Fukushima: l'insoutenable inertie du gouvernement japonais 6
Naoto Kan, premier ministre japonais ©AFP / Yoshikazu TSUNO
Les jours passent, les semaines passent, et rien ne semble changer sur les images du drame que vivent les Japonais depuis le 11 mars 2011. Inlassablement, les mêmes scènes de désolation des lieux ravagés par le tsunami, les mêmes vues de la centrale de Fukushima avec ses réacteurs en ruine, les mêmes discours d'impuissance du gouvernement nippon.
Face à la terrible épreuve que subissent les habitants du nord-est de l'île d'Honshu, avec sans doute plus de 27 000 morts et une région côtière dévastée, le gouvernement paraît pétrifié, tétanisé. Comme si la mécanique parfaitement huilée de la société japonaise s'était grippée, il y a trois semaines et qu'elle ne parvenait depuis qu'à faire semblant de fonctionner.
Tsunehisa Katsumata, président de Tepco
Naoto Kan a ainsi attendu le 2 avril pour se rendre sur la zone sinistrée (voir vidéo ci-dessous). Masataka Shimzu, le PDG de Tepco, exploitant de la centrale de Fukushima Daiichi, n'a plus fait d'apparition publique après le 17 mars et l'on a appris son hospitalisation pour hypertension artérielle et vertiges le 28 mars. L'information sur la catastrophe nucléaire est distillée au compte-goutte. Il est ainsi très difficile de connaître avec précision le taux de radioactivité qui règne à Tokyo.
Après avoir admiré le calme de la population japonaise de Tokyo, il semble que le stoïcisme caractérise aussi le gouvernement. Vis à vis de la catastrophe nucléaire, cette attitude paraît inconcevable, vue de France. Tout semble se passer comme si le drame de Fukushima Daiichi relevait de la même catastrophe naturelle que les conséquences du tsunami.
Les 4 réacteurs de Fukushima le 27 mars 2011 Kyodo©Reuters
Or, il n'en est rien. Ce qui est arrivé aux quatre réacteurs ne doit rien à la fatalité. Si c'était le cas, la centrale d'Onagawa, plus exposée encore à la vague qui a suivi le séisme, serait également dévastée. Même l'autre centrale de Tepco, Fukushima 2, aurait pu être endommagée. Si les dégâts se concentrent sur la centrale de Fukushima Daiichi, ce ne peut être qu'en raison de graves erreurs humaines dans la protection des installations contre les tsunamis. C'est donc la responsabilité de l'exploitant, Tepco, qui est directement mise en cause. Pourtant, que s'est-il passé en trois semaines? Eh bien Tepco reste en charge des opérations de sauvetage de la centrale! Ceci peut paraître incroyable dans de telles circonstances. Dès lors que le niveau de gravité de la catastrophe est fixé à 6, c'est à dire juste en dessous de celui de Tchernobyl, on pourrait considérer que la sécurité nationale est en jeu. D'autant que les 35 millions d'habitants de Tokyo ne se trouvent qu'a 225 km de la centrale en perdition. Suivant un tel raisonnement, il serait naturel que le gouvernement prenne la direction des opérations pour tenter d'éviter le pire. Au Japon, semble-t-il, les choses ne se passent pas ainsi. Tepco conserve la main. La propriété privée a donc une valeur supérieure à la sécurité nationale. Depuis 3 semaines, Tepco fait la démonstration de son impuissance à reprendre la maîtrise de la centrale. Elle n'a réussi qu'à noyer les réacteurs en fusion partielle afin de les
Fukushima: L'eau radioactive se répand vers la mer ©Radio France
refroidir et à se retrouver avec des centaines de tonnes d'eau radioactive inondant les bâtiments de la centrale et se déversant dans la mer. Elle a ainsi attendu 3 semaines pour faire appel à l'aide internationale. Selon la NHK, elle n'a même pas distribué de compteur geiger à chacun des travailleurs intervenant dans la centrale mais seulement aux chefs d'équipe, contrairement à la règlementation.Plusieurs "liquidateurs" ont été hospilisés
Fukushima: Compteurs geiger des "liquidateurs" ©Radio France
mais aucune information n'a filtré sur les doses reçues par chacun alors qu'il règnerait une radioactivité de 1 sievert/heure à l'intérieur des bâtiments. Le taux d'iode 131 dans la mer augmente sans cesse. Là aussi, il faut se contenter de valeurs imprécises: 3000 ou 4000 fois la dose normale... Pourtant, comme le remarquait Roland Desbordes, président de la CRIIRAD lors de Science Publique du 1er mars, la dose normale est nulle...
