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Tchernobyl et Fukushima n'existeraient pas... si l'homme était parfait. 2

Centrale nucléaire de Tchernobyl ©Dissident-media

26 avril 2011 - La catastrophe de Tchernobyl, en 1986, a été classée au niveau 7, tout comme celle de Fukushima, 25 ans plus tard. Ces deux drames, qui, techniquement, diffèrent sensiblement, présentent un point commun essentiel..

26 avril 1986, 1h23. Dans la centrale russe de Tchernobyl, le cœur d’un réacteur, le numéro 4, entre en fusion et explose. Les 1200 tonnes de la dalle de béton recouvrant le réacteur sont projetées en l’air et retombent sur le cœur qu’elles fracturent. Un incendie gigantesque se déclare et la bataille qui s’engage alors dure 8 mois.  A l’origine du drame, un enchaînement d’erreurs humaines à la suite de simples tests de fonctionnement. Des erreurs incroyables, avec le recul, puisqu’elles sont allées jusqu’à la suppression volontaire de sécurités. Ainsi, paradoxalement si l’on se souvient des discours de l’époque fustigeant l’état vétuste de la centrale et sa technologie dangereuse, les faits révèlent que le réacteur n’est en rien responsable de la catastrophe. Cette dernière est entièrement due à l’incompétence, à l’inconscience et à la persistance dans l’erreur des pilotes de la centrale.

Fukushima: une image de la vague de 15 mètres qui a frappé la centrale ©NHK World

11 mars 2011, 19h03. Le gouvernement japonais déclare l’état d’urgence nucléaire. A 14h46, un séisme de magnitude 9 a secoué le nord de l’île d’Honshu. Aussitôt, les réacteurs des centrales nucléaire situées sur la côte est du Japon sont passés en mode d’arrêt automatique. Les réactions de fission sont donc stoppées et la puissance dissipée à commencer à baisser. Une heure après le séisme, la vague d’environ 15 mètres de haut du tsunami qu’il a provoqué déferle sur la centrale de Fukushima Daiichi qui comprend six réacteurs dont 4 sont situés très près de la côte. L’eau de mer détruit l’alimentation électrique de la centrale ainsi que les systèmes de refroidissement de secours. Les cœurs sont très loin d’être refroidis. Il faut des semaines avec l’aide des systèmes de circulation d’eau pour faire baisser leur température, des années pour que le combustible usagé perde sa radioactivité dans les piscines de stockage. Justement, ces dernières sont également privées de système de refroidissement à Fukushima Daiichi. Sans eau, leur température se met à monter tandis que certains des quatre cœurs de réacteurs commencent à fondre. Sous l’effet des radiations, l’eau se décompose en hydrogène et oxygène. Dans les jours qui suivent  le 11 mars, 3 des quatre bâtiments de réacteurs (1,3 et 4) explosent à cause de l’accumulation de cet hydrogène.

La centrale Fukushima Daiichi

 La suite n’est pas encore écrite. Il faudra, comme à Tchernobyl, des années, voire des décennies, pour reprendre le contrôle des quatre réacteurs de Fukushima Daiichi. Mais, là encore, la centrale apparaît largement hors de cause. Alors que l’on accuse la technologie dépassée de l’eau bouillante, remplacée par l’eau pressurisée, rien, dans cette nouvelle catastrophe, n’est dû à un mauvais fonctionnement des réacteurs. Pas plus qu’à Tchernobyl, ce n’est pas le nucléaire lui-même qui est en cause. Le problème japonais vient entièrement d’une mauvaise conception de la construction de la centrale pour faire face à un tsunami géant. Elle s’est révélée trop proche de la côte, pas assez protégée de la vague et dotée de systèmes de refroidissement, principaux et de secours, extrêmement vulnérables.  Pour preuve, la centrale d’Onagawa, située au nord de Sendai, beaucoup plus proche de l’épicentre du séisme, n’a connu que des problèmes mineurs. Tout comme celle de Fukushima Daini, également opérée par Tepco et située à 12km au sud de Fukushima Daiichi.

