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R2, le premier robot humanoïde dans l'espace, va-t-il décoller? 4

Le Robonaut 2©NASA

Pas de chance pour Robonaut 2, alias R2 sans doute en référence au R2D2 de Star Wars. Le premier robot humanoïde conçu pour aider les astronautes dans l'espace reste, pour l'instant, cloué au sol. Des reports à répétition retardent en effet le lancement de la navette Discovery qui doit l'emporter jusqu'à la station spatiale internationale, l'ISS.

Une navette en fin de carrière

Le 39ème et dernier vol de Discovery devait avoir lieu le 1er novembre pour une mission de 12 jours qui doit lui permettre d'effectuer un aller-retour jusqu'à l'ISS.

Discovery à l'atterrissage ©NASA

A son bord, 6 membres d'équipage, dont une femme, et... le robot R2. Après trois reports liés à des incidents mineurs, la quatrième tentative a été annulée en raison des conditions météo. Vendredi 5 novembre, c'est une fuite d'hydrogène qui a conduit la Nasa à reporter une nouvelle fois le vol. De plus, une craquelure de 15 cm a été détectée dans la mousse isolante du réservoir externe. Il faudra attendre la nouvelle fenêtre de lancement, entre le 30 novembre et le 5 décembre.

Le futur vaisseau spatial Orion ©Radio France

Ces incidents doivent conforter la Nasa dans sa décision d'abandonner de la navette spatiale. Le dernier vol, celui d'Endeavour, est prévu pour le 27 février 2011, soit 30 ans après le  lancement de Columbia en 1981. L'histoire des 6 navettes spatiales américaines a été marquée par les explosions en vol de Challenger en 1986 et de Columbia en 2003. C'est surtout leur coût, très supérieur aux prévisions, qui a conduit à la décision de mettre un terme à leur carrière. Vers 2015, le nouveau vaisseau spatial Orion devrait prendre le relai pour assurer les liaisons avec l'ISS et acheminer des hommes vers la Lune.

Un rover sur Mars - Vue d'artiste ©NASA

Des robots très performants

L'envol de la navette Discovery vers l'ISS avec, à son bord, le Robonaut 2 constituera un événement marquant. En effet, sur Terre, la bataille fait rage entre les partisans de l'exploration spatiale humaine, satisfaisant les instincts de conquête de l'homme, et ceux qui considèrent que, dans l'espace, les machines telles que les robots sont bien mieux adaptées à l'environnement hostile du cosmos. Et qu'elles peuvent réaliser l'essentiel des tâches d'exploration des programmes spatiaux. Ainsi, sur Mars, les rovers Spirit et Opportunity qui s'y sont posés en janvier 2004 ont largement

Une météorite photographiée par Opportunity sur Mars ©Nasa

dépassé les objectifs fixés par la Nasa. Fabriqués par le Jet Propulsion Laboratory (JPL); ils devaient parcourir 600 mètres et rester opérationnels pendant 90 jours martiens. En fait, Spirit a franchi 7,7 km avant de rester pratiquement immobile depuis avril 2009 en raison du sol sur lequel il se trouve et de la panne de ses roues gauche. De plus, il semble avoir du mal à survivre aux rudes hivers martiens ce qui l'a conduit à cesser d'émettre vers la Terre le 22 mars 2010. Néanmoins,.fin octobre, grâce aux analyses transmises auparavant sur le sol dans lequel il se trouve piégé, les chercheurs ont pu détecter la présence d'eau en surface sur Mars. Opportunity, lui, est toujours opérationnel et en pleine forme. En septembre l2010, il avait parcouru pus de 23 km et se dirigeait vers le cratère... Endeavour situé à 19km du cratère Victoria. Début septembre, il avait effectué la moitié de ce voyage. Au passage, le même mois, il a pris une photo d'une météorite qui a été baptisée "Oileán Ruaidh".