Fukushima: travailleurs intervenant sur la centrale ©Radio France
La critique de Tepco et du gouvernement japonais pourrait paraître déplacée dans de telles circonstances, face à un tel drame. Mais, justement, ce qui paraît insupportable, c'est l'inertie des instances dirigeantes face à la douleur et au courage des Japonais. Dans de tels moments, les erreurs, les mauvaises décisions, les lenteurs administratives ne se chiffrent pas seulement en pertes financières. Elles s'ajoutent au drame des hommes qui se battent pour éviter le pire, elles alourdissent les conséquences pour leur santé ou pour leur vie. Il est des heures où l'absence de réaction, de sursaut et d'initiatives deviennent des fautes. Le devoir des hommes politiques et des dirigeants est alors de faire face. En dépassant les considérations économiques, par exemple. Les tergiversations actuelles sur la nationalisation de Tepco ont franchi les bornes de l'indécence. L'histoire révèlera sans doute, plus tard, combien cette entreprise est responsable du drame de Fukushima. Mais il sera alors trop tard pour sauver la vie des "liquidateurs".
M.A.
Fukushima: les excuses des dirigeants de Tepco ©Radio France
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Sites:
L'actualité de Fukushima par la rédaction de France Culture.
Au sujet de Tepco, le site Fukushima-Leaks qui rassemble une revue de presse sur 30 années d'histoire de la centrale.
Proposé par Rocksan, ci dessous, l'article du Journal international de médecine sur les conditions de travail des liquidateurs de Fukushima.
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Audio:
Science Publique du 1er avril 2011:
Après Fukushima, faut-il amorcer une sortie du nucléaire en France ?
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Blog:
Les autres billets de "En quête de science" sur le drame de Fukushima
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Vidéos:
Actualité à Fukushima - 2 abril 2011 - fuite d'eau radioactive dans la mer:
Vous n'avez pas accès à cette Ressource multimédia.
Filmée par un habitant, l'incroyable violence du tsumani sur la ville de Kesennuma:
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Thème(s): Sciences| Finance| Gouvernement| Société




6 commentaires
Monsieur,
Je suis vraiment stupéfait de voir à quel point les états quelque soit le pays sont prêts à mentir tuer des milliers de vie humaine.
On parle Hilter comme un fou à massacré des millions de gens mais de nos jours vous ne faites guère mieux.
Certainement que vous n'avez certainement pas à vous glorifiez des différentes tentatives tant nucléaire que de guerre dans le monde.Des millions de civiles perdent la vie face à des gens politiques qui ne pense qu'a leur gloire le pouvoir mais très certainement à tout ce qui meurt par leurs fautes.
Cela est outrageant pour les gens qui subissent des dommage irréparable par la perte d'un être cher sans qu'il soit entendu.
La bassesse du monde n'aura jamais un tel paroxisme.
La voix équerrent de ce monde ou nous vivons.
Pour rester dans le domaine de la langue française, nous avons les infos et documentaires d'Arte, les dossiers du journal Le Temps (letemps.ch) avec lequel www.2000watts.org travaille en collaboration. Ce dernier site nous informe en continu -samedis et dimanches- . La revue de presse internationale FC 7:12 en semaine, nous donne des repères pour butiner ailleurs.
Exemple : l'édito de www.2000watts.org du 12 mars : vue des USA, un des nombreux
commentaires des journalistes américains.
Donc, sans bouger, grâce à internet, nous pouvons négliger les "medias institutionnels" étatiques.
Pour rompre la chaîne du toujours plus, allons-nous chacun, pour inquiéter peut-être les décideurs, faire baisser nos consommations d'électricité au moins de 10% ?
Bonne journée.
Le courage des lâches
A propos de la catastrophe nucléaire japonaise de Fukushima…de son traitement et de sa couverture médiatique et autres...
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Certes ! Areva et sa patronne Anne Lauvergeon fanfaronnent (comprenez : "Une catastrophe pareille chez nous... c'est impensable !"), et les agences gouvernementales françaises aussi. Quant aux médias… ils sont sans pitié pour Tepco, le Gouvernement et l’Etat japonais.
