Fukushima: Comment sauver la vie des liquidateurs? 1
Ouvriers répandant de la résine sur le sol du bâtiment d'un reacteur, le 1er avril 2011 ©AFP
16 avril 2011: Enfin, quelques voix s'élèvent pour se préoccuper du sort des centaines de "liquidateurs" qui oeuvrent dans la centrale de Fukushima depuis le 11 mars 2011 pour éviter le pire. Jusqu'à présent, pratiquement aucune information n'a filtré sur leur état de santé, en dehors du cas de 3 employés gravement blessés le 24 mars 2011. Certaines raisons expliquant ce silence ont été apportées par le reportage diffusé dans l'émission de France 2 Envoyé spécial, du jeudi 14 avril 2011. Il apparaît ainsi qu'une
Ouvriers de Fukushima ©Hiro Komae/AFP
grande majorité des liquidateurs appartiennent à des entreprises soustraitantes de Tepco, l'opérateur privé de la centrale. La précarité de leur sitation expliquerait leur silence, même vis à vis de leur famille, des employés travaillant sur le site fortement irradié.
Il a fallu attendre le 15 avril 2011 pour qu'une voix japonaise se fasse entendre. Elle émane d'un groupe de médecins de Tokyo, Tetsuya Tanimoto, Naoyuki
Uchida, Yuko Kodama, Takanori Teshima et Shuichi Taniguchi. Pour ce faire entrendre, ils n'ont, semble-t-il, eu d'autre recours que de s'adresser au
prestigieux journal médical britannique The Lancet. Leur missive a été mise en ligne le 15 avril sur le site du journal. Elle milite pour le receuil du sang des liquidateurs afin d'en extraire des cellules souches. Cette opération permettrait de mieux les préserver des suites des irradiations qu'ils peuvent subir durant leurs interventions dans la centrale. Ils risquent en effet de souffrir d'aplasie médullaire, c'est à dire une chute de la production des cellules de la lignée sanguine, globules rouges, blancs, par la moelle osseuse). Les prélèvements de sang permettraient de pratiquer des transplantations des cellules souches sanguines sans risque de rejet. Outre l'aplasie, certains traitements de cancers provoquent une destruction des cellules de la moelle osseuse.
Dans la lettre adressée au Lancet, les médecins japonais notent que, le 29 mars 2011, la Japan Society for Haematopoietic Cell Transplantation a fait savoir que 107 équipes de transplantation était prêtes à collecter et à stocker des cellules souches des travailleurs de Fukushima. Le European Group for Blood and Marrow Transplantation a également annoncé que 50 hôpitaux européens étaient prêts à aider les liquidateurs de la centrale. A l'opposé, la Commission pour la sureté nucléaire japonaise a pris position contre une telle mesure de transplantation, estimant qu'elle n'est pas nécessaire. Elle justifie cette opinion en invoquant la charge physique et psychologique qu'une telle mesure ferait peser sur les travailleurs, l'absence de consensus au sein des autorités internationales sur le sujet ainsi qu'un manque d'approbation de la part du public japonais. Face à une telle réaction, on comprend le recours des médecins japonais au Lancet pour faire connaître leur préconisation au monde entier.
Il apparaît clairement que la Commission de sureté nucléaire japonaise refuse le prélèvement de sang des travailleurs afin de ne pas reconnaître publiquement que la vie des liquidateurs est mise en danger par leur travail dans la centrale. Craint-elle que plus personne n'accepte d'y intervenir? Toujours est-il qu'elle préfère le silence à la préservation de la santé de ces hommes qui prennent le risque de se sacrifier pour réparer les fautes de Tepco, fautes commises pour augmenter les dividendes des actionnaires. L'indécence sanitaire vient ainsi s'ajouter à l'inconscience financiaire.
M.A.
Blog:
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Web:
Sur Slate.fr: Fukushima: de liquidateur à kamikaze, de Jean-Yves Nau
Audio:
01.04.2011 - Science publique
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Vidéo:






1 commentaire
sur cette question des petits soldats du nucléaire, mal habillés, mal chaussés, mal formés et mal payés, le NY TImes a publié le 10 avril un excellent article.
http://www.nytimes.com/2011/04/10/world/asia/10workers.html?_r=1&ref=world
On y apprend que dans l'industrie nucléaire japonaise, il y a l'élite, payée par Tepco, Toshiba et Hitachi, mais surtout des sous-traitants, et des sous-sous-traitants, et que les salaires et la protection contre les radiation diminuent au fur et à mesure que l'on descend dans l'échelle.
Ceux qui sont aujourd'hui sur le site étaient ouvriers sur des chantiers de construction, d'autres fermiers, d'autres ont été recrutés par des gangsters locaux. Ils ont dit aux journalistes qu'ils avaient peur d'être licenciés, et que pour cela ils dissimulent coupures et contusion sous des pansements de couleur chair. Ils ont tous voulu rester anonymes. L'article décrit les conditions très dures de travail, l'absence de respect des droits du travail dans cette branche, et l'intimidation de ceux qui veulent se syndiquer.
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