Vidéo montrant les traces laissées par Oppurtunity sur Mars:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le module dans lequel 6 hommes vont rester 520 jours enfermés ©Russian Space Agency

Les limites de l'homme dans l'espace

La question de fond, dès lors, est de savoir si l'homme ferait mieux que Spirit et Opportunity. Une interrogation d'autant plus pertinente lorsqu'on considère le véritable casse-tête que pose une mission humaine sur Mars, par exemple.Outre le coût d'une telle expédition, le maintien en bonne santé des astronautes passe, entre autre, par leur protection des rayonnements cosmiques, extrêmement puissants lors des orages solaires. De plus, l'homme devra faire face à des problèmes psychologiques majeurs au cours d'une mission devant durer près de 1,5 à 3 ans, suivant les scénarios, sans pouvoir faire demi-tour. Ainsi, le 3 juin 2010, six hommes se sont laissés enfermer dans un module de simulation d'un voyage vers Mars à Moscou. Il doivent rester ainsi confinés pendant 520 jours, durée minimale d'une telle mission.

R2 peut soulever 10 kg ©Nasa

La solution robotique

R2 pourrait trancher en apportant une solution intermédiaire. Aujourd'hui, il est présenté comme un "collaborateur" des astronautes humains par la Nasa. Il s'agit sans doute de ne pas traumatiser les habitants de l'ISS. Mais, demain, il pourrait bien apparaître comme le meilleur compromis entre la simple machine et l'homme lui-même. R2 préfigurerait alors les futurs explorateurs du système solaire: des robots pilotés depuis la Terre et dotés d'aptitudes très proches de celles des êtres humains. Comme le soulignent les scientifiques dans la vidéo ci-dessus, il est tellement agréable de se déplacer sur Mars, de prendre des photos et de faire des analyses tout en restant confortablement installé sur Terre! Ainsi, R2 et les futurs modèles de robots plus ou moins humanoïdes et aux performances de plus en plus proches de celles des astronautes en chair et en os pourrait bien devenir la solution idéale... ou presque. Il ne lui manquera en effet qu'une seule qualité: l'humanitude... L'orgueil de l'homme pourrait en souffrir... Son rêve de colonisateur aussi. De même pour ses espoirs d'échapper un jour aux limites de sa planète natale, de plus en plus surpeuplée et à bout de ressources naturelles pour subvenir à ses besoins.
La question de la conquête spatiale est donc bien celle de ses objectifs véritables. S'il s'agit d'explorer l'univers pour mieux en comprendre la composition et la mécanique, les machines et les robots suffisent sans doute. S'il s'agit d'alimenter le rêve de conquêtes de l'homme (du pain, des jeux et du cosmos...) et d'entretenir l'illusion d'une vie possible sur une autre planète, il faut poursuivre les missions spatiales habitées.

Qu'en pensez-vous?

Michel Alberganti
Votre avis sur cette question est hautement souhaité! 

Les caractéristiques du Robonaut 2 ©Reuters

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Audio:

Lecture
 

Science Publique du 2 avril 2010: Hubble 20 ans après

 

 

Thème(s): Sciences| Astronomie| Espace| Découverte| Technique| Discovery| espace| ISS| Nasa| Robonaut 2

4 commentaires

Portrait de Anonyme Mathieu_7-713.11.2010

Envoyer des avatars humanoïdes ou des drones.
Voyager sans mouvement.
Explorer sans risques, devant son écran.
Piloter la découverte du monde depuis une borne d'arcade avec un joystick ou depuis un ordinateur lisant notre volonté directement dans nos neurones ?

Ce qui est possible est-il toujours souhaitable ?
Qu'adviendra-t-il de nous lorsque les univers virtuels seront notre seule fenêtre sur la réalité ?

C'est la question que Mathieu Rigard pose dans son roman Stase 2.0, mais c'est aussi ce que le visage insondable de Robonot nous renvoit : si je le regarde en face, ce n'est que mon propre reflet que je vois.

Portrait de Anonyme Johann10.11.2010

Michel,
en ce qui concerne les problèmes psychologiques que vous évoquez, ils découlent tout naturellement de l'exploration. Un peu à l'image des navigateurs de l'an 1500 en route pour le nouveau monde. Le problème le plus crucial dans ce domaine viendrait plutôt du fait que les membres d'équipage ne verront plus la Terre comme une planète, mais comme une étoile.