Mais... si par malheur une telle catastrophe devait arriver en France, nul doute, nombreux seraient ceux qui, par curiosité, souhaiteraient vérifier si Areva et le Gouvernement français maintiendraient les mêmes soucis de transparence. Quant aux médias institutionnels (Journaux de 20H, presse quotidienne, magazines, radios publiques et privées)... même curiosité : feraient-ils preuve de la même témérité, voire… de la même arrogance et de la même insolence ?
Pour toute réponse… une piste : le fameux nuage de Tchernobyl et la complaisance de médias appuyés et soutenus par Météo-France : "Rassurez-vous, bonnes gens : le nuage ne passera pas !"
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Vraiment, il semblerait que les médias aient, sur cette catastrophe nucléaire de Fukushima, le courage… non pas de leur métier - celui du journalisme -, mais ce courage bien particulier, un courage... propre aux lâches !
Oui le courage des lâches (ou celui des escrocs... pour le monde de l'entreprise) ! Trop heureux ces médias de se trouver à l’abri, non pas des radiations mais… du danger d’une rétorsion professionnelle de leurs employeurs et/ou de leurs actionnaires (pour le service public : le Gouvernement et l’Etat) à leur endroit dans le cas où la vérité des faits et des coûts humains d'une catastrophe nucléaire sur notre sol intéresserait d’un peu trop près ces mêmes médias.
Intimidations, écoutes illégales, menaces, mises au placard, licenciements...
Il faut le savoir : l'Industrie nucléaire ne plaisante pas avec le nucléaire ; et la vérité est à cette Industrie mortifère ce que la torture est à la confession.
P.S
Pays à très haut risque (s’il en est d’autres plus risqués encore !), opter pour le tout nucléaire dans cet archipel… ?!
Nul doute ! Les Japonais ont de sérieuses questions à se poser à propos de ceux qui les dirigent depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.
Mais… ces Japonais auront-ils seulement la possibilité de se les poser toutes ces questions ?
Pourront-ils ensuite y apporter des réponses avant d’en tirer les conclusions qui s’imposent ?
Rien n’est moins sûr : la démocratie, au Japon comme ailleurs, a ses limites, et par les temps qui courent au rythme d’un mondialisme sans responsabilité… ses limites sont vite atteintes.
Merci pour votre message.
Vous avez donc une bien piètre opinion des médias. C'est votre droit. Certains de vos doutes sur l'indépendance des journalistes ne sont pas infondés. Pour autant, les accuser de lâcheté en vous référant à ce qui s'est passé en 1986 revient à un procès d'intention. En effet, rien n'est plus pareil aujourd'hui. Il existe un organisme indépendant, la CRIIRAD. Il existe Internet. Estimer quie les journalistes français ne diraient pas la vérité par peur de leurs supérieurs est une grave accusation qui ne repose sur rien d'actuel. Notez que les journalistes n'ont que rarement les moyens de fabriquer eux-mêmes de l'information. En prenant des mesures de radioactivité, par exemple. Leur travail, en revanche, est de rendre compte de toute l'information disponible en l'ayant vérifiée au mieux. Ecouter la radio, lisez les journaux et vous devrez constater que la presse n'est pas au service du pouvoir et des lobbies. En revanche, elle peut être manipulée. Il est donc important et salutaire que les citoyens exercent en permanence leur esprit critique. Désormais, grâce à Internet en particulier, ils peuvent s'exprimer. Pour autant, condamner la presse n'avance à rien. Sans elle, que feriez-vous pour vous informer? La presse a plus besoin, aujourd'hui, du soutien des citoyens afin qu'elle conserve son indépendance que de procès d'intention.
M.A.
Alberganti et équipe, bonjour
merci ++ de continuer de ns informer avec précision
MR
Voir l'article du JIM (Journal International de médecine) concernant les conditions de travail des liquidateurs de la centrale de Fukushima:
http://www.jim.fr/en_direct/pro_societe/e-docs/00/01/E2/2E/document_actu...
Toute cette situation est écœurante. Il faut saluer votre article dénonçant cette incurie, laquelle semble être minimisée par la presse occidentale et ignorée par nos politiciens. A quand des rappels à l'ordre officiels, des sommations, des sanctions internationales?
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