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La bactérie masquée, le concombre acquitté et les scientifiques embarrassés... 3

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La bactérie E-Coli ©DR

3 juin 2011 - On regrette l'époque où l'Organisation mondiale de la santé (OMS) annonçait une épidémie meurtrière de grippe six mois à l'avance et où, finalement, il ne se passait rien. A l'époque, que le virus H1N1 se soit révélé mortel ou bénin, nous étions prêts à toutes les éventualités, forts de dizaines de millions de doses de vaccins, la seringue au canon.  Ah! c'était le bon temps... Rien de commun avec celui d'aujourd'hui. Voilà qu'une bactérie des plus ordinaires, la vulgaire Escherichia coli enterohémorragique (Eceh), celle là même qui tapisse nos œsophages depuis des siècles, sans doute, ou même des millénaires, provoque une épidémie totalement imprévue responsable, à ce jour, de 18 morts, dont 17 en Allemagne. Voilà que nos voisins d'outre-Rhin, non contents d'avoir décidé de rompre avec le nucléaire sans notre consentement, accusent, lors de la même semaine, nos voisins d'outre-pyrénées de leur avoir expédiés des cargaisons de concombres infectés, comme autant de missiles bactériologiques...

Et voici ce concombre, légume bien ordinaire lui-même s'il n'arborait une silhouette phallique propice aux fantasmes machistes qui n'en avaient guère besoin en ces temps, voici donc ce concombre exfiltré de ses salades habituelles pour être cloué au pilori de l'Europe. Une fois de plus, la présomption d'innocence fait les frais d'une justice plus prompte à passer les menottes et à détruire les réputations qu'à prouver la culpabilité. Aussi sec, le concombre disparaît de l'étal des grandes surfaces, il encombre les stocks des agriculteurs qui les regardent murir sans espoir de leur trouver preneurs. Aussitôt la Russie, oubliant les leçons de l'histoire, fait alliance avec l'Allemagne et va même plus loin en décrétant un embargo sur les importations de tous les légumes frais venant d'Europe.

Plainte de l'Espagne, tollé de l'Union européenne, désespoir des cultivateurs de concombres... En quelques jours, la panique gagne les foyers qui consacrent le plus clair de leur temps à laver les légumes, à les éplucher avec soins, à les relaver et à les faire cuire à plus de 70°C pour plus de sécurité. Le cours de la ratatouille explose...

Et, soudain, coup de théâtre. Celui que l'on attendait en vain en provenance de New-York ou de Draveil, vient de Berlin: Le concombre est innocent! Le Cucumis sativus espagnol sort lavé de tous soupçons. Il n'est pas le vecteur de la bactérie qui provoque ces diarrhées parfois mortelles. Trop tard! En quelques jours, les agriculteurs espagnols ont perdu 200 millions d'euros et 70 000 emplois sont menacés, selon José Luis Rodriguez Zapatero qui demande des dédommagements à l'Allemagne. Les agriculteurs français, eux, font les frais de l'affrontement germano-espagnol. Sans même avoir été accusés, ils ont vu leurs ventes de concombres fondre de 80%. Sacré principe d'abstention, maquillée en précaution...

Ayons, également, une pensée pour celui, ou celle, qui, dans quelque laboratoire des autorités sanitaires allemandes, est à l'origine de cette bourde qui s'inscrira dans les annales des erreurs scientifiques. Sans doute n'a-t-il (elle) pas imaginé une seconde les conséquences de son diagnostic probablement hâtif. Comment a-t-il (elle) pu se tromper à ce point? Peut-être le saurons-nous un jour.

Ce que nous ne savons pas, pour l'instant, c'est l'identité du véritable coupable. Comment cette bactérie provenant des excréments de bovins a-t-elle pu atterrir dans les assiettes allemandes? Faut de connaître encore les détours de cet improbable itinéraire, nous avons appris son nom: 0104:H4, inconnue, jusqu'ici, pour avoir provoqué des épidémies chez l'homme. Les personnes victimes du syndrome hémolytique et urémique (SRU) que provoque cette bactérie sont toutes, semble-t-il, passées par Hambourg. Pour l'instant, cela ne nous avance guère... Espérons que les Hamburgers, habitants de cette ville, ne trouveront pas trace de la bactérie dans la spécialité culinaire à laquelle ils ont donné leur nom.

M.A.

La souche 0104:H4 d'Escherichia coli enterohémorragique (Eceh) ©DR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Allons-nous vers une crise du médicament ?

08.10.2010 - Science publique
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Vous avez résisté à la panique orchestrée autour du virus H1N1. Mais le NDM-1 pourrait vous inquiéter beaucoup plus. Il ne s’agit ni d’un virus ni d’une bactérie mais d’une mutation génétique qui rend certaines bactéries résistantes à presque tous les antibiotiques actuellement utilisés...

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Thème(s): Sciences| Crise| Société

3 commentaires

Portrait de Anonyme Kercoz04.06.2011

Bonjour.
On impute le manque de traçabilité aux 15 jours d'incubation. C'est éviter d'impliquer une autre cause structurelle celle là : La globalisation nutritionnelle . Les aliments faisant plusieurs milliers de km , il est quasi impossible de tracer ces épidémies de l'aveu même des spécialistes .....a comparer avec une structure localisée (ou majoritairement localisée) ou la provenance de la pollution serait quasi immédiate .
Ce constat fait , il faut remarquer que pour palier a ce "défaut" structurel ,il faudrait des process tres lourds , couteux et excluants (les petits producteurs ne pouvant suivre) , jusqu'à mettre un code barre sur chaque "concombre" .
Il semble que la somme des bénéfices de la globalisation ne surpasse pas la somme de ses inconvénients potentiels ...et que le gain de productivité est une notion a remettre en cause .

Portrait de Anonyme Lena03.06.2011

Bonsoir
Si je puis me permettre, "embarrasser" prend 2 "r" (c'est un peu trop visible dans un titre...).

Excellent article, meilleur que sur Libé, avec un brin d'humour malgré le sujet, mais c'est ce foutu concombre qui veut ça !

Je ne suis pas biologiste, mais comment cette bactérie pourrait-elle infecter un légume CRU sinon par dépôt en surface, en supposant qu'il n'a pas été lavé ni épluché ? Une E. coli vivant à l'intérieur du concombre, ou de la tomate, c'est impossible.

Je lis dans le Canard du 25 mai, rubrique "Conflit de canard" p 5 : "Chaque année en Europe, 25 000 personnes meurent à cause d'une bactérie résistante aux antibiotiques. Publié dans "The Lancet" du 7/4. A en croire la quinzaine de Médecins, réanimateurs, infectiologues, épidémiologistes du monde entier qui ont pris la plume, les bactéries sont en train de gagner la partie. ... Du côté des éleveurs on continue de bourrer d'antibios les animaux d'élevage. ... On les pique quand ils sont malades, mais on en met dans leur gamelle car ils font grossir plus vite. ... Interdits en 2006 comme "facteurs de croissance" ils restent autorisés à titre préventif..."

Des chercheurs britanniques de Cardiff se tournent vers le miel, capable de venir à bout de streptocopques et staphylocoques dorés. Caramba ! Les abeilles sont en voie de disparition !

Portrait de michel michel03.06.2011

Merci léna pour nous avoir signalé cette faute... embarrassante.

Et merci aussi pour votre appréciation.

Vous avez parfaitement raison de souligner le problème des antibiotiques donnés aux animaux. Il se pourrait qu'ils contribuent à sélectionner des souches très résistantes, à la fois dans l'organisme des bêtes et dans la nature où les antibiotiques sont dispersés via les excréments.

M.A.

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