En ce qui concerne le champ magnétique généré par le moteur Vasimr, il ne serait apparemment pas suffisant. Des études ont montré que le carburant du moteur logé dans des cylindres entourant le vaisseau pourrait compléter le rôle joué par le moteur. D'autres études pensent carrément fabriquer un champ magnétique, comme sur Terre. En fait, la recherche est florissante dans ce domaine, et dans d'autres. Sur un autre aspect, mais tout aussi important, à savoir le support de vie des astronautes, l'écosystème artificiel, on voit que le financement d'un projet comme Melissa, en Europe, laisse visiblement à désirer. Pourtant, le concept fonctionne.

Donc, vous avez raison, c'est avant tout une question politique. Ce qu'ont compris les nations qui gardent cette aventure en tête. Je ne sais pas si on peut appeler la Russie un pays riche... Et l'Inde pas plus... Si on prend un pays comme l'Arabie Saoudite, qui a envoyé un homme dans l'espace dans les années 1980, on ne peut décemment pas l'appeler un pays pauvre. L'Iran dépense des fortunes pour jouer les gros bras nucléaires. Idem pour la Corée du Nord. C'est une question de priorité, de volonté politique. Les critiques que vous formulez sont anciennes, on entendait ça durant les 30 glorieuses. Si vous avez une recherche de pointe, elle tire vers le haut tous les autres secteurs, c'est ce que les Chinois ont parfaitement compris. Eux n'ont pas encore saisi que la course était terminée, ils sont encore dans l'imaginaire guerre froide. Mais ils y viendront, à la coopération.

Ce n'est pas parce que l'on arrêtera le vol spatial que les problèmes des hommes seront résolus comme par magie. Le budget consacré à cette aventure peut paraitre élevé mais qu'est-ce en comparaison des budgets de défense, ou de politique agricole commune... Il ne viendrait pourtant à personne l'idée de revenir sur ces choses là, quoique...

Sans compter que le privé joue un grand rôle dans la recherche. Ce que je crois, c'est que l'industrie spatiale est une industrie à naitre, réellement. Elle tire vers le haut le niveau dans tous les domaines de la science, math, physique, biologie, géologie, etc... Elle pousse à la création d'entreprises qui font vivre des centaines de familles. On ne résoudra pas les problèmes qui se posent à nous en cassant ce qui fonctionne, mais en faisant évoluer ce qui pose problème. C'est en créant du travail que l'on solutionnera les problèmes, pas par des aides étatiques. Déjà, aider les pays pauvres à obtenir une électricité de qualité, pour commencer... C'est-à-dire former les personnes.
Et encore une fois, les retombées de la recherche spatiale peuvent aider, dans le traitement de l'eau par exemple, la production de nourriture ou le traitement d'atmosphère polluée.

Alors maintenant, je ne dis pas qu'il faille construire un vaisseau tout de suite et se rendre sur Mars d'ici Noël. Sans doute est-il nécessaire de mettre en sommeil le vol humain, pour quelques années, tout en gardant la capacité à envoyer des hommes. Le temps de développer de nouvelles technologies qui rendrait l'espace accessible à moindre cout, et pour plus de personnes. C'est le projet actuel de la Nasa. L'administrateur de l'agence spatiale américaine a lancé un appel à la coopération internationale en avril dernier...

Voilà, je pourrais continuer, mais je n'abuse pas plus de votre temps.

Portrait de Anonyme Johann09.11.2010

Bonjour monsieur Alberganti,

Je reprends votre phrase :"S'il s'agit d'alimenter le rêve de conquêtes de l'homme (du pain, des jeux et du cosmos...) et d'entretenir l'illusion d'une vie possible sur une autre planète, il faut poursuivre les missions spatiales habitées."