Fukushima au bord de mer ©HO/REUTERS

D’ores et déjà, il apparaît ainsi que les catastrophes de Tchernobyl et Fukushima ont en commun de n’être pas à mettre sur le compte du nucléaire lui-même. On pourrait donc considérer que cette technologie sort indemne de ces drames et qu’il est absurde de la remettre en question, voire d’envisager de l’abandonner. En réalité, ce raisonnement ne serait recevable que dans un monde parfait, c'est-à-dire dans un monde sans être humain. Pour concevoir, pour construire, pour opérer et pour démanteler les centrales nucléaires dans ces conditions de sécurité maîtrisée, il faudrait des entités parfaites, exemptes de défauts, de faiblesses, d’absence, de volonté d’augmenter les bénéfices au détriment de la sécurité. A les décrire ainsi, il faut bien reconnaître que ces qualités n’ont pas grand-chose à voir avec celles de l’être humain. Faute de cette perfection, le nucléaire est donc soumis au risque de la défaillance, c'est-à-dire de la possibilité d’une catastrophe. Il pose également des questions, comme celles du démantèlement et de la gestion des déchets, auxquelles aucun homme n’a, pour l’instant, trouvé de réponses satisfaisantes.

La centrale de Fessenheim 

En effet, l’une des caractéristiques du nucléaire réside dans l’extrême difficulté qu’il présente lorsqu’il s’agit de se débarrasser de ses cadavres. Ainsi, 32 ans après l’accident de Three Mile Island, la centrale n’est toujours pas démantelée et elle ne devrait pas l’être avant 2014. 25 ans après l’accident de Tchernobyl, le sarcophage du réacteur qui a explosé doit être reconstruit et les fonds manquent encore pour cette opération. Un mois et demi après l’accident de Fukushima, la situation d’au moins 3 réacteurs n’est pas stabilisée et il faudra au moins 10 ans, selon Toshiba, pour démanteler la centrale si l’opérateur Tepco le décide. En France, le délai pour le démantèlement d’une centrale est estimé à 30 ans. La première centrale concernée est celle de Brennilis dans le Finistère. Il s’agit d’un petit réacteur expérimental de 70 MW mis en service en 1967. Son arrêt a été effectué entre 1985 et 1995, soit en 7 ans.  Le démantèlement complet devait être réalisé avant fin 1999, selon le décret publié en 1996. Quinze ans plus tard, les travaux ne sont pas encore terminés mais ils auraient déjà coûté 482 millions d’euros. Or, les centrales françaises vieillissent. La plus récente, Civaux 2, a été mise en service en 1999. La plus ancienne, Fesseinheim, datant de 1977, a donc 34 ans. Ce qui attend donc le nucléaire français, c’est un extraordinaire chantier de démantèlement de ses 58 réacteurs nucléaires répartis dans 19 centrales. Cela prendra des décennies et coûtera des dizaines de milliards d’euros. Sans parler du problème du stockage qui n’est pas encore résolu de façon pérenne.  

Ainsi, le nucléaire se caractérise, en dehors même des accidents, par cette extrême difficulté à se débarrasser de ses installations, les centrales,  tout comme de ses déchets. En dehors même de la question du remplacement de l’énergie électrique qu’il fournit aujourd’hui, se pose celle du délai nécessaire pour faire place nette. 20 ans, 30 ans, 40 ans ou même 50 ans seront nécessaires pour y parvenir. Cela pourra coûter 100 ou 200 milliards d’euros à la France pour le seul démantèlement de ses 58 réacteurs actuels.  D’où viendra cet argent ? Est-il provisionné ?

Le nucléaire résulte d’une foi scientiste. Sur de nombreux fronts, cette croyance issue du 19ème siècle s’effrite et se lézarde. Pour ce qui concerne l’atome, la fuite en avant ne peut qu’engendrer de nouvelles catastrophes et alourdir la facture finale. D’où l’urgence de prendre, dès maintenant, la décision de sortir du nucléaire. L’imagination de l’homme fera le reste. Sous la contrainte, elle inventera des solutions nouvelles. Grâce à la leçon du nucléaire, on peut espérer qu’elles soient plus modestes.

M.A.

 

Thème(s): Sciences| Industrie| Environnement

2 commentaires

Portrait de Anonyme Anonyme01.05.2011

Je vous rejoint, cette fascination est à mon avis celle de la puissance, le mythe est tenace. C'est pour moi du même ordre que ce que l'on ressent dans les sports mécaniques, ou que l'on voit s'exprimer socialement dans les 4x4. Cela a mené l'humanité au "choix du feu" (cf. A. Gras). Puisse cette soif de l'inconscient s'assouvir dans la voile ou le vtt ...

Portrait de Anonyme François28.04.2011

Pour les croiser occasionnellement, j'ai l'impression que de nombreux techniciens et ingénieurs du secteur nucléaire éprouvent une fascination morbide pour cette technologie. Pourquoi ?

Des gens qui ont osé construire Superphénix sont-ils crédibles ?

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