chercher, expliquer et comparer (entre autre).
Chacun se fera ainsi son avis en toute connaissance des faits.
Je reconnais toutefois que ces arguments contiennent leurs limites car nous n'accepterions pas un rue Adolphe Hitler.
Il faut évidement laisser son nom à la rue Cuvier, et faire la critique de l'histoire de Saartjie Baartman.
A quel point l'auteur est contaminé par cette moraline putride, puiqu'il se révèle complètement imperméable à la raison, et conforte les préjugés les plus tenaces sur l'inculture générale des journalistes, c'en est un bonheur.
Continuez à pisser aux pieds des géants, après tout, vous êtes drôle.
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