C'est une vision majoritairement répandue aujourd'hui que les vols habités ne sont pas nécessaires pour comprendre l'espace et les planètes du système solaire. Ce n'est pas étonnant en Europe, qui mise davantage sur les robots que sur les hommes. Je crois que les deux sont complémentaires dans cette aventure. Le plus grand leg du vol spatial est la dimension humaine, justement. La coopération. Et ça a commencé pendant la guerre froide. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est Alexei Leonov. Il suffit de lire des témoignages d'astronautes pour comprendre ce fait indiscutable. Cette vision est bien loin de la votre qui la voit comme un divertissement pour les masses. Ce n'est en rien un divertissement, c'est un travail rigoureux porté par des milliers de personnes dans le monde. Votre argument ne tient pas, le pain et les jeux de notre époque ne sont même plus de ce calibre. Si bien que ça n'intéresse plus personne. La plupart des gens ne savent même pas qu'il y a une station en orbite autour de la Terre, habitée de façon continue depuis dix ans. Faites le test, vous serez surprit. Après, on peut toujours discuter de la pertinence de cette station sur le plan de l'utilité, du retour sur investissement comme on dit.

Prenons par exemple Franklin Chang Diaz, astronaute ayant volé sept fois dans l'espace. Physicien de formation, il a inventé un moteur qui mettrait Mars à portée de la Terre en trois mois environ, si ce n'est moins. Les détails ici : "http://www.nasa.gov/vision/space/travelinginspace/future_propulsion.html" Un prototype doit être fixé sur l'ISS d'ici trois ans. Ce système de propulsion génèrerait un champ magnétique autour du vaisseau, protégeant du même coup l'équipage et le matériel de l'espace radioactif. Aujourd'hui même, la Nasa vient de choisir un groupe d'entreprises pour plancher sur un accès moins couteux à l'espace, sur la base de la navette.

Il manque une seule chose au robot, c'est l'émotion ressentie par un être humain lorsqu'il voit sa planète depuis l'espace. Un robot ne peut pas pleurer devant une beauté indescriptible, il est une machine qui exécute les ordres, rien que ça. Il ne peut pas revenir pour partager ce qu'il a vu, ce qu'il a ressenti lors de son voyage. Un robot est très utile, il doit être l'assistant de l'homme dans cette aventure. Il ne s'agit pas d'opposer l'homme et la machine, c'est encore une fois un histoire de coopération...

Comme le dit Buzz Aldrin, allez sur la Lune, ce n'est historique, c'est un cascade. Mais allez sur Mars et y rester, ça ce serait étonnant.

Portrait de michel michel09.11.2010

Merci Johan pour ce très intéressant point de vue. Je ne connaissais pas ce projet de système de propulsion pouvant mettre Mars à 3 mois de la Terre.
Votre position se défend très bien. Elle ne répond malheureusement pas à trois objections à l'exploration humaine de l'espace:

- les coûts très importants des missions humaines qui, certes peuvent favoriser, eux-aussi la coopération, mais qui risquent de réserver l'espace aux pays les plus riches. Les États-Unis, la Russie aujourd'hui. La Chine, l'Inde et le Japon ou le Brésil demain? Ces coûts pourraient aussi avoir mauvaise presse dans une période qui ressemble de moins en moins aux 30 glorieuses, pendant lesquelles l'homme est allé dans l'espace. On peut d'ailleurs remarqué qu'à cette époque, c'est la guerre froide qui a stimulé la conquête spatiale. Depuis que la coopération a pris le relai, l'homme n'ai plus dépassé l'ISS.

- la protection contre les rayons cosmiques. Le rayonnement magnétique dont vous parlez assure-t-il aussi cette tâche?

- les problèmes psychologiques posés par l'impossibilité de rentrer d'urgence sur Terre lors d'un voyage vers Mars.

La part du rêve, de l'émotion et de l'espoir que porte la conquête humaine de l'espace ne fait pas de doute. La question est de savoir si l'homme peut se l'offrir avant d'avoir résolu les problèmes urgents qui affectent sa propre planète: la surpopulation, la pollution, la fin des ressources fossiles, la raréfaction de l'eau, la famine